Dans le territoire de Mambasa, la nuit reste une ligne de front

À Banana École, un village de la chefferie des Babila-Babombi, la peur ne s’arrête plus au coucher du soleil. Dans cette partie de l’Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo, les familles vivent avec une double urgence : survivre aux attaques armées et continuer à faire tourner la vie ordinaire, des champs aux écoles.

Cette zone de Mambasa n’est pas un point isolé sur la carte. Elle se trouve dans un couloir de violences qui déborde de l’Ituri vers le Nord-Kivu, à proximité d’axes ruraux, de marchés vivriers et de localités difficiles à sécuriser durablement. Les ADF y ont déjà frappé à plusieurs reprises en 2026, tandis que la MONUSCO et les FARDC y mènent des actions de protection communautaire sans parvenir à enrayer complètement les incursions.

Une attaque attribuée aux ADF, avec un bilan encore provisoire

Dans la nuit du vendredi 7 au samedi 8 août 2026, au moins 13 civils ont été tués à Banana École lors d’une attaque attribuée aux Forces démocratiques alliées, les ADF, un groupe armé né en Ouganda et aujourd’hui implanté dans l’est congolais. Des habitations ont été incendiées et pillées, selon des témoins et des acteurs locaux. Le bilan reste provisoire, car des recherches se poursuivent dans les villages voisins.

Des responsables de la société civile locale ont indiqué que plusieurs personnes avaient aussi été enlevées. Le récit concorde avec les méthodes régulièrement observées dans cette zone : attaques nocturnes, maisons brûlées, déplacements forcés et dispersion des habitants. Ces éléments s’inscrivent dans un schéma déjà documenté par les Nations unies et par des organisations de suivi des conflits en Ituri.

L’attaque est survenue dans un contexte particulièrement tendu. Deux jours plus tôt, dix autres corps avaient été retrouvés dans une église de la région, selon des sources locales citées par la presse congolaise. En mai et en juillet 2026, Mambasa avait déjà connu plusieurs vagues de violences attribuées aux ADF, avec des bilans allant de neuf à quinze morts selon les localités et les sources.

Pourquoi Mambasa compte autant dans la crise de l’Est

Mambasa est un territoire-charnière de l’Ituri. Il relie des zones minières, des espaces agricoles et des routes de circulation vers d’autres provinces de l’est. Quand un village y brûle, l’effet déborde vite : marchés fermés, scolarité interrompue, déplacements de familles vers Bunia ou d’autres centres plus sûrs, et recul des activités économiques informelles qui font vivre une grande partie des ménages.

La pression sécuritaire pèse aussi sur les services publics. En Ituri, l’État doit gérer en même temps l’insécurité armée et une épidémie d’Ebola confirmée en mai 2026 par l’OMS et les autorités congolaises. Ce cumul fragilise les soins, les déplacements des équipes médicales et la confiance des habitants. Dans une province déjà éprouvée, chaque nouvelle attaque complique un peu plus la riposte sanitaire et humanitaire.

Le problème dépasse aussi le seul territoire de Mambasa. En avril 2026, la présidence congolaise a reçu le nouveau gouverneur militaire de l’Ituri, signe que Kinshasa maintient la province au cœur de ses priorités sécuritaires. Mais sur le terrain, les violences continuent d’illustrer la limite d’une réponse surtout militaire face à un groupe mobile, enraciné dans les zones forestières et capable de se replier rapidement après ses raids.

Un test pour Kinshasa, la MONUSCO et les coopérations régionales

Pour les autorités congolaises, l’enjeu est clair : empêcher que l’Ituri devienne une province où l’on s’habitue à compter les morts. Les opérations des FARDC, appuyées par la MONUSCO dans plusieurs localités de Mambasa, n’ont pas encore rétabli une protection stable des civils. La mission onusienne a pourtant renforcé ses mécanismes de protection communautaire et déployé des patrouilles et formations locales au premier semestre 2026.

Mais la réponse reste fragmentée. D’un côté, il y a le terrain : alerte précoce, présence militaire, patrouilles, dialogue avec les communautés. De l’autre, il y a les causes structurelles : axes mal contrôlés, forêts difficiles d’accès, circulation d’armes, économie de guerre et peur qui pousse les habitants à quitter les villages dès la moindre rumeur. Tant que ces facteurs cohabitent, les ADF gardent une capacité de nuisance élevée.

La dimension régionale est tout aussi importante. L’est de la RDC reste au centre des discussions africaines sur la sécurité, avec l’Union africaine et la SADC engagées dans la recherche d’une sortie de crise plus large. En juillet 2026, la SADC et l’UA ont encore coordonné un travail de harmonisation sur la paix dans l’est congolais. Cela rappelle qu’en Afrique centrale et dans la région des Grands Lacs, la stabilité de l’Ituri n’est pas une affaire locale : elle touche les frontières, les flux commerciaux, les populations déplacées et la crédibilité des mécanismes africains de prévention des conflits.

À court terme, ce qu’il faut surveiller, ce sont les conséquences de cette attaque sur les déplacements internes autour de Mambasa, sur la présence des forces congolaises et onusiennes dans la zone, et sur la capacité des autorités à empêcher une nouvelle série d’incursions. En Ituri, la question n’est plus seulement de savoir qui a attaqué. Elle est de savoir combien de temps encore les villages pourront tenir sans protection durable.