À Bunia, la riposte se joue autant dans les centres de soins que sur les routes de l’Ituri
Dans l’est de la République démocratique du Congo, une épidémie d’Ebola ne se limite jamais à une courbe épidémiologique. Elle rencontre des villes de transit, des zones minières, des familles déplacées et des frontières poreuses. À Bunia, en Ituri, la bataille sanitaire dépend donc autant des équipes médicales que de la capacité de l’État à suivre les mouvements de population et à maintenir la confiance.
Le ministère congolais de la Santé classe toujours l’épidémie d’Ebola Bundibugyo comme active, avec une dernière mise à jour affichée le 6 août 2026. L’Organisation mondiale de la Santé, pour sa part, indique dans sa situation la plus récente disponible au 15 juillet 2026 que 2 124 cas confirmés et 828 décès avaient été enregistrés en RDC, dans 46 zones de santé réparties sur cinq provinces.
Un foyer né dans l’Ituri, mais pensé à l’échelle régionale
Le point de départ reste la province de l’Ituri, au nord-est du pays, avec Bunia comme principal foyer urbain. Mais très vite, la lecture est devenue régionale. La RDC partage des axes de circulation avec l’Ouganda, le Sud-Soudan et, plus au sud, les autres provinces de l’est congolais. C’est précisément ce couloir frontalier qui a poussé Africa CDC à qualifier l’épidémie d’urgence de santé publique de sécurité continentale, dès le 18 mai 2026.
Cette réaction africaine n’est pas symbolique. Elle traduit une réalité simple : dans cette partie du continent, une flambée virale peut franchir une frontière en quelques heures. L’Ouganda a d’ailleurs signalé des cas importés liés à la RDC, ce qui a renforcé la coordination transfrontalière. L’enjeu n’est donc pas seulement de traiter des malades, mais d’organiser la surveillance, les laboratoires, le suivi des contacts et la prévention dans plusieurs pays à la fois.
Ce que disent les faits sanitaires
Le 15 mai 2026, la RDC a déclaré l’épidémie de maladie à virus Ebola causée par la souche Bundibugyo. L’OMS précise qu’elle reste active et que la transmission a continué d’alimenter une hausse des cas et des décès jusqu’à la mi-juillet. Dans son bilan du 15 juillet, l’agence onusienne identifie Ituri comme la province la plus touchée, avec 1 904 cas sur 2 124, soit 89,6 % du total national, et 692 décès sur 828.
À l’intérieur d’Ituri, les zones de santé les plus touchées étaient Bunia, Rwampara, Mongbwalu, Nizi et Nyankunde. Ce détail compte. Il montre que l’épidémie n’est pas concentrée dans un seul centre hospitalier, mais dispersée dans des espaces de circulation humaine et économique. L’OMS signale aussi plus de 12 000 contacts identifiés et suivis à la mi-juillet, un travail lourd qui exige des équipes nombreuses, du carburant, des moyens de communication et une logistique continue.
Les autorités congolaises et l’OMS ont multiplié les déplacements de terrain. Le 31 mai, leur déclaration commune faisait état d’une situation « en évolution rapide » dans plusieurs zones de santé de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Le 19 juin, le ministère congolais de la Santé annonçait encore une visite de travail à l’hôpital général de Bunia dans le cadre du suivi de la riposte.
Pourquoi cette crise dépasse le seul cadre hospitalier
Dans une épidémie d’Ebola, la réponse médicale est décisive, mais elle ne suffit pas. Les équipes doivent aussi convaincre des communautés parfois fatiguées par des années de crise sécuritaire et sanitaire. En Ituri, la mobilité, l’insécurité et l’activité minière compliquent le repérage des cas et la chaîne de suivi. Africa CDC a justement souligné ces difficultés : contexte urbain de Bunia, mouvements de population, mobilité liée aux mines de Mongbwalu, et fragilités du contrôle des infections.
Pour les autorités congolaises, l’enjeu est double. Il faut d’abord contenir la maladie. Il faut ensuite éviter qu’elle n’alourdisse encore la pression sur un système de santé déjà sollicité par d’autres urgences dans l’est du pays. Pour les familles, la priorité reste plus concrète encore : savoir où se faire tester, comment accéder au traitement et comment protéger les proches sans interrompre la vie quotidienne plus que nécessaire. Le ministère de la Santé maintient d’ailleurs une page dédiée à la surveillance épidémiologique et à l’alerte, signe que la riposte reste institutionnellement active.
Une affaire congolaise, mais aussi continentale
La crise éclaire une évolution importante de la santé publique africaine : les réponses ne se limitent plus à l’échelle nationale. Entre l’OMS, le ministère congolais de la Santé, Africa CDC et les autorités voisines, la riposte se construit désormais comme un dispositif régional. C’est particulièrement vrai dans la zone des Grands Lacs, où les mobilités économiques et familiales ne s’arrêtent pas aux postes frontières.
La suite dépendra de deux indicateurs. D’abord, la capacité à faire reculer durablement la transmission dans l’Ituri. Ensuite, la possibilité de maintenir une surveillance serrée sur les provinces voisines et les pays frontaliers. L’OMS rappelle que la réponse reste guidée par des mises à jour régulières, tandis qu’Africa CDC continue d’encadrer la préparation régionale. Pour la RDC, l’épreuve est sanitaire. Pour l’Afrique centrale et les Grands Lacs, elle teste aussi la vitesse de coordination entre États, institutions régionales et équipes de terrain.