Une réponse à un problème qui dépasse l’énergie

En Zambie, cuisiner reste souvent une affaire de fumée, de bois et de temps perdu. Derrière ce geste quotidien, il y a un enjeu sanitaire, forestier et économique. Pour beaucoup de familles, surtout en zone rurale, la question n’est pas seulement de mieux cuire les aliments. Elle est de savoir comment le faire sans alourdir les dépenses, sans exposer les foyers à la pollution domestique et sans continuer à tirer sur les forêts.

C’est dans ce contexte que le financement annoncé à Lusaka prend tout son sens. Le pays reste l’un des marchés africains où la cuisson propre progresse trop lentement. Selon les données de la Banque mondiale, l’accès aux combustibles et technologies propres pour cuisiner ne concernait encore que 9,2 % de la population en 2023, avec un écart très net entre villes et campagnes. Et l’enquête nationale de l’agence statistique zambienne montre que près d’un ménage sur deux utilisait encore le bois collecté comme principale énergie de cuisson, devant le charbon acheté.

Un montage financier adossé au carbone

Le fonds Africa Go Green a accordé 10,7 millions de dollars à BioLite pour financer l’achat et la distribution d’au moins 163 500 foyers de cuisson améliorés en Zambie. L’opération a été rendue publique le 20 juillet 2026. Le prêt doit être remboursé par les revenus futurs générés par les crédits carbone du projet, c’est-à-dire les unités représentant des réductions d’émissions mesurées et certifiées.

Le mécanisme s’inscrit dans le cadre de l’article 6.2 de l’Accord de Paris, qui permet à deux États de coopérer sur des réductions d’émissions reconnues internationalement. Dans le cas zambien, la coopération avec la Suisse a été formalisée par un accord de mise en œuvre daté du 20 novembre 2025. Ce type d’architecture attire de plus en plus les capitaux privés, parce qu’il peut abaisser le coût d’accès aux équipements pour les ménages tout en transférant une partie du risque financier vers l’aval du projet.

La fondation suisse KliK achètera les réductions d’émissions générées. Une couverture d’assurance fournie par CFC Underwriting et Kita doit aussi amortir une partie des risques liés à la transaction. Le schéma n’est donc pas un simple achat de foyers. C’est une chaîne complète où le climat, le financement et la distribution sont liés.

Ce que cela change pour les ménages zambiens

Le cœur du sujet reste concret. Dans de nombreux foyers, le bois se collecte encore loin du domicile. Cela mobilise du temps, souvent celui des femmes et des enfants. Cela pèse aussi sur les budgets quand il faut acheter du charbon de bois. Et cela expose les familles à une pollution intérieure qui affecte la santé respiratoire. En Zambie, où les inégalités entre zones urbaines et rurales restent fortes, la cuisson propre ne relève pas d’un confort moderne. C’est une composante de l’accès à l’énergie au sens plein.

L’enjeu forestier est tout aussi direct. Quand la demande en bois-énergie reste élevée, la pression sur les espaces boisés augmente, surtout à proximité des centres urbains et des axes routiers. Des foyers améliorés ne résolvent pas tout. Mais ils peuvent réduire la quantité de combustible consommée, donc la pression sur les ressources locales. Dans un pays où le climat et les forêts sont déjà fragilisés par la variabilité des pluies, cette réduction compte.

Le choix du carbone comme levier financier a toutefois une limite structurelle : il dépend de la qualité des mesures, de la stabilité des prix et de la capacité à distribuer réellement les équipements. Si la chaîne logistique cale, ou si les ménages abandonnent les foyers après quelques mois, l’impact climatique et social s’affaiblit. À l’inverse, si l’adoption est durable, le projet peut montrer qu’une politique de cuisson propre peut être pensée comme un service de masse, pas comme un simple produit de niche.

Une tendance africaine qui s’accélère

La Zambie n’avance pas seule. À l’échelle africaine, la cuisson propre est devenue un angle majeur de la finance climat. L’Agence internationale de l’énergie a rappelé en juillet 2026 que de nouveaux engagements de 900 millions de dollars avaient été annoncés pour la cuisson propre en Afrique, signe que le sujet attire enfin des financements à la hauteur de son poids social. L’Afrique australe, où la SADC cherche à renforcer l’accès à l’énergie et la résilience climatique, suit cette évolution avec attention.

Pour Lusaka, ce dossier dépasse donc la seule distribution de 163 500 foyers. Il touche à la manière dont la Zambie mobilise les marchés carbone, attire des partenaires extérieurs et transforme un besoin domestique massif en projet d’investissement. Pour la région, il confirme qu’une partie des solutions climatiques africaines se joue dans les cuisines, les villages et les chaînes d’approvisionnement locales, bien plus que dans les seuls grands projets d’infrastructure.

La suite se jouera sur la mise en œuvre, entre 2026 et 2027. C’est là que se mesureront l’adoption réelle des foyers, la solidité du montage carbone et la capacité du projet à produire un bénéfice durable pour les ménages zambiens comme pour le climat.