Au Nigeria, l’électricité reste un sujet de développement concret, pas un simple dossier technique

Dans bien des localités nigérianes, l’enjeu n’est pas seulement d’allumer une ampoule. Il s’agit de faire tourner une pompe, conserver des médicaments, charger un téléphone, faire fonctionner un atelier ou une boutique. C’est là que les mini-réseaux prennent de l’importance. Ils répondent plus vite que l’extension du réseau principal dans des zones dispersées ou difficiles à raccorder.

Le Nigeria, avec Abuja pour capitale, reste l’un des pays les plus exposés au déficit d’accès à l’électricité en Afrique. Le dernier rapport Tracking SDG7 publié en 2026 indique que 87 millions de personnes n’y avaient pas accès à l’électricité, ce qui place encore le pays au premier rang mondial en valeur absolue. À l’échelle du continent, cette réalité continue de peser sur l’activité économique, surtout hors des grandes métropoles.

Dans ce contexte, la Rural Electrification Agency, l’agence fédérale chargée de l’électrification rurale, multiplie les solutions décentralisées. Son site rappelle que l’organisme, établi dans le cadre de la réforme du secteur électrique, pilote des mini-réseaux, des systèmes solaires domestiques et des équipements pour les services publics. Le cap affiché est clair : apporter une énergie plus fiable là où le réseau national reste coûteux, instable ou absent.

À Plateau, un projet de 1,5 MW s’inscrit dans une stratégie plus large

À Pankshin, dans l’État de Plateau, la REA a lancé la construction d’un mini-réseau solaire hybride interconnecté de 1,5 MW. L’information a été rendue publique le 22 juillet 2026 par plusieurs médias nigérians, dont Channels Television, et s’appuie sur un communiqué de l’agence. Le projet relève du Nigeria Electrification Project, un programme soutenu par la Banque africaine de développement dans sa phase initiale et par d’autres partenaires du financement du secteur électrique.

Le choix du terme “hybride” n’est pas anodin. L’installation combine le solaire, des batteries de 2 MWh et un groupe de secours de 600 kW, selon les caractéristiques relayées par la presse locale. Ce type d’architecture permet d’absorber les variations de production solaire et de sécuriser l’alimentation en soirée ou lors des pics de demande. Le raccordement au réseau local doit aussi faciliter l’alimentation des ménages, des commerces et des petites activités productives.

Ni le coût total, ni le calendrier précis de mise en service n’ont été communiqués publiquement à ce stade. Ce silence n’est pas inhabituel dans les projets d’électrification, mais il empêche encore d’évaluer le coût par connexion et la vitesse réelle d’exécution. Dans un pays où les attentes sont fortes, le passage du lancement à la livraison reste l’étape décisive.

Ce nouveau chantier intervient quelques mois après une autre avancée dans le même État. La REA avait déjà mis en service, en novembre 2025, un mini-réseau solaire de 50 kWc dans la communauté de Namu, toujours dans le Plateau. L’agence présente Pankshin comme sa deuxième grande étape dans l’État, signe d’un ancrage progressif dans cette zone du centre-nord nigérian.

Pourquoi ces mini-réseaux comptent pour les ménages et pour l’économie locale

Le Nigeria ne manque pas seulement de capacité installée. Il souffre aussi d’une distribution inégale, d’un réseau fragile et de pertes importantes. Dans ce cadre, les mini-réseaux apportent une réponse ciblée. Ils évitent de tout attendre d’une ligne longue et coûteuse à déployer. Ils donnent aussi de la visibilité aux petites entreprises qui ont besoin d’une alimentation régulière pour produire, vendre et stocker.

La logique est désormais bien installée dans la politique publique nigériane. Le Nigeria Electrification Project a déjà soutenu 125 mini-réseaux et permis la vente de plus d’un million de systèmes solaires domestiques, avec plus de 5,5 millions de personnes touchées selon la Banque mondiale. La REA, de son côté, affirme que les programmes lancés sous l’étiquette NEP et DARES ont déjà élargi l’accès à l’électricité à plusieurs millions de Nigérians.

Les chiffres montrent toutefois que l’échelle du problème reste immense. Le rapport 2026 sur l’Objectif de développement durable 7 rappelle qu’en Afrique subsaharienne, le rythme d’électrification doit encore fortement accélérer pour atteindre l’accès universel d’ici 2030. Le Nigeria pèse lourd dans cette équation. Il concentre à lui seul une part majeure du déficit mondial. Cela explique pourquoi chaque projet réussi est important, mais aussi pourquoi aucun projet isolé ne peut suffire.

Pour les ménages ruraux, l’effet est immédiat quand le projet fonctionne. La dépense en carburant baisse. Le bruit des groupes diesel disparaît. Les commerces prolongent leurs horaires. Les téléphones restent chargés. Les écoles et les centres de santé gagnent en continuité. Pour les jeunes entreprises, c’est aussi une question de survie économique. Une alimentation stable réduit les pertes et rend les investissements plus crédibles.

Un signal pour l’Afrique de l’Ouest, au moment où la demande en énergie monte

Le dossier dépasse largement Plateau. En Afrique de l’Ouest, la question de l’accès à l’énergie reste liée à la démographie, à l’urbanisation rapide et à la montée des besoins productifs. Pour la CEDEAO, la coopération énergétique et l’interconnexion des marchés demeurent stratégiques. Mais, sur le terrain, les solutions décentralisées gardent un rôle majeur dans les villages, les petites villes et les zones périphériques des grands axes.

Le Nigeria teste ici un modèle qui intéresse aussi d’autres économies africaines : associer solaire, stockage, secours thermique limité et ancrage local du service. Cette approche est soutenue au niveau international, mais sa réussite dépend surtout de trois éléments très concrets : la qualité de l’exploitation, la capacité à raccorder des usages productifs et la stabilité du cadre réglementaire. Le ministère fédéral de l’Énergie, la REA, les États fédérés et les développeurs privés jouent donc chacun un rôle essentiel.

À court terme, la question n’est plus de savoir si les mini-réseaux ont une utilité. Elle est déjà démontrée. La vraie interrogation porte sur la vitesse de déploiement, la maintenance dans la durée et l’intégration progressive avec le réseau national. C’est là que se jouera une partie de la crédibilité du Nigeria dans sa transition énergétique, mais aussi une partie de la réponse africaine au déficit d’accès à l’électricité.