Quand un pays vient observer une zone industrielle, ce n’est pas seulement une visite protocolaire
À Glo-Djigbé, au nord de la ceinture économique de Cotonou, la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) n’attire plus seulement des investisseurs. Elle attire aussi des délégations africaines qui cherchent des méthodes, des contrats, des chiffres et des réponses très concrètes sur l’industrialisation.
C’est dans ce cadre qu’une mission venue de la République centrafricaine a récemment parcouru l’écosystème de la GDIZ. La démarche est révélatrice. Dans plusieurs pays du continent, la question n’est plus seulement d’exporter davantage. Elle est de savoir comment transformer sur place, créer de l’emploi et garder une plus grande part de la valeur ajoutée. Le Bénin, dont la capitale est Porto-Novo, entend précisément se positionner sur ce terrain.
Le Bénin met en avant une industrialisation par les chaînes de valeur
La GDIZ est présentée par les autorités béninoises comme une zone industrielle intégrée développée en partenariat entre l’État du Bénin et ARISE IIP. Le site est conçu pour attirer des usines, organiser les services logistiques et accélérer la transformation locale de produits agricoles et forestiers. Les documents de présentation de la zone évoquent une surface de 1 640 hectares, tandis que la Banque africaine de développement rappelle que le projet a été lancé comme un levier de politique industrielle et de zone économique spéciale.
Le gouvernement béninois insiste aussi sur les filières ciblées : coton, noix de cajou, soja, ananas, karité et textile. Sur son site, la GDIZ explique que son modèle vise à aller de l’approvisionnement en matières premières jusqu’aux produits finis. La Banque africaine de développement, de son côté, a estimé que le portefeuille d’ARISE IIP, incluant la GDIZ au Bénin, a déjà permis l’embarquement de plus de 400 entreprises dans 47 secteurs et la création de plus de 50 000 emplois à l’échelle de ses projets.
Cette montée en puissance s’inscrit dans une stratégie plus large. La Banque africaine de développement dit soutenir au Bénin le développement des chaînes de valeur agricoles, l’amélioration du climat des affaires et la promotion des zones économiques spéciales. Dans le même temps, le pays cherche à faire émerger une base industrielle capable de retenir davantage de richesse sur son territoire plutôt que de laisser partir les matières premières à l’état brut.
Ce que la délégation centrafricaine est venue chercher à Glo-Djigbé
Selon les éléments publiés par la GDIZ et repris par des relais d’information, la délégation centrafricaine a effectué une mission d’immersion pour observer les mécanismes de fonctionnement de la zone. Le groupe réunissait des responsables publics, des acteurs du secteur privé, des entrepreneurs, des représentants de chambres consulaires et des femmes entrepreneures. L’objectif affiché n’était pas de copier le modèle béninois à l’identique, mais d’identifier des pratiques transposables à la République centrafricaine.
Les échanges ont porté sur l’organisation de la zone, l’accueil des investisseurs, les infrastructures, les incitations offertes aux entreprises et la création de chaînes de valeur locales. Ce choix de sujets n’est pas anodin. Il montre que la question industrielle se joue autant sur la gouvernance que sur les machines. Un guichet clair, des procédures stables, des routes internes, de l’énergie, de l’eau et des règles lisibles comptent parfois autant qu’un discours politique sur la souveraineté économique.
Pour Bangui, le sujet est stratégique. L’économie centrafricaine repose encore largement sur des ressources peu transformées, malgré des atouts dans le bois, l’agriculture, le coton, l’élevage et les minerais. Le frein reste connu : infrastructures insuffisantes, investissement privé limité, et environnement sécuritaire fragile dans plusieurs zones. Dans ce contexte, la GDIZ sert de cas d’école pour penser une industrialisation par noyaux spécialisés plutôt que par dispersion des efforts.
Une dynamique africaine de plus en plus assumée
Cette visite dit aussi quelque chose du moment africain. De plus en plus de gouvernements et d’opérateurs publics cherchent des solutions sur le continent lui-même. Le mouvement est visible dans les échanges entre zones industrielles, agences de promotion des investissements, banques de développement et organisations régionales. La ZLECAf, la Zone de libre-échange continentale africaine, donne à cette logique une perspective supplémentaire : produire localement pour mieux commercer entre Africains.
Le Bénin, membre de la CEDEAO, entend capitaliser sur cette dynamique régionale. Son port, son positionnement ouest-africain et sa stratégie industrielle font de la GDIZ une vitrine qui dépasse le seul cadre national. Mais la portée réelle du modèle se mesurera à des indicateurs plus précis : nombre d’emplois durables, part de production localement transformée, montée en compétence des petites et moyennes entreprises béninoises, et capacité à intégrer les producteurs agricoles dans l’économie formelle.
Pour les Béninois, l’enjeu est concret. Si la zone industrielle fonctionne, elle peut absorber une partie de la demande d’emploi, particulièrement chez les jeunes. Si elle reste concentrée entre quelques grands opérateurs, l’effet d’entraînement sera plus limité. C’est là que le débat devient important : industrialiser ne se résume pas à construire des usines. Il faut aussi relier la production aux territoires, aux fournisseurs, aux transporteurs et aux formations techniques.
La mission centrafricaine confirme enfin une évolution de perception. La GDIZ n’est plus seulement présentée comme un projet béninois. Elle devient un point de comparaison africain. Pour Cotonou comme pour Porto-Novo, c’est une forme de reconnaissance. Pour Bangui, c’est une piste. Et pour la région ouest-africaine, c’est un rappel : la compétition économique ne se joue plus seulement sur les matières premières, mais sur la capacité à les transformer, à les organiser et à les vendre plus loin, sous une autre forme.