Des minerais qui remplissent les caisses, mais pas encore toute l’économie

En Namibie, les mines ne se résument pas à des camions et à des cours mondiaux. Elles pèsent déjà sur les comptes publics, l’emploi et la capacité du pays à financer sa prochaine phase de développement. Le secteur reste puissant, mais il doit désormais prouver qu’il peut aussi transformer davantage de richesse sur place, au lieu de laisser partir l’essentiel de la valeur ajoutée sous forme de minerai brut.

Le pays s’inscrit dans la Communauté de développement d’Afrique australe, la SADC, qui réunit 16 États membres et fait de l’intégration régionale un levier de croissance. Dans ce cadre, la Namibie cherche à concilier exportations minières, industrialisation et emplois pour une population jeune, alors que le nouveau plan national de développement, le NDP6, couvre la période 2025/2026-2029/2030 et place la création de richesses, l’égalité et l’emploi au centre des priorités publiques.

Les chiffres d’une année solide, portée par l’or et l’uranium

En 2025, le secteur minier namibien a versé 7,8 milliards de dollars namibiens au Trésor, soit environ 434 millions de dollars américains, selon les données communiquées par les autorités et reprises par la presse nationale. Cela représente une hausse de 39 % par rapport aux 5,6 milliards de dollars namibiens enregistrés en 2024. Dans le même temps, le secteur a représenté environ 14 % du produit intérieur brut, ce qui confirme son statut de colonne vertébrale de l’économie réelle.

La progression n’est pas uniforme. Les recettes fiscales tirées des redevances minières ont augmenté d’environ 9 %, à près de 2,5 milliards de dollars namibiens, tandis que les droits à l’exportation ont bondi de 90 %, à 685 millions de dollars namibiens. Cette performance doit beaucoup à l’or, soutenu par une production robuste et des prix internationaux favorables. Elle reflète aussi le retour en force de l’uranium, un minerai stratégique pour lequel la Namibie se classe parmi les trois premiers producteurs mondiaux, derrière le Kazakhstan et le Canada.

Le tableau reste pourtant contrasté. La chambre professionnelle du secteur a signalé une contraction de la valeur ajoutée minière en 2025, en raison du recul des diamants et de certaines mines métalliques, malgré une hausse marquée de la production uranifère. Autrement dit, la fiscalité a progressé alors que l’activité elle-même a subi des chocs sectoriels. C’est une nuance importante pour Windhoek : les recettes publiques se sont améliorées, mais la dépendance à quelques produits reste forte.

Windhoek veut plus qu’un boom : des investissements, des emplois, de la transformation locale

Le gouvernement namibien ne cache pas son ambition. Avec le NDP6, il veut faire du secteur minier un moteur de croissance plus large, capable d’alimenter l’industrie, la formation et l’emploi. Lors du Forum public-privé namibien, les acteurs du secteur ont évoqué des projets susceptibles de mobiliser près de 2,865 milliards de dollars d’investissements et de créer plus de 18 000 emplois, à condition que les freins administratifs et réglementaires soient levés. Cet objectif place la mine au croisement de la politique industrielle et de la politique sociale.

La présidence pousse aussi à une montée en gamme locale. L’idée est simple : exporter moins de matière brute, et capter davantage de valeur dans le pays, par le raffinage, la transformation ou les services miniers locaux. Cette orientation est cohérente avec les ambitions du NDP6, qui insiste sur la diversification, la transformation structurelle et la valorisation des ressources naturelles. Pour les entreprises, cela suppose davantage d’investissements. Pour l’État, cela signifie plus de contenu local, plus de fiscalité à moyen terme, et une moindre vulnérabilité aux cycles mondiaux des matières premières.

Les projets uranifères en préparation donnent une idée du virage attendu. La filière s’appuie déjà sur Rössing, Husab et Langer Heinrich, cette dernière ayant repris sa production commerciale en 2024. Plus loin dans le pipeline, Etango, Tumas et Norasa sont présentés comme des relais de croissance capables de renforcer la position de la Namibie dans l’uranium pendant la seconde moitié des années 2020 et au-delà. C’est là que se joue une partie du débat : le pays peut consolider sa place sur un marché mondial redevenu porteur, mais il doit convertir cette fenêtre en emplois durables et en chaînes de valeur locales.

Un enjeu namibien, mais aussi régional et africain

La Namibie n’est pas isolée dans cette équation. Son secteur minier évolue dans une Afrique australe marquée par la concurrence pour les capitaux, les infrastructures et les débouchés. La SADC cherche précisément à renforcer l’intégration économique régionale. Dans ce contexte, une Namibie plus industrialisée peut peser davantage dans les chaînes régionales de fourniture d’énergie, de transport et de transformation des minerais. Windhoek devient alors un point d’appui pour une stratégie plus large d’industrialisation africaine.

La portée continentale est claire. À l’échelle africaine, le dossier namibien rappelle qu’une ressource stratégique ne suffit pas à créer de la prospérité si elle n’est pas reliée à une politique publique cohérente, à des infrastructures fiables et à une transformation locale crédible. C’est aussi un test pour la Zone de libre-échange continentale africaine, qui doit faciliter l’écoulement régional des biens transformés plutôt que des simples matières premières. La suite dépendra de la capacité de Windhoek à convertir ses revenus miniers en emplois, en compétences et en tissu industriel, tout en gardant le cap budgétaire.