Un site clé pour la Mauritanie, un baromètre pour tout le secteur minier

À Nouakchott, la mine de Tasiast reste bien plus qu’un actif industriel. Elle sert de thermomètre à une économie mauritanienne où le fer domine encore, mais où l’or pèse lourd dans les recettes, l’emploi indirect et les équilibres budgétaires. Quand Tasiast accélère, c’est toute la chaîne minière qui respire un peu mieux.

Le site appartient à Kinross Gold via Tasiast Mauritanie Limited S.A. et se trouve à environ 300 kilomètres au nord-est de Nouakchott, dans l’Inchiri. La mine fonctionne à ciel ouvert et s’appuie sur un circuit de broyage, de lixiviation en tas et, depuis 2024, sur une centrale solaire qui réduit une part de sa consommation fossile. L’entreprise indique aussi que le projet 24K a prolongé la durée de vie du gisement jusqu’en 2033.

Des volumes en reprise après un premier trimestre plus terne

Sur le premier semestre 2026, Tasiast a produit 263 325 onces d’or équivalent, contre 256 870 onces un an plus tôt, soit une hausse de 2 %. Le détail trimestriel montre un début d’année plus fragile, avec 130 014 onces au premier trimestre, puis un deuxième trimestre plus solide à 133 311 onces. Kinross attribue cette amélioration à une hausse du débit et à une meilleure organisation du traitement à l’usine.

Le calendrier de publication compte aussi. Kinross a annoncé que ses résultats du deuxième trimestre 2026 seraient publiés le 29 juillet 2026, ce qui confirme que les chiffres de mi-année arrivent à un moment de lecture important pour les marchés et pour Nouakchott. La comparaison avec 2025 reste centrale, car la mine avait livré 503 429 onces sur l’ensemble de l’année dernière. À ce stade, l’objectif 2026 fixé à 505 000 onces paraît encore atteignable.

Ce niveau d’activité ne doit pas être lu isolément. Le ministère mauritanien chargé des mines rappelle que Tasiast figure parmi les grands projets du pays, aux côtés de la SNIM, dans un paysage où l’or, le fer et le cuivre structurent l’économie extractive. L’État mauritanien suit donc de près la cadence du site, car elle influence les exportations, les flux de devises et une partie des recettes publiques.

Pourquoi cette hausse compte au-delà des seuls actionnaires

Le poids économique de Tasiast est confirmé par les données ITIE, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives. Dans le rapport 2024, Tasiast a représenté 50,3 % de la valeur de la production minière déclarée, avec 19 359 kg d’or et 1 650 kg d’argent. Sur la période 2020-2024, le complexe a aussi pesé en moyenne 26,95 % de la contribution du secteur extractif à la Mauritanie. Ces ordres de grandeur expliquent pourquoi chaque variation trimestrielle est scrutée à Nouakchott.

Pour l’État, la question n’est pas seulement la quantité d’or produite. Elle touche à la capacité du pays à transformer une rente minière en recettes stables, en infrastructures et en emplois durables. Pour les salariés et sous-traitants, en revanche, la priorité reste la continuité des opérations, la sécurité et le maintien du niveau d’activité. Le ministère mauritanien évoque d’ailleurs plusieurs milliers d’emplois directs et indirects autour de Tasiast, tandis que Kinross insiste sur le recours à des fournisseurs locaux et sur la place des travailleurs mauritaniens dans son dispositif.

Le contexte de prix soutient aussi la rentabilité du site. Fin juillet 2026, l’once d’or évoluait encore autour de 4 000 dollars sur les marchés, selon les cotations relayées par Reuters, après avoir dépassé ce niveau plus tôt dans le mois. Même si ce niveau reste inférieur à certains pics observés plus tôt en 2026, il demeure favorable aux grands producteurs à coûts maîtrisés.

Lecture régionale : l’or mauritanien, un test pour la gouvernance minière

Dans l’ouest du continent, la Mauritanie occupe une place singulière. Elle n’est pas membre de la CEDEAO, mais reste arrimée à la dynamique ouest-africaine par ses échanges, ses corridors logistiques et ses voisins immédiats. Dans ce cadre, Tasiast illustre une question largement partagée en Afrique de l’Ouest : comment capter davantage de valeur locale à partir d’un gisement contrôlé par un groupe international, sans décourager l’investissement ni affaiblir la transparence.

La réponse passe par la régulation, la publication des données et la lisibilité des contrats. Mauritanie a déjà renforcé son dispositif ITIE, avec un cadre de divulgation systématique des données extractives. Cette architecture ne règle pas tout, mais elle fixe un standard utile dans une région où la pression sur les revenus miniers et les attentes sociales restent fortes.

La suite se jouera dans les prochains bilans de Kinross, mais aussi dans la capacité de l’État mauritanien à convertir cette production en marge budgétaire, en emplois qualifiés et en effets d’entraînement hors du périmètre minier. Si Tasiast tient son rythme annuel, la Mauritanie gardera un atout majeur dans un marché de l’or redevenu très porteur. Si la cadence faiblit, l’impact se lira vite dans les exportations, puis dans les recettes publiques.