Une zone monétaire sous tension, mais plus bavarde en devises

Dans une union monétaire, une amélioration du commerce extérieur ne se lit pas seulement dans les statistiques. Elle pèse aussi sur la capacité des États à défendre leur monnaie, à payer leurs importations stratégiques et à respirer un peu dans des budgets souvent sous contrainte. En 2025, l’UEMOA a connu ce type de respiration, avec un excédent de sa balance commerciale de 6 318,2 milliards de francs CFA. C’est la première fois depuis 2011 que le solde des marchandises repasse au vert.

L’enjeu est régional, mais il touche huit pays très différents : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Tous partagent le franc CFA de l’Ouest, une monnaie arrimée à l’euro par une parité fixe. Dans ce cadre, les exportations ne sont pas un simple sujet de douane. Elles alimentent les réserves de change et, donc, la stabilité du système monétaire commun.

Le rebond vient d’abord du sol

Le chiffre clé est net : les exportations de l’Union ont atteint 33 177,7 milliards de francs CFA en 2025, contre 23 944,9 milliards un an plus tôt. Les importations ont aussi progressé, mais plus lentement, à 26 859,5 milliards. Le résultat est un basculement du solde commercial, passé de -171,0 milliards en 2024 à +6 318,2 milliards en 2025. La BCEAO a présenté ces données le 22 juillet 2026 à Dakar, lors de la cérémonie de présentation de son rapport annuel 2025.

Cette amélioration repose sur trois piliers. D’abord l’or, dont les ventes ont atteint 12 050,8 milliards de francs CFA. Ensuite le cacao, à 7 031,2 milliards. Enfin le pétrole, dont les exportations ont plus que doublé pour monter à 4 406,3 milliards. À eux trois, ces produits représentent désormais 71 % des exportations de l’Union. Le coton, lui, recule de 16 %.

La dynamique ne tient pas seulement aux prix. La banque centrale explique que les volumes ont beaucoup compté. La production brute de l’Union est passée de 192 942 à 233 870 barils par jour. Le Sénégal a commencé à produire du pétrole en 2024 sur son projet offshore de Sangomar, tandis que le développement gazier de GTA, au large du Sénégal et de la Mauritanie, a aussi changé l’équation énergétique régionale.

Pour le cacao, la Côte d’Ivoire reste un moteur central de la zone, et la hausse des cours mondiaux a renforcé les recettes d’exportation. Mais la BCEAO insiste sur le rôle des volumes, ce qui rappelle une réalité souvent oubliée : le cycle favorable ne vient pas seulement des marchés, il vient aussi de la montée en puissance de productions locales.

Un excédent utile, mais pas encore une sortie de zone de fragilité

La lecture macroéconomique est plus nuancée. L’excédent commercial a aidé les comptes extérieurs, mais il n’a pas effacé les déséquilibres. Le déficit des services est resté lourd, à -7 512,8 milliards de francs CFA. Le solde courant de l’Union est resté déficitaire. Et les flux financiers venus de l’extérieur se sont contractés, avec une baisse des investissements directs étrangers et des décaissements extérieurs nets aux États. En clair, l’Union a mieux vendu, mais elle a aussi moins reçu en capitaux.

Ce point compte pour les finances publiques. Plusieurs États de l’Union restent engagés dans des programmes de financement ou de surveillance avec le Fonds monétaire international. Dans ce contexte, un meilleur commerce extérieur donne des marges de manœuvre, mais il ne remplace ni la discipline budgétaire ni la mobilisation durable de recettes internes. Le FMI note d’ailleurs que la croissance de l’UEMOA a atteint 6,6 % en 2025, tandis que les déséquilibres extérieurs se réduisaient, surtout grâce aux prix élevés de l’or et du cacao et à la montée des exportations d’hydrocarbures.

La BCEAO a aussi bénéficié d’un autre effet : la reconstitution de ses avoirs en devises. L’institution attribue une partie de cette évolution à une réglementation entrée en vigueur fin 2024, qui a resserré l’obligation de rapatrier les recettes d’exportation. Ce type de règle peut sembler technique. Il est pourtant décisif dans une union monétaire, car il conditionne la disponibilité réelle des devises dans les banques et auprès de la banque centrale.

Les gagnants ne sont pas les mêmes selon les pays. La Côte d’Ivoire profite du cacao et des services. Le Sénégal et le Niger misent davantage sur les hydrocarbures. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger restent exposés à des économies plus fragiles, sous pression sécuritaire et budgétaire. La lecture régionale est donc simple : une amélioration agrégée ne gomme pas les écarts de structure entre États.

Ce que 2026 peut déjà changer dans la zone

L’année en cours a déjà modifié une partie des équilibres. L’or a corrigé après ses sommets, tandis que les cours du pétrole se sont tendus dans un contexte international plus instable. Cela signifie que l’excédent commercial de 2025 ne peut pas être considéré comme acquis pour 2026. La BCEAO a d’ailleurs gardé ses taux inchangés le 10 juin 2026, après les avoir abaissés plus tôt dans l’année, en raison notamment des risques externes.

La banque centrale a malgré tout conservé un ton prudent mais confiant. Elle projette pour 2026 un excédent global des échanges extérieurs de l’Union, mais plus faible qu’en 2025. Elle anticipe aussi une poursuite du ralentissement du déficit courant. Autrement dit, la zone a gagné un peu d’air, mais pas au point d’entrer dans une zone de confort.

Pour l’Afrique de l’Ouest, la portée dépasse le seul cas de l’UEMOA. Une zone monétaire qui améliore ses comptes extérieurs, tout en développant ses hydrocarbures et ses chaînes agricoles, offre un signal observé de près par les autres ensembles économiques du continent. La prochaine question ne sera pas de savoir si l’excédent a existé en 2025, mais s’il résiste à 2026, quand les prix des matières premières et les tensions géopolitiques auront de nouveau changé la donne.