Au Zimbabwe, le crédit redevient un enjeu de production

Quand une économie dépend d’importations, de devises rares et d’un tissu de PME encore sous-financé, chaque ligne de crédit compte. À Harare, le débat ne porte donc pas seulement sur le montant d’un accord bancaire. Il touche à la capacité du Zimbabwe à produire, exporter et payer ses intrants sans étouffer ses entreprises locales.

Le pays évolue aussi dans un environnement régional où la SADC, l’espace d’intégration d’Afrique australe, pousse à fluidifier les échanges, les paiements et les corridors logistiques. Dans ce cadre, le financement du commerce reste un maillon décisif. Sans lettres de crédit, garanties et fonds de roulement, les chaînes d’approvisionnement restent fragiles, même quand la demande existe.

Trois volets pour une même cible : exportations, PME et énergie

L’opération annoncée à la fin du mois de juillet repose sur trois accords pour un total de 190 millions de dollars. Le premier, une facilité de financement du commerce de 150 millions de dollars, doit permettre à CBZ Bank d’accorder des crédits et d’émettre des lettres de crédit au profit d’entreprises zimbabwéennes. Le deuxième, doté de 20 millions de dollars, vise les petites et moyennes entreprises, avec un appui au financement et au renforcement des capacités. Le troisième, de 20 millions de dollars, sert à la participation de CBZ Bank à une facilité syndiquée de 210 millions de dollars destinée à la Zimbabwe Electricity Transmission and Distribution Company, l’entreprise publique chargée du transport et de la distribution d’électricité.

Cette séquence s’inscrit dans une relation déjà ancienne entre Afreximbank et CBZ Bank, la banque commerciale de référence du groupe CBZ Holdings. En 2024, les deux institutions avaient déjà conclu deux accords totalisant 80 millions de dollars. Afreximbank expliquait alors vouloir combler un déficit de financement qui pénalise les corporates et les PME, au moment où plusieurs banques internationales réduisaient leur exposition au Zimbabwe.

Le nouveau paquet va plus loin. Il ne vise pas seulement les exportateurs. Il cherche aussi à sécuriser les cycles de trésorerie des entreprises qui importent des machines, des intrants ou des composants. C’est là que le financement du commerce joue son rôle le plus concret : il évite que la faiblesse du cash disponible bloque une commande, puis toute une chaîne de valeur.

Pourquoi cette opération compte pour l’économie zimbabwéenne

Le Zimbabwe a besoin de devises. Les chiffres publiés par ZIMSTAT montrent qu’en mars 2026, les exportations ont atteint 932 millions de dollars, en hausse de 6,7 % sur un mois, tandis que les importations se sont établies à 1,07 milliard de dollars, en progression de 11,6 %. Le déficit commercial a donc continué de peser sur les équilibres extérieurs.

Dans ce contexte, toute facilité qui soutient les exportateurs, les producteurs et les PME peut soulager la pression sur les réserves de change. C’est aussi l’idée avancée par Afreximbank en 2024 : financer les entreprises locales aide à générer des devises et à réduire la dépendance aux financements extérieurs, souvent plus coûteux ou plus sélectifs.

L’énergie reste l’autre verrou. Sans électricité stable, les usines ralentissent, les ateliers réduisent leurs horaires et les coûts de production montent. Le fait que la nouvelle enveloppe touche ZETDC n’est donc pas anodin. Il relie le financement bancaire à la réalité industrielle : plus qu’un produit financier, c’est un appui à l’infrastructure qui alimente l’activité économique.

Pour les PME, l’enjeu est encore plus direct. Elles ont rarement des garanties suffisantes, supportent des coûts de financement élevés et accèdent difficilement aux instruments de commerce international. Une tranche dédiée, surtout lorsqu’elle inclut un accompagnement non financier, peut améliorer leur capacité à livrer, importer et structurer leur activité. Mais l’effet dépendra de la vitesse de décaissement et des critères d’accès retenus par CBZ Bank.

Une logique panafricaine de souveraineté financière

Cette annonce dépasse le seul cas zimbabwéen. Afreximbank cherche à renforcer le commerce intra-africain, les PME et les infrastructures qui facilitent les échanges. Elle s’appuie aussi sur des plateformes nationales de commerce et de distribution, annoncées au Zimbabwe et au Malawi, pour rapprocher producteurs, acheteurs, logistique et financement. L’objectif est clair : réduire les coûts de transaction et garder davantage de valeur ajoutée sur le continent.

Dans le même mouvement, la banque a déjà accru sa présence sur plusieurs dossiers africains de financement d’infrastructures. Ce positionnement confirme un point important pour l’Afrique australe : la bataille du commerce ne se joue pas seulement aux frontières, mais aussi dans les bilans des banques, les capacités énergétiques et l’organisation des chaînes logistiques.

Pour Harare, le signal est politique autant qu’économique. Le pays montre qu’il reste capable d’attirer des financements continentaux ciblés, malgré des contraintes persistantes sur les devises, l’énergie et l’accès au crédit. Pour la région, le message est plus large : si les institutions africaines parviennent à financer le commerce et les infrastructures sans attendre les circuits extérieurs, elles gagnent en marge de manœuvre. C’est cette autonomie pratique, plus que les annonces spectaculaires, qui peut soutenir une croissance plus régulière en Afrique australe.