Quand les accords existent, encore faut-il les transformer en commandes
À Kinshasa, le défi n’est plus seulement de signer des accords commerciaux. Il faut désormais les convertir en contrats, en volumes expédiés et en revenus pour les producteurs congolais. C’est dans cet esprit que les autorités congolaises ont mis en place une structure de suivi destinée à mieux faire circuler les produits agricoles et transformés du pays vers les marchés déjà accessibles.
La République démocratique du Congo cherche depuis plusieurs années à sortir d’une dépendance trop forte aux minerais bruts. Le pays reste pourtant un géant minier. En 2024, le cuivre raffiné et le cobalt ont encore pesé très lourd dans ses ventes extérieures, tandis que la Chine est restée un débouché majeur. Les données internationales confirment aussi le poids mondial du cuivre et du cobalt congolais.
Une task force pour faire tenir la chaîne exportatrice
La réunion technique tenue à Kinshasa, le mardi 4 août, a abouti à la création d’une task force chargée d’accélérer les exportations des produits « Made in DRC ». L’idée est simple : réunir autour d’une même table les ministères de l’Agriculture, du Développement rural, de l’Industrie, du Commerce extérieur et de l’Environnement, ainsi que l’Office congolais de contrôle, pour lever les blocages de certification et de conformité. Cette méthode répond à un problème très concret : un produit peut être disponible sur le terrain, mais rester bloqué faute de documents, de traçabilité ou de normes adaptées.
Cette logique n’est pas nouvelle, mais elle devient plus pressante avec la multiplication des fenêtres commerciales. Le marché britannique offre aux exportateurs congolais un cadre tarifaire favorable dans le dispositif britannique DCTS, qui prévoit 0 % de droits sur 99,8 % des produits pour la RDC. Du côté des Émirats arabes unis, Kinshasa affirme qu’un accord ouvre l’accès à près de 6 000 produits congolais. Et avec la Chine, le ministère du Commerce extérieur parle depuis 2025 d’une volonté de rendre possibles des exportations sans droits de douane pour certaines filières.
Dans les faits, cela suppose un État plus opérationnel. L’OCC doit contrôler la qualité. L’ANAPEX doit préparer les filières. Les administrations techniques doivent harmoniser leurs exigences. Sans cette coordination, les opportunités restent théoriques. Avec elle, les producteurs de cacao, café, huile de palme, soja, sésame, caoutchouc ou bois peuvent espérer accéder à des marchés qui exigent des preuves, pas seulement des promesses.
Le vrai test : la traçabilité, pas le discours
Le front le plus sensible se situe désormais en Europe. Le règlement européen contre la déforestation, applicable aux grandes et moyennes entreprises à partir du 30 décembre 2026, puis aux micro et petites structures à partir du 30 juin 2027, impose de démontrer qu’un produit n’est pas lié à une déforestation récente. Pour les filières congolaises concernées, cela signifie géolocalisation des parcelles, collecte de données fiables et capacité à prouver l’origine légale des marchandises.
L’enjeu dépasse la seule conformité. Il touche directement les petits producteurs, souvent organisés dans des zones rurales où la documentation foncière reste fragile et l’accès au numérique inégal. Il touche aussi les exportateurs urbains, qui doivent financer les audits, les systèmes de suivi et les intermédiaires de certification. À Kinshasa, le sujet est stratégique. Dans les villages, il peut décider si une récolte entre ou non dans une chaîne d’exportation formelle.
L’ANAPEX pousse donc pour une traçabilité renforcée, notamment dans les filières cacao, café, huile de palme, caoutchouc, soja, sésame et bois. Cette orientation rejoint la stratégie nationale de promotion des exportations et de diversification, déjà structurée autour de la montée en gamme des filières, des exigences sanitaires et phytosanitaires, et de la logistique. Autrement dit, la compétitivité congolaise ne se joue plus seulement dans les champs ou les ateliers, mais aussi dans les registres, les certificats et les systèmes de contrôle.
Une diversification encore inachevée, mais désormais mieux cadrée
La portée économique de cette initiative est claire. Tant que les exportations restent dominées par le cuivre et le cobalt, la RDC demeure exposée aux chocs de prix internationaux et aux décisions prises hors de ses frontières. À l’inverse, une meilleure valorisation des produits agricoles et forestiers peut créer plus d’emplois locaux, retenir une part plus importante de la valeur ajoutée et faire travailler des PME congolaises hors du seul secteur extractif.
Le gouvernement congolais avance aussi dans d’autres cadres régionaux. Le pays a intensifié ses travaux autour de la Zone de libre-échange continentale africaine, qui doit faciliter les échanges intra-africains si les règles de qualité, d’origine et de transit sont maîtrisées. Dans cette architecture, la RDC ne parle plus seulement à l’Union européenne, à la Chine ou au Golfe. Elle cherche aussi à mieux se positionner dans le commerce africain, où la rapidité des formalités compte autant que la production elle-même.
Le cadre politique donne donc un signal, mais il devra être suivi d’exécution. Les prochaines étapes seront concrètes : capacité de certification de l’OCC, mise en place de la géolocalisation des zones agricoles, coordination avec les exportateurs, et préparation des filières aux échéances européennes de 2026 et 2027. Si cette mécanique tient, Kinshasa pourrait commencer à convertir ses accords en parts de marché réelles. Sinon, les opportunités resteront au stade de l’annonce.