Un accord qui dépasse le seul cadre minier
À Abidjan comme à Gaborone, le même constat s’impose : un sous-sol riche ne suffit pas à créer de la valeur. Encore faut-il des règles, des compétences, des chaînes locales et une gouvernance capable de retenir davantage de richesse sur place. C’est dans cette logique que la Côte d’Ivoire et le Botswana ont formalisé une coopération dans les mines et l’énergie, un terrain où l’expérience de l’un rejoint les ambitions de l’autre.
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est clair. Le pays cherche à faire du secteur extractif un pilier industriel, pas seulement une source d’exportation brute. Cette orientation s’inscrit dans la stratégie intégrée publiée par les autorités ivoiriennes, la PIRME, qui vise à porter la contribution des mines et de l’énergie à 14 % du PIB d’ici 2040, contre 7 % en 2022.
Le Botswana, lui, apporte une référence africaine souvent citée pour la gestion des revenus diamantifères. Son économie reste fortement dépendante des diamants, qui représentent encore plus de 80 % des exportations selon la Banque mondiale et plusieurs institutions internationales. Cette dépendance explique aussi pourquoi Gaborone cherche désormais à diversifier ses alliances et à valoriser son savoir-faire au-delà de son marché traditionnel.
Ce que prévoit le partenariat signé à Gaborone
L’accord a été signé le jeudi 30 juillet à Gaborone, selon le ministère ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie. Il couvre la recherche géologique, l’exploration, la filière diamant, les ressources aurifères, les minéraux critiques, la gouvernance, la formation et la coopération institutionnelle. En d’autres termes, il ne s’agit pas d’un simple geste diplomatique, mais d’un cadre de travail technique.
La séquence n’est pas née en un jour. En février 2026, le ministre ivoirien Mamadou Sangafowa-Coulibaly avait déjà été reçu à Gaborone par les autorités botswanaises pour consolider un partenariat durable dans le secteur minier. Selon les comptes rendus officiels des deux pays, les échanges ont ensuite porté sur la gouvernance minière, la traçabilité des ressources et le développement des compétences locales.
Les autorités ivoiriennes expliquent aussi que cette dynamique a été accélérée par une mission technique au Botswana, suivie de visites d’experts botswanais sur des sites diamantifères gérés par la Société pour le Développement Minier de la Côte d’Ivoire, la SODEMI. Cette étape compte, car elle montre que les deux capitales veulent aller au-delà des déclarations d’intention et travailler sur les procédés, les contrôles et la formation.
Pourquoi l’exemple botswanais parle à Abidjan
Le Botswana n’est pas présenté à Abidjan comme un modèle parfait. Mais son parcours minier offre des repères utiles. Le pays a longtemps utilisé les diamants pour financer ses infrastructures, ses services publics et son intégration dans l’économie mondiale. La Banque mondiale souligne que cette gestion a amélioré durablement l’économie et les conditions de vie, même si la dépendance aux diamants reste forte.
Pour la Côte d’Ivoire, la comparaison est pertinente parce que le pays entre dans une phase d’accélération minière. Les découvertes d’or à Kani-Dianra, dans le cadre du projet Koné, à Tanda-Iguela et à Doropo ont renforcé l’attractivité du pays, tout comme les perspectives dans le manganèse, le nickel et le diamant. Le défi ivoirien n’est donc plus seulement de trouver des ressources, mais de les organiser en industrie.
Le gouvernement ivoirien affiche d’ailleurs une ambition chiffrée : faire des mines et de l’énergie le second pilier de l’économie nationale après l’agriculture. Cette stratégie suppose des emplois qualifiés, une meilleure transformation locale et une meilleure articulation entre l’État, les opérateurs privés, les collectivités et les populations riveraines des sites miniers.
La portée de l’accord est donc aussi sociale. Dans les zones minières, la question n’est pas seulement celle des volumes extraits. Elle touche l’accès à l’emploi, la sécurité foncière, l’impact environnemental, la transparence des retombées fiscales et la coexistence avec l’économie informelle. Un partenariat technique peut aider, mais il ne remplace pas des institutions solides ni des mécanismes clairs de redistribution.
Un signal régional pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique australe
Ce rapprochement entre un pays d’Afrique de l’Ouest et un autre d’Afrique australe a aussi une valeur politique. Il montre que la coopération Sud-Sud peut prendre une forme concrète, au moment où plusieurs États africains cherchent à mieux capter la valeur de leurs ressources stratégiques, notamment dans le contexte de la transition énergétique et de la montée des besoins en minéraux critiques.
Dans l’espace ouest-africain, la Côte d’Ivoire agit à l’intérieur de la CEDEAO, une communauté qui pousse ses membres à renforcer intégration économique, chaînes de valeur et mobilité des compétences. À l’autre bout du continent, le Botswana cherche lui aussi à élargir ses partenariats alors que son économie reste exposée aux fluctuations du marché diamantifère. L’accord peut donc servir de passerelle entre deux logiques africaines complémentaires : l’une en phase de montée en puissance, l’autre en quête de diversification.
Reste la question décisive : que produira ce texte dans les faits ? Les prochains mois diront si la coopération se traduit par des programmes de formation, des échanges d’ingénieurs, des outils de traçabilité, des missions conjointes sur les sites et, surtout, par une capacité ivoirienne accrue à transformer la richesse géologique en valeur ajoutée locale. C’est là que se jouera la crédibilité de l’accord, bien plus que dans la photographie officielle de Gaborone.