Un pays où les diplômes ne suffisent plus à ouvrir la porte de l’emploi
À Mbabane, la question n’est plus seulement de former les jeunes, mais de savoir où les faire travailler. En Eswatini, le problème est connu depuis longtemps : l’économie crée trop peu de postes formels pour absorber les nouveaux arrivants, alors que la jeunesse reste nombreuse et pressée d’entrer dans la vie active.
Ce décalage pèse particulièrement sur les foyers modestes. Dans un marché du travail étroit, un certificat, un stage ou une petite formation ne garantissent pas un emploi durable. Les jeunes finissent souvent dans des activités informelles, irrégulières ou sous-rémunérées. Le débat n’est donc pas seulement social. Il touche aussi la productivité, les recettes publiques et la capacité du royaume à retenir ses compétences.
La dynamique actuelle s’inscrit dans un contexte régional plus large. La Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) rappelle que l’emploi des jeunes reste un défi structurel dans la région. L’organisation pousse ses membres à renforcer la formation professionnelle, l’apprentissage et les politiques actives d’emploi. L’Eswatini n’échappe pas à cette pression, d’autant que son économie dépend fortement de quelques secteurs et de débouchés encore limités.
Des programmes nombreux, mais un marché qui n’absorbe pas assez
Fin juillet, le Centre national technique et d’innovation a réuni des jeunes à Gege pour présenter plusieurs dispositifs d’insertion. L’objectif était simple : mieux faire connaître les outils existants et les relier aux besoins concrets du marché. Parmi eux figurent le Fonds rotatif pour l’entrepreneuriat des jeunes, qui propose des prêts sans garantie, ainsi que des parcours numériques portés avec l’appui de l’UNICEF autour de la plateforme YOMA. Des mécanismes de financement agricole et des offres de formation en agriculture, artisanat et numérique ont aussi été mis en avant.
Cette cartographie des programmes montre un effort réel de l’État et de ses partenaires. Mais elle révèle aussi une limite. Le problème n’est plus l’absence totale d’initiatives. Il tient à la conversion de ces dispositifs en emplois stables, en microentreprises viables ou en revenus réguliers. Une formation utile ne suffit pas si les débouchés restent rares, si le crédit demeure difficile à mobiliser ou si la demande solvable est trop faible.
Le gouvernement swazi cherche pourtant à agir sur plusieurs fronts. Dans son plan budgétaire 2024-2025, il a mis en avant des projets d’entrepreneuriat et de soutien aux jeunes entreprises. Mais le besoin dépasse largement ces annonces ponctuelles. Le pays doit aussi mieux articuler école, formation, financement et accès au marché. Sans cette chaîne complète, les jeunes formés risquent de rester coincés entre l’attente et le sous-emploi.
Un appui international croissant, mais des résultats encore à prouver
Le 12 mai 2025, la Banque mondiale a approuvé le projet Eswatini Youth Employment Opportunities Project. Le programme, financé par l’Association internationale de développement, vise à soutenir les revenus de 30 000 jeunes, dont au moins la moitié de femmes. Il cible surtout les filières agricoles à plus fort potentiel et les services liés aux chaînes de valeur.
Les chiffres qui accompagnent ce projet disent l’ampleur du défi. La Banque mondiale indique que le marché formel du pays ne crée qu’environ 1 000 emplois par an, pour quelque 25 000 nouveaux entrants. Le chômage des jeunes dépasse 53 %, avec une situation plus dure pour les femmes, dont le taux atteint 52,4 %, contre 45 % chez les hommes. La Banque mondiale précise aussi que c’est le premier projet financé par l’IDA dans le pays depuis son passage à un statut mixte IDA/IBRD.
Le diagnostic régional confirme cette fragilité. Le rapport de la SADC sur le développement 2020-2030 situait déjà l’Eswatini parmi les pays les plus touchés par le chômage des jeunes dans la région, avec un taux de 54,8 % dans les données citées pour 2017. Le royaume se classe aussi très bas dans les comparaisons internationales sur la jeunesse. Le Youth Development Index du Commonwealth le place au 156e rang sur 183 pays, ce qui traduit des fragilités persistantes dans l’emploi, l’éducation et les opportunités.
L’enjeu dépasse donc la simple insertion de cohortes de jeunes. Pour l’Eswatini, il s’agit de savoir si les programmes publics, les bailleurs et les entreprises peuvent enfin converger vers une économie plus capable d’embaucher. Dans l’immédiat, la priorité reste d’élargir les activités qui créent des revenus hors du seul emploi public, notamment dans l’agro-transformation, les services et le numérique. À l’échelle de l’Afrique australe, le cas swazi illustre une réalité partagée : former davantage ne suffit pas si la structure productive ne suit pas.
Le prochain test sera celui de l’exécution. Les annonces existent, les cadres régionaux aussi. Reste à vérifier si les jeunes de Mbabane, Manzini ou Gege verront enfin plus que des dispositifs sur papier.