Un accord modeste, mais un signal utile pour les exportateurs zimbabwéens

Quand deux pays échangent peu, chaque passerelle compte. Pour le Zimbabwe, la question n’est pas seulement de signer des textes. Elle est de transformer des relations diplomatiques anciennes en débouchés concrets pour les entreprises, depuis Harare jusqu’aux zones de production qui cherchent des marchés plus stables. Le 4 août à Belgrade, cette logique a pris la forme d’un protocole d’accord entre ZimTrade, l’agence nationale de promotion du commerce, et Serbia Export, la plateforme serbe dédiée aux entreprises tournées vers l’international.

Le sujet est d’autant plus intéressant que les échanges restent très faibles au regard des ambitions affichées. Selon le ministère serbe des Affaires étrangères, le commerce de marchandises entre la Serbie et le Zimbabwe a atteint 2,1 millions d’euros en 2025, avec 88 000 euros d’exportations serbes et 2,0 millions d’euros d’importations. Le même dossier rappelle que les relations bilatérales datent de 1980 et qu’elles sont décrites comme « traditionnellement proches et amicales ».

Harare, Belgrade et la logique des marchés de niche

Le Zimbabwe s’inscrit depuis plusieurs années dans une stratégie de diversification des marchés. Ses documents de planification économique citent ZimTrade parmi les instruments appelés à soutenir l’accès aux marchés, le développement des exportations et l’intégration aux chaînes de valeur régionales et mondiales, notamment dans le cadre de la ZLECAf, la zone de libre-échange continentale africaine, et de la stratégie industrielle de la SADC, la Communauté de développement d’Afrique australe.

De son côté, la Serbie multiplie les dispositifs pour mettre en relation ses entreprises avec des partenaires extérieurs. Serbia Export se présente comme une plateforme numérique lancée par la Chambre de commerce et d’industrie de Serbie pour exposer les capacités, produits et services d’entreprises prêtes à exporter. Cette architecture explique le type d’accord signé à Belgrade : il vise moins un grand traité qu’un mécanisme pratique de mise en relation.

Ce que prévoit le protocole signé à Belgrade

Le mémorandum conclu le 4 août prévoit plusieurs outils concrets : partage d’informations commerciales, forums d’affaires communs et mise en relation directe entre entreprises. L’objectif affiché est simple. Il s’agit de fluidifier les contacts pour faire naître des contrats, des investissements et des flux d’exportation. Le texte s’inscrit aussi dans la préparation d’EXPO 2027 à Belgrade, un rendez-vous que la Serbie présente comme une grande vitrine internationale.

Pour le Zimbabwe, ce type de cadre peut être utile dans des secteurs déjà identifiés comme porteurs. À Belgrade, lors d’un échange en mars 2026 avec la Chambre de commerce serbe et l’Agence de développement de Serbie, une délégation zimbabwéenne incluant des représentants de ZimTrade a mis en avant le potentiel du pays dans les mines, l’agriculture, le tourisme et la transformation. Les interlocuteurs serbes ont, eux aussi, évoqué ces secteurs comme des axes de coopération.

Pourquoi cette séquence parle aussi à l’économie zimbabwéenne

Le premier enjeu est celui de la diversification. Le Zimbabwe exporte encore trop souvent vers un nombre limité de marchés et reste exposé aux variations de prix des matières premières et aux coûts logistiques. Le rapport parlementaire zimbabwéen sur le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international souligne d’ailleurs que la faible progression des recettes d’exportation s’explique aussi par la volatilité des prix mondiaux et par des contraintes logistiques. Dans ce contexte, multiplier les portes d’entrée commerciales n’est pas un luxe. C’est une nécessité.

Le deuxième enjeu touche aux entreprises de taille moyenne, souvent les premières gagnantes d’un accord de ce type. Elles ont besoin d’informations fiables, de partenaires identifiés et d’un accès plus simple aux réseaux d’affaires. C’est précisément le rôle que ZimTrade revendique : accompagner les exportateurs, renforcer leurs capacités et ouvrir de nouveaux marchés. L’accord avec Serbia Export peut donc servir d’accélérateur, surtout pour les produits à plus forte valeur ajoutée.

Le troisième enjeu concerne les complémentarités sectorielles. Côté zimbabwéen, les discussions de mars à Belgrade ont mis en avant les minerais, l’agriculture, le tourisme et l’industrie de transformation. Côté serbe, les exportateurs cherchent à élargir leurs débouchés hors de leur voisinage immédiat. L’accord crée ainsi un espace de travail pour des secteurs très concrets : équipements, intrants, produits agricoles transformés, services liés au commerce et logistique.

Une portée régionale qui dépasse le seul axe Harare-Belgrade

La portée de ce rapprochement ne se limite pas aux deux capitales. Dans l’espace africain, il illustre une tendance plus large : les États cherchent à mieux convertir leur diplomatie en contrats, et leurs chambres de commerce en ponts commerciaux. Pour le Zimbabwe, membre de la SADC et engagé dans la ZLECAf, chaque accord bilatéral peut servir de test pour des exportations plus régulières, mieux documentées et moins dépendantes d’un seul partenaire.

Du côté serbe, la relation avec le Zimbabwe prend aussi place dans une stratégie d’ouverture vers l’Afrique, assumée dans la communication de Serbia Export. La plateforme affiche d’ailleurs des contenus dédiés à une coopération plus rapide et plus efficace avec le continent. Dans les mois qui viennent, le vrai indicateur ne sera pas la signature elle-même, mais le nombre de rencontres d’affaires, de contrats et de flux commerciaux qui suivront, notamment à l’approche d’EXPO 2027 à Belgrade.

Au fond, ce protocole raconte moins une percée spectaculaire qu’un changement de méthode. Entre Harare et Belgrade, il s’agit désormais de passer d’une relation diplomatique ancienne à une coopération économique mesurable. C’est souvent dans ce type d’accord, discret mais ciblé, que se dessine la vraie profondeur d’un partenariat.