À Tonj Nord, la violence frappe des villages où la sécurité reste fragile et où les rivalités locales peuvent vite se transformer en attaques meurtrières. Les deux épisodes signalés les 26 et 27 octobre rappellent que la protection des civils dépend aussi de réponses publiques capables d’intervenir avant les représailles.
Des attaques distinctes dans le comté de Tonj Nord
Au moins 84 personnes auraient été tuées et 62 blessées lors de deux attaques dans le comté de Tonj Nord, dans l’État de Warrap, au Soudan du Sud. Le bilan, relayé par la radio sud-soudanaise Eye Radio à partir de témoignages locaux et d’informations des autorités de l’État, reste attribué à ces sources.
La première attaque aurait fait 72 morts et 38 blessés le lundi 26 octobre. Le lendemain, des hommes armés ont attaqué plusieurs villages du payam d’Akop, une subdivision administrative locale. Cette seconde attaque aurait fait 12 morts et 24 blessés. Des maisons et des marchés auraient été incendiés, tandis que du bétail aurait été emporté.
Le détail des deux bilans a aussi été rapporté par l’activiste sud-soudanais Edmund Yakani, qui dirige l’organisation de la société civile CEPO. Les informations disponibles ne permettent toutefois pas d’établir indépendamment l’identité des auteurs ni toutes les circonstances des attaques. Il faut donc distinguer les faits rapportés des responsabilités encore à vérifier.
Les Églises sud-soudanaises et des représentants de la société civile réclament des dialogues entre communautés. Yakani a également demandé aux responsables de la sécurité d’expliquer comment des armes et des munitions continuent d’alimenter les violences. Il a appelé les jeunes à ne pas se laisser entraîner dans les affrontements.
Une violence locale inscrite dans une crise plus large
Dans le Grand Tonj, les conflits s’enracinent notamment dans les vols de bétail, les représailles, les différends locaux et la circulation des armes. Ces facteurs ne justifient pas les attaques. Ils aident cependant à comprendre pourquoi une dispute peut provoquer une série de violences, surtout lorsque les mécanismes de médiation et de protection ne suffisent pas.
La Mission des Nations unies au Soudan du Sud (UNMISS) a décrit des affrontements communautaires récurrents dans la région de Tonj et a déjà demandé aux autorités de renforcer la protection des civils. Dans certaines zones rurales, la distance avec les services de sécurité peut retarder une intervention. Les habitants, notamment les personnes déplacées par les attaques, en supportent directement les conséquences.
Cette insécurité locale se déroule dans un pays où l’accord de paix revitalisé de 2018 peine toujours à produire une transition stable. Il avait réuni les principaux camps politiques dans un gouvernement d’unité après des années de guerre. Mais les retards dans sa mise en œuvre et les tensions au sommet fragilisent les institutions censées organiser la transition et prévenir de nouvelles crises.
Le calendrier électoral a lui aussi changé : les élections nationales sont désormais prévues en décembre 2026, après plusieurs reports. Cette échéance nourrit les débats sur la capacité des autorités à garantir un processus inclusif et pacifique. Elle ne signifie pas que les attaques de Tonj Nord sont causées par la compétition électorale : aucun élément vérifié ne permet d’établir ce lien direct.
La réponse publique, un enjeu pour les communautés
Pour les responsables de l’État et du gouvernement national, l’enjeu immédiat est de sécuriser les localités touchées, d’enquêter sur les attaques et de prévenir les représailles. Une réponse limitée aux déploiements ponctuels risque de laisser intactes les conditions qui entretiennent les cycles de vengeance. Les appels au dialogue soulignent donc la nécessité d’associer les communautés, les autorités locales, les Églises et les organisations civiles.
Les effets dépassent les pertes humaines. La destruction de marchés peut perturber les échanges et réduire l’accès aux produits de première nécessité. Le vol de bétail atteint à la fois les moyens de subsistance, les réseaux familiaux et l’économie locale. Les femmes, les enfants et les personnes âgées peuvent être particulièrement exposés lorsque les habitants fuient ou que les villages ne sont plus sûrs.
La crise pose aussi une question de responsabilité institutionnelle. Les autorités locales sont les premières sollicitées, mais la disponibilité des forces, leur capacité d’intervention et la coordination avec Djouba déterminent souvent la protection effective des civils. Sans enquête crédible et sans mécanisme de désarmement adapté, les appels au calme peuvent rester sans effet durable.
Un signal pour l’IGAD et l’Union africaine
Le Soudan du Sud appartient à l’Afrique de l’Est et à l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), organisation régionale impliquée dans les efforts de paix. Les partenaires régionaux suivent surtout la mise en œuvre de l’accord de 2018 et la préparation des élections. Les violences communautaires à Warrap rappellent toutefois que la stabilité nationale se joue aussi dans les comtés, loin des négociations politiques de la capitale, Djouba.
Pour l’Union africaine et l’IGAD, le défi consiste à soutenir une transition politique sans négliger la sécurité quotidienne des populations. À Tonj Nord, les prochaines indications à surveiller sont la confirmation du bilan, l’ouverture d’enquêtes, la protection des villages et la tenue de dialogues intercommunautaires. La réponse à ces attaques permettra de mesurer si les autorités peuvent prévenir de nouvelles représailles, au moment même où le pays se prépare à une échéance électorale majeure.
Sources consultées : Eye Radio sur les attaques à Akop et le bilan rapporté, Eye Radio sur les appels d’Edmund Yakani, UNMISS sur les tensions récurrentes dans la région de Tonj, Associated Press sur le calendrier électoral et la transition politique.