Le président sénégalais, Macky Sall, a justifié sa décision de reporter les élections présidentielles devant les violentes manifestations qui ont secoué le pays. Dans sa première interview depuis l’annonce du report, Sall a nié les allégations selon lesquelles cette décision était inconstitutionnelle, affirmant que le pays avait besoin de plus de temps pour résoudre les controverses sur la disqualification de certains candidats et un conflit entre les pouvoirs législatif et judiciaire du gouvernement.
Des inquiétudes quant aux motivations du président
Cependant, une grande partie de l’opinion publique craint que Sall, dont le mandat est limité, ne cherche simplement à retarder son départ de ses fonctions. Le Sénégal est considéré comme l’une des démocraties les plus stables d’Afrique de l’Ouest, mais le scrutin présidentiel a été marqué par de nombreuses controverses. Ces dernières vont des manifestations meurtrières qui ont incité Sall à annoncer qu’il ne briguerait pas un troisième mandat, à la disqualification de deux dirigeants de l’opposition par la plus haute autorité électorale.
Sall a toutefois nié toute intention de vouloir se maintenir au pouvoir. « Je suis en faveur d’un processus inclusif, transparent et pacifique qui me permettra de passer le relais en douceur et en toute sérénité », a-t-il déclaré lors d’une entrevue accordée à l’Associated Press (AP).
Une décision contestée face à des manifestations violentes
Sall a accordé cette interview depuis le palais présidentiel de Dakar, tandis que des centaines de manifestants descendaient dans les rues, brûlant des pneus, lançant des pierres et bloquant la circulation. Les forces de sécurité ont répliqué en utilisant des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. Selon le procureur de la République, au moins un étudiant a été tué lors des manifestations.
Macky Sall, qui est arrivé au pouvoir en 2012 et devrait terminer ses deux mandats le 2 avril, a reporté les élections prévues le 25 février, juste au moment où la campagne devait commencer. Ce report intervient dans un contexte de tensions quant aux candidats autorisés à se présenter.
Un contexte controversé
Le Conseil constitutionnel, plus haute autorité électorale, a disqualifié un candidat issu d’un grand parti politique en raison de sa double nationalité française. Karim Wade, fils d’un ancien président et candidat du Parti démocratique sénégalais, a accusé deux membres du Conseil de corruption et a appelé le Parlement à retarder les élections.
Macky Sall justifie sa décision d’intervenir en affirmant qu’elle est nécessaire pour éviter un chaos électoral encore plus grave. Le Parlement sénégalais a voté en faveur du report des élections au 15 décembre, dans un processus chaotique qui a vu les législateurs de l’opposition être expulsés de force. La Constitution permet au Conseil constitutionnel de reporter le scrutin dans certaines circonstances, notamment en cas de décès, d’incapacité permanente ou de retrait des candidats. Toutefois, les tentatives du Parlement pour modifier la législation semblent violer certaines clauses de la constitution actuelle, selon le Centre africain d’études stratégiques.
Plus de douze candidats de l’opposition ont déposé une requête devant la Cour suprême pour annuler le décret. Le Conseil constitutionnel devrait rendre sa décision dans environ une semaine. Interrogé sur sa réaction en cas de rejet du report par le tribunal, Macky Sall n’a pas donné de réponse claire. « Il est trop tôt pour moi d’envisager cette perspective », a-t-il déclaré, soulignant la séparation des pouvoirs.
Le risque d’un déclin démocratique
Les analystes soulignent que le report des élections dans un pays qui était autrefois considéré comme un modèle de stabilité démocratique risque d’accélérer le déclin démocratique en Afrique de l’Ouest, une région sujette aux coups d’État et à l’insécurité. La confiance des Sénégalais dans la démocratie a considérablement diminué sous le mandat de Macky Sall, avec plus de la moitié des citoyens affirmant que leur pays est aujourd’hui moins démocratique qu’il ne l’était il y a cinq ans, selon Afrobaromètre, un réseau de recherche indépendant.
Des groupes de défense des droits de l’homme accusent les autorités sénégalaises de réprimer les médias, la société civile et l’opposition politique.







