À Dakar, une décision qui dépasse le seul dossier Macky Sall

La diplomatie sénégalaise a parfois l’art des gestes qui pèsent plus lourd qu’un long discours. En apportant son plein soutien à la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’ONU, le pouvoir de Bassirou Diomaye Faye transforme une rencontre de courtoisie en signal politique, à la fois interne et international. À Dakar, cette annonce ne parle pas seulement de multilatéralisme. Elle dit aussi quelque chose de la manière dont le Sénégal veut gérer la continuité de l’État, ses rivalités anciennes et son image au-delà de l’Afrique de l’Ouest.

Le cadre est important. Le Sénégal appartient à la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, et reste l’un des pays les plus visibles de l’espace ouest-africain sur les questions diplomatiques. Le pays a aussi rappelé, ces derniers mois, son attachement au multilatéralisme africain et à une lecture plus inclusive des rapports internationaux. Dans ce dossier, la dimension régionale compte autant que la relation entre deux présidents sénégalais.

Le soutien est désormais formalisé

Selon le communiqué rendu public lundi 20 juillet par le ministère sénégalais chargé de l’intégration africaine et des affaires étrangères, Bassirou Diomaye Faye a instruit le gouvernement, ainsi que tout le réseau diplomatique du Sénégal, de se mobiliser pour promouvoir la candidature de Macky Sall auprès des États membres de l’ONU. Le texte met fin à une ambiguïté entretenue depuis l’audience du vendredi 17 juillet au palais présidentiel de Dakar. La présidence avait alors parlé d’une rencontre cordiale, sans annoncer de position officielle.

Cette clarification intervient alors que la procédure de sélection du prochain secrétaire général est déjà lancée aux Nations unies. L’ONU précise qu’un candidat doit être désigné par un État membre ou un groupe d’États membres, puis présenter une vision, un curriculum vitae et des informations sur le financement de sa campagne. Le poste est attribué par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. Le mandat d’António Guterres se termine le 31 décembre 2026, ce qui place la campagne actuelle dans une séquence décisive.

Macky Sall a été officiellement nommé le 2 mars 2026 par le Burundi, selon les documents publiés par les Nations unies. Son dossier a ensuite été versé au processus public de l’ONU, avec dialogue interactif et audition retransmise. Son passage devant les mécanismes onusiens a confirmé qu’il faisait bien partie des candidats en lice pour la succession d’António Guterres.

Un appui attendu, mais loin de faire l’unanimité

Ce soutien sénégalais était espéré par le camp de l’ancien chef de l’État. Mais il ne règle pas tout. Au printemps, la candidature de Macky Sall n’avait pas obtenu l’aval de l’Union africaine, et plusieurs États africains s’y étaient opposés, selon les éléments repris dans la presse africaine et les documents de suivi du dossier. Dans une course au secrétariat général de l’ONU, ce type de fracture n’est jamais anodin : l’appui du pays d’origine compte, mais il ne suffit pas à lui seul à construire une majorité diplomatique.

Au Sénégal, le choix de Bassirou Diomaye Faye suscite aussi des réserves. Des acteurs de la société civile et des familles de victimes des manifestations politiques de 2021 à 2024 ont critiqué la réception faite à Macky Sall à Dakar, y voyant une forme de réhabilitation politique. D’autres observateurs relient ce geste à un possible apaisement avec l’APR, le parti de l’ancien président, dans un contexte intérieur où les recompositions sont rapides. Le pouvoir, lui, semble privilégier une lecture institutionnelle : un ancien président sénégalais reste un atout potentiel pour le rayonnement du pays, même si son bilan national divise encore.

Cette lecture n’efface pas les tensions de fond. Le débat sur la dette cachée, évoqué dans le débat public sénégalais depuis le changement de pouvoir, continue de peser sur la perception de l’héritage de Macky Sall. Sur le plan intérieur, le gouvernement doit donc gérer un équilibre délicat : défendre les intérêts diplomatiques du Sénégal sans donner le sentiment de trancher trop vite les controverses politiques du passé récent.

Une candidature africaine dans une compétition mondiale

Le poste de secrétaire général de l’ONU n’est pas un simple symbole. C’est un poste d’arbitrage, de visibilité et de méthode. Le titulaire doit convaincre le Conseil de sécurité, puis l’Assemblée générale. Il doit aussi rassurer sur trois fronts : paix et sécurité, développement, droits humains. Dans un contexte mondial marqué par les guerres, les blocages au Conseil de sécurité et la crise du multilatéralisme, chaque candidature est lue comme un test de crédibilité institutionnelle.

Pour le Sénégal, l’enjeu dépasse la personne de Macky Sall. Dakar cherche à préserver son statut de place diplomatique sérieuse en Afrique de l’Ouest, au moment où la CEDEAO est fragilisée par des transitions militaires, des tensions politiques et des équilibres régionaux plus instables. Soutenir un ancien président national dans une compétition mondiale peut renforcer l’image de continuité de l’État. Mais cela expose aussi le pouvoir à la critique si la décision est perçue comme un geste de calcul plutôt que comme une projection d’intérêt national.

La portée continentale est claire. L’Afrique cherche depuis longtemps à peser davantage dans les grandes institutions internationales, qu’il s’agisse du Conseil de sécurité, du financement du développement ou de la réforme de la gouvernance mondiale. Une candidature issue du continent à la tête de l’ONU renvoie donc à un débat plus large : comment l’Afrique organise-t-elle sa voix commune, et jusqu’où ses capitales sont-elles prêtes à soutenir un profil unique ? Dans les prochaines semaines, les nouveaux appuis, les réserves africaines et les arbitrages des membres permanents du Conseil de sécurité seront les vrais marqueurs de force de cette campagne.