Une promesse d’électricité qui change d’échelle

Dans les campagnes sénégalaises, l’électricité ne sert pas seulement à allumer des ampoules. Elle conditionne aussi la conservation des produits, le pompage de l’eau, l’étude le soir et la petite activité qui fait vivre un ménage. C’est là que se joue aujourd’hui une partie du rattrapage territorial du Sénégal, pays où Dakar et les grandes villes avancent plus vite que les zones rurales.

Le 27 juillet 2026, l’Agence sénégalaise d’électrification rurale a annoncé la signature d’un contrat commercial de 120 millions d’euros avec l’entreprise allemande GAUFF pour une deuxième phase de projet portant sur au moins 753 villages. L’objectif affiché reste le même : rapprocher l’accès à l’électricité de la promesse d’un accès universel à l’horizon 2029.

Le Sénégal accélère sur un terrain encore inégal

Le sujet s’inscrit dans une trajectoire nationale déjà engagée. Le ministère sénégalais chargé de l’énergie indique qu’en 2023, le taux d’électrification rurale atteignait 65,84 %, contre 42,30 % en 2018. La même source rappelle que le Sénégal vise l’accès universel à l’électricité d’ici 2025, une échéance interne plus ambitieuse que celle souvent citée dans les documents de planification plus récents.

Le « Pacte national pour l’énergie » reprend un constat plus large : l’accès national était de 84 % en 2023, mais la moyenne masque un écart net entre les villes, à 97,1 %, et les zones rurales, à 64,5 %. La Banque mondiale y voit un défi structurel de financement, de maillage territorial et de gouvernance du secteur.

Ce contraste éclaire la place prise par les mini-réseaux et les solutions solaires décentralisées. Le choix n’est pas anodin. Dans les territoires éloignés, raccorder chaque village par le réseau classique coûte souvent plus cher et prend plus de temps. Les mini-centrales solaires permettent d’aller plus vite, tout en soutenant des usages locaux immédiatement utiles.

Ce que prévoit la deuxième phase

Selon les éléments communiqués par l’ASER et repris par la presse sénégalaise, la nouvelle phase prévoit l’installation de 183 mini-centrales solaires, le raccordement des ménages et la réalisation des installations intérieures. Environ 5 % du budget doivent aussi soutenir des activités génératrices de revenus dans les zones ciblées. Le projet ne se limite donc pas à brancher des maisons ; il cherche à créer un socle économique minimal autour de l’énergie disponible.

Le directeur général de l’ASER, Jean-Michel Sène, présente cette séquence comme un outil d’inclusion et de développement local. Cette logique est cohérente avec la première phase du partenariat, lancée en 2019, qui devait couvrir 300 localités et en a finalement atteint 410, selon GAUFF. L’entreprise dit avoir déployé 372 systèmes photovoltaïques totalisant 11,83 MWc et 46,24 MWh de stockage, pour environ 205 000 personnes bénéficiaires.

La première phase avait été financée par la KfW IPEX-Bank, filiale de la banque publique allemande KfW. En revanche, les autorités n’ont pas détaillé l’origine ni les conditions précises du financement de cette nouvelle étape. C’est un point important, car les projets d’électrification rurale dépendent autant de la qualité technique des installations que de la soutenabilité financière des contrats.

Un enjeu budgétaire autant que social

Le Sénégal ne part pas de zéro, mais le reste à faire demeure massif. Le pays évalue à 443 millions de dollars ses besoins pour développer les mini-réseaux et combler le retard dans les campagnes, dont 292 millions de financements publics et 151 millions du secteur privé. Cela montre que l’électrification rurale ne relève pas seulement d’une politique sociale ; c’est aussi un problème d’architecture financière.

Cette contrainte explique le recours à des partenariats hybrides, où l’État fixe le cap, où des opérateurs privés exécutent et où des bailleurs internationaux soutiennent l’effort. Le Sénégal s’inscrit d’ailleurs dans un cadre énergétique plus large, marqué par le Partenariat pour une transition énergétique juste lancé en 2023 avec plusieurs partenaires internationaux, dont l’Allemagne, pour mobiliser jusqu’à 2,5 milliards d’euros.

Sur le terrain, l’impact ne sera pas le même pour tous. Pour les familles rurales, une mini-centrale peut réduire le coût du kérosène, sécuriser les activités domestiques et ouvrir des services de base. Pour les communes, elle peut renforcer l’attractivité économique. Pour les jeunes et les femmes, elle peut aussi soutenir des revenus de proximité, notamment dans la transformation, le froid ou le commerce de détail.

Une séquence à suivre au-delà du Sénégal

Ce dossier dépasse le seul cadre national. En Afrique de l’Ouest, l’accès à l’énergie reste un test de crédibilité pour les États qui promettent à la fois industrialisation, souveraineté alimentaire et emploi local. La CEDEAO a longtemps porté l’interconnexion régionale comme réponse partielle, mais les zones rurales éloignées restent souvent dépendantes de solutions autonomes. Le cas sénégalais illustre donc une tendance plus large : la montée en puissance des mini-réseaux comme outil de développement territorial.

Pour Dakar, l’enjeu est aussi politique. À trois ans de l’échéance 2029 évoquée par les autorités pour l’accès universel, la vitesse d’exécution comptera autant que les annonces. Si les 753 villages visés sont réellement couverts, le Sénégal consolidera l’un des programmes ruraux les plus visibles de la région. S’il y a du retard, l’écart entre les centres urbains et l’intérieur du pays restera un frein majeur au développement équilibré.