Un accord minier peut ouvrir une porte sur des ressources stratégiques sans encore apporter un dollar au chantier. C’est l’incertitude qui entoure aujourd’hui les projets associés à Orion CMC en Tanzanie et en République démocratique du Congo (RDC) : les intérêts sont avancés, mais les investissements restent à concrétiser.
Deux pays, deux projets encore en négociation
Orion Critical Mineral Consortium, ou Orion CMC, a été créé en octobre 2025 par la société d’investissement Orion Resource Partners avec le soutien du gouvernement américain. Le consortium vise à financer des projets de minerais jugés essentiels aux chaînes d’approvisionnement des États-Unis et de leurs partenaires. Son activité en Afrique se concentre notamment sur le cuivre, le cobalt et le nickel.
En RDC, pays d’Afrique centrale et premier producteur mondial de cobalt, Orion CMC a signé le 3 février 2026 avec Glencore un protocole d’accord non contraignant. Il porte sur une participation potentielle de 40 % dans les intérêts du groupe suisse dans Mutanda Mining et Kamoto Copper Company, deux actifs de cuivre et de cobalt. La valeur d’entreprise combinée annoncée pour ces actifs avoisine 9 milliards de dollars. Cela ne signifie pas que le consortium paierait cette somme : il s’agit d’une estimation de la valeur des sociétés concernées.
En Tanzanie, pays d’Afrique de l’Est, les discussions portent sur le projet de nickel et de cobalt de Kabanga, dans le nord-ouest du pays. Le 23 octobre 2026, Lifezone Metals a indiqué que les négociations avec Orion CMC en vue d’un investissement au capital du projet étaient à un stade avancé. Ni le montant ni les conditions définitives n’ont été rendus publics. La société avait auparavant évoqué une décision finale d’investissement au premier trimestre 2027, après des retards dans la révision de son accord-cadre avec les autorités tanzaniennes.
La promesse industrielle de Kabanga
Selon l’étude de faisabilité publiée par Lifezone, Kabanga nécessiterait environ 942 millions de dollars d’investissement initial. Le projet pourrait produire, sur une durée de vie estimée à 18 ans, 902 000 tonnes de nickel, ainsi que du cuivre et du cobalt. Ces chiffres décrivent des prévisions de projet, et non une production déjà acquise. La décision de construire dépend encore du financement et des accords nécessaires.
La répartition du capital donne aussi à l’État tanzanien un rôle direct : le gouvernement détient une participation non diluable de 16 % dans la société du projet, tandis que Lifezone en détient 84 %. Cette part publique distingue Kabanga d’une simple concession entièrement contrôlée par une entreprise étrangère. Elle ne garantit toutefois pas, à elle seule, la transformation locale du minerai ni la création d’emplois et de revenus attendus par les communautés.
Le calendrier reste lié à des discussions sur l’accord-cadre entre Lifezone et l’administration tanzanienne. La société a expliqué que ces échanges avaient retardé la décision finale d’investissement. Cette étape, souvent désignée par son sigle anglais FID, est le moment où les promoteurs et leurs partenaires décident de financer et de lancer la construction. Tant qu’elle n’est pas prise, le calendrier de production demeure indicatif.
Des intérêts stratégiques qui ne valent pas encore des investissements
Pour Washington, une participation dans des mines africaines peut sécuriser un accès à des métaux utilisés dans les batteries, les équipements électriques et certaines industries de défense. L’accord envisagé avec Glencore prévoit qu’Orion CMC puisse orienter vers des acheteurs désignés la part de production correspondant à sa participation. Les actifs resteraient gérés dans le groupe Glencore. Le montage donne donc un levier commercial au consortium, sans transfert annoncé de l’exploitation quotidienne.
Mais un protocole non contraignant n’est pas une transaction conclue. En RDC, Glencore et Orion CMC doivent encore préciser les termes et achever les étapes nécessaires à une éventuelle clôture. En Tanzanie, la recherche d’un investisseur stratégique s’inscrit dans un financement plus large, qui doit aussi mobiliser prêteurs et autres partenaires. Dans les deux cas, les annonces mesurent d’abord l’intérêt des investisseurs, pas encore les retombées économiques locales.
Pour les populations, les enjeux sont différents selon les territoires. Les autorités nationales peuvent espérer des recettes, des infrastructures et une place plus importante dans la chaîne de valeur. Les travailleurs, les entreprises locales et les habitants des zones minières attendent, eux, des emplois, des contrats et des garanties sur les effets sociaux et environnementaux. Le projet de Kabanga comprend notamment un processus de réinstallation pour les ménages concernés : sa mise en œuvre et le dialogue avec les communautés pèseront aussi sur la façon dont le projet sera vécu localement.
La marge de négociation des pays producteurs
La montée de ces financements américains ne se déroule pas dans un face-à-face où les pays producteurs n’auraient aucun choix. La RDC et la Tanzanie négocient les conditions d’accès à leurs ressources, tandis que plusieurs partenaires internationaux cherchent à diversifier leurs approvisionnements. Pour les gouvernements, l’enjeu consiste à convertir cette concurrence en investissements durables, en recettes publiques et en compétences locales, sans s’en tenir à la seule vente de minerais bruts.
La stratégie américaine s’appuie par ailleurs sur plusieurs outils : prises de participation, prêts, garanties et accords bilatéraux. L’opération envisagée avec Glencore est présentée par les entreprises comme cohérente avec le partenariat stratégique entre Washington et Kinshasa. Mais les modalités de cet accord et leurs effets concrets pour les entreprises congolaises et les citoyens ne se résument pas à la sécurisation de l’approvisionnement américain.
Le prochain repère majeur sera la décision d’investissement attendue à Kabanga au premier trimestre 2027, sous réserve de l’évolution des négociations. En RDC, il faudra surveiller la conclusion éventuelle de l’opération entre Glencore et Orion CMC. Ces deux dossiers diront si l’intérêt affiché par les investisseurs se transforme en capitaux engagés, et quelle place les États producteurs obtiendront dans la gouvernance, la vente et la transformation de leurs ressources.