Un accord de financement pour un tissu productif encore étroit
En République démocratique du Congo, le problème n’est pas seulement de créer des entreprises. Il faut surtout leur permettre de durer, d’investir et d’embaucher. C’est là que se joue la différence entre une économie dominée par l’importation et une économie qui transforme ses ressources sur place.
À Kinshasa, le Fonds de promotion de l’industrie et le Programme des Nations unies pour le développement ont scellé, le 11 juillet 2025, un partenariat de deux ans destiné à renforcer l’inclusion financière et l’entrepreneuriat local. Le programme s’inscrit dans l’initiative ACT, pour Action, Changement et Transformation. Le communiqué officiel du PNUD précise que l’objectif est d’appuyer la croissance inclusive, le renforcement des capacités techniques et l’accès au financement. L’Agence congolaise de presse a confirmé la signature à Kinshasa dès le lendemain.
Le ciblage est clair : jeunes, femmes, agriculteurs, exploitants miniers artisanaux et micro, petites et moyennes entreprises. Le FPI dit vouloir mobiliser des ressources pour soutenir un tissu industriel compétitif, inclusif et résilient. Dans le langage de politique publique, cela veut dire financer des projets capables de créer des emplois, d’absorber une partie de la production locale et de garder davantage de valeur ajoutée dans le pays.
Pourquoi ce partenariat arrive maintenant
Le FPI n’est pas une structure nouvelle. Il a été créé par l’ordonnance du 7 août 1989, puis transformé en établissement public à caractère administratif et financier en 2009. Placé sous la tutelle du ministère de l’Industrie, il a pour mission de promouvoir l’industrie locale, de financer des projets liés à la production nationale et de gérer les ressources issues de la taxe de promotion de l’industrie. Autrement dit, il porte un outil ancien, mais toujours central, de financement productif en RDC.
Ce nouvel accord tombe dans un contexte où le secteur privé congolais reste freiné par des obstacles très concrets. L’étude de la Banque mondiale sur l’enquête entreprise 2024 cite trois contraintes majeures pour les firmes formelles : l’accès au financement, la pression fiscale et la corruption. Elle ajoute que les petites et jeunes entreprises restent beaucoup plus exposées aux limites de crédit, et que les besoins insatisfaits de financement restent profonds et durables.
Les chiffres donnent la mesure du blocage. Dans les données de la Banque mondiale reprises dans les travaux analysés pour la RDC, moins de 10 % des entreprises formelles de taille moyenne et grande disposent d’un prêt ou d’une ligne de crédit. L’étude note aussi qu’environ 45 % des firmes déclarent subir une contrainte de crédit. Dans le même ordre d’idée, le crédit au secteur privé reste très faible au regard du PIB congolais, loin des niveaux observés dans beaucoup d’économies africaines comparables.
Ce que l’accord peut changer, et ce qu’il ne règle pas encore
Le sens politique du partenariat est donc important. Il ne s’agit pas seulement d’un appui technique. Il s’agit d’essayer de réduire le coût d’entrée dans le financement formel pour des acteurs qui restent souvent exclus par manque de garanties, d’historique bancaire ou de documentation comptable. L’étude de la Banque mondiale souligne d’ailleurs que les jeunes et les petites entreprises sont les plus pénalisées par ces asymétries d’information et par les exigences de garanties immobilières.
Pour les femmes entrepreneures et les jeunes porteurs de projets, le partenariat peut ouvrir un passage vers des mécanismes plus adaptés. Pour les agriculteurs et les chaînes de valeur rurales, il peut aider à relier production, transformation et marché. Pour les exploitants miniers artisanaux, souvent cantonnés à l’informel, l’enjeu est d’accéder à des outils de financement qui ne les obligent pas à entrer immédiatement dans des schémas pensés pour les grandes sociétés. Le défi est donc d’adapter le crédit à la réalité économique congolaise, et non l’inverse.
Ce point est décisif pour Kinshasa, mais aussi pour les provinces. L’étude de la Banque mondiale observe que les contraintes financières ne se répartissent pas de la même manière selon les territoires. La capitale concentre les entreprises, les banques et la demande de crédit, mais cette concentration peut aussi rendre la concurrence pour les financements plus rude. À l’inverse, certaines provinces affichent des contraintes moindres, mais avec une offre financière plus dispersée. Le bon financement des MPME ne se joue donc pas seulement dans les salles de réunion de la capitale. Il dépend aussi de la capacité à mailler le territoire.
À l’échelle régionale, la RDC avance dans une Afrique centrale où les institutions financières de développement et les agences onusiennes cherchent de plus en plus à combiner inclusion, industrialisation et emploi. La BAD pousse elle aussi des mécanismes de garantie et de financement du commerce en faveur des PME congolaises, signe que le sujet dépasse le seul cadre national. Le débat rejoint ainsi les priorités de la CEEAC et de la Zone de libre-échange continentale africaine, où la capacité à produire localement conditionne la place du pays dans les échanges africains.
Le vrai test viendra maintenant de l’exécution. Les promesses de financement sont fréquentes en RDC. Ce qui compte, c’est le nombre de projets effectivement servis, la qualité de l’accompagnement, le niveau de remboursement et la capacité à transformer les crédits en activité productive. Si le partenariat FPI-PNUD tient ses objectifs, il pourrait devenir un instrument utile de l’industrialisation congolaise par le bas, à partir des petites unités, des ateliers, des exploitations agricoles et des chaînes de valeur locales. S’il s’essouffle, il rejoindra la longue liste des dispositifs annoncés mais rarement déployés à l’échelle qu’exige l’économie congolaise.