Sur le corridor de Lobito, la bataille ne se joue plus seulement sur les rails et dans les ports. Elle se déplace désormais vers les lignes électriques, les barrages et les réseaux capables d’alimenter les mines de cuivre et de cobalt de la République démocratique du Congo et de la Zambie.

Un corridor minier qui dépend aussi de l’électricité

Le corridor de Lobito relie le port angolais de Lobito, sur l’Atlantique, aux régions minières de la République démocratique du Congo (RDC) et de la Zambie. Son axe ferroviaire traverse l’Angola jusqu’à Luau, à la frontière congolaise. Il doit offrir une route plus directe vers les marchés internationaux pour le cuivre, le cobalt et d’autres minerais stratégiques.

Mais une voie ferrée modernisée ne suffit pas à transformer durablement cette région. Les exploitations minières ont besoin d’une alimentation électrique stable. Les villes, les petites entreprises et les ménages voisins aussi. Dans plusieurs zones du Copperbelt, la production industrielle reste exposée aux coupures, aux limites du réseau et au manque de capacités nouvelles.

C’est sur ce terrain que Washington avance désormais. Le 22 septembre 2026, l’Agence américaine pour le commerce et le développement, l’USTDA, a signé un accord avec Anzana Electric Group pour financer une étude de faisabilité de 3 millions de dollars.

Une étude centrée sur la RDC et la Zambie

Le projet concerne principalement la province du Lualaba, dans le sud-est de la RDC, ainsi que les provinces zambiennes du Copperbelt et du Nord-Ouest. Selon l’annonce officielle de l’USTDA, les infrastructures étudiées pourraient améliorer l’accès à l’électricité pour les activités minières et pour plus de trois millions de personnes.

L’étude doit examiner plusieurs pistes. Elle portera sur l’augmentation de la production hydroélectrique, la réhabilitation d’actifs existants et l’extension des réseaux de distribution. En RDC, les travaux prévoient aussi d’évaluer l’état du réseau, les besoins énergétiques des mines et les possibilités de remise en service ou de renforcement de certaines installations.

En Zambie, l’étude doit notamment préparer des dossiers d’appel d’offres, analyser la viabilité économique et financière des projets et produire des évaluations environnementales et sociales. Le périmètre annoncé inclut également une stratégie d’électrification et un plan d’affaires.

Le financement ne correspond donc pas encore à la construction de nouvelles centrales ou de nouvelles lignes. Il sert d’abord à préparer les décisions. Les capacités finales, les coûts détaillés et les montages financiers restent à déterminer.

L’USTDA prévoit aussi l’identification de fournisseurs américains susceptibles de participer aux futurs contrats. L’agence assume ainsi une double logique. Elle veut soutenir l’accès à l’électricité dans les territoires concernés, tout en ouvrant des débouchés à des entreprises américaines dans l’ingénierie, les équipements et les services énergétiques.

Washington sécurise une chaîne complète

Cette initiative prolonge l’engagement américain autour du corridor. Le 17 décembre 2025, la société Lobito Atlantic Railway a annoncé un financement de 753 millions de dollars provenant de la DFC, l’institution américaine de financement du développement, et de la Banque de développement d’Afrique australe, la DBSA.

La part américaine représente jusqu’à 553 millions de dollars. Le financement doit contribuer à réhabiliter environ 1 300 kilomètres de voie ferrée en Angola, ainsi que les installations portuaires et logistiques liées au projet. La DFC estime que les travaux pourraient porter la capacité de transport à 4,6 millions de tonnes et réduire les coûts d’acheminement des minerais jusqu’à 30 %.

Pour l’Angola, l’enjeu dépasse la seule exportation de minerais produits dans les pays voisins. Le port de Lobito et le chemin de fer de Benguela peuvent renforcer le rôle de la façade atlantique angolaise dans les échanges d’Afrique australe. Luanda cherche aussi à inscrire le corridor dans une stratégie plus large de diversification économique et de développement des infrastructures.

Pour les États-Unis, la logique est également stratégique. Le cuivre et le cobalt entrent dans la fabrication de nombreux équipements électriques et technologies industrielles. Washington cherche à diversifier ses approvisionnements et à réduire sa dépendance à l’égard de chaînes de production concentrées dans quelques pays.

Cette approche ne se limite donc pas au transport. Elle couvre progressivement la mine, l’électricité, la logistique et l’accès aux marchés. Dans ce dispositif, l’étude financée par l’USTDA occupe une place préparatoire, mais importante.

Les intérêts locaux seront déterminants

Le bénéfice attendu ne se mesurera pas uniquement au volume de minerai transporté. Une meilleure alimentation électrique peut réduire les arrêts de production, soutenir la transformation locale et améliorer les services dans les zones proches des sites miniers.

Les effets resteront toutefois différents selon les territoires. Les grands opérateurs miniers cherchent une électricité continue et prévisible. Les petites entreprises ont surtout besoin d’un réseau accessible et de tarifs compatibles avec leur activité. Dans les zones rurales, l’extension des lignes peut améliorer les services publics, mais elle dépendra du calendrier, des coûts et des priorités retenues.

La question de la gouvernance sera donc centrale. Les autorités de la RDC et de la Zambie devront préciser la répartition des responsabilités avec les entreprises privées et les opérateurs nationaux. En Zambie, la compagnie publique ZESCO a déjà annoncé un partenariat avec Anzana pour développer l’électrification le long du corridor. Le projet vise notamment à connecter jusqu’à deux millions de personnes d’ici 2030, selon un communiqué de ZESCO.

En RDC, les besoins énergétiques du Lualaba sont liés à l’essor minier, mais aussi à l’état du réseau et aux capacités de la Société nationale d’électricité. La réussite du programme dépendra de la coordination entre les autorités, les entreprises minières, les opérateurs électriques et les communautés concernées.

Un test pour l’intégration de l’Afrique australe

Le corridor de Lobito s’inscrit dans l’espace de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui cherche à renforcer les échanges, les infrastructures et les interconnexions régionales. Le projet énergétique pourrait donc avoir une portée supérieure à celle d’un simple raccordement de sites miniers.

À terme, des réseaux plus solides pourraient soutenir le commerce régional, l’industrie et les villes situées sur l’axe. Mais cette perspective dépendra de décisions encore ouvertes : choix des sites, résultats des études, structure des tarifs, protection de l’environnement et mobilisation des capitaux.

Le prochain enjeu sera de voir si l’étude débouche sur des projets financés et construits. Pour l’instant, les États-Unis consolident leur présence en amont de la chaîne. L’Angola, la RDC et la Zambie devront veiller à ce que cette course aux minerais crée aussi des capacités énergétiques durables, des emplois qualifiés et une valeur ajoutée mieux répartie dans la région.