À Walvis Bay, la question n’est pas seulement de savoir où stocker davantage de carburant. Pour la Namibie, l’enjeu est aussi de sécuriser ses approvisionnements, de consolider son rôle de porte d’entrée régionale et de préserver les retombées locales d’un réseau transfrontalier.

Un port déjà tourné vers les échanges régionaux

La Namibie importe la totalité de ses produits pétroliers raffinés. D’après le ministère namibien de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, la consommation nationale atteint environ 1,1 milliard de litres par an. Le pays ne possède pas de raffinerie opérationnelle et reste exposé aux coûts du transport maritime et aux variations des marchés internationaux.

Walvis Bay occupe déjà une place centrale dans les échanges de l’Afrique australe. Le port est relié à plusieurs corridors routiers et commerciaux desservant notamment le Botswana, la Zambie et le Zimbabwe. La Namibie et ces pays sont membres de la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe, qui organise la coopération économique régionale.

Le pays dispose aussi d’un dépôt public de 75 millions de litres, exploité par la compagnie nationale Namcor. Mis en service en 2021, il vise à porter les réserves stratégiques à l’équivalent de 30 à 45 jours d’approvisionnement en cas de rupture des importations. Le projet privé annoncé à Walvis Bay changerait l’échelle du stockage, mais ne remplacerait pas ce rôle public.

Un terminal annoncé, un réseau encore à préciser

Le 4 novembre 2026, Aliko Dangote a présenté à Farm 58, près de Walvis Bay, un projet de terminal pétrolier associé à un réseau de pipelines régional. La présidente namibienne Netumbo Nandi-Ndaitwah a indiqué que le dossier avait été placé sous la coordination de la présidence en 2025, avec l’objectif d’éviter les retards administratifs.

Le terminal envisagé pourrait stocker 600 millions de litres : 360 millions de diesel et 240 millions d’essence. Cela représente huit fois la capacité du dépôt national de Namcor. Le groupe Dangote évoque un investissement global d’environ 2,5 milliards de dollars et une réalisation en 18 à 20 mois. Ces annonces ne constituent toutefois pas une date ferme d’achèvement.

Le projet prévoit également une conduite d’environ 1 700 kilomètres vers des marchés de l’intérieur, parmi lesquels le Botswana, la Zambie, le Zimbabwe, le Malawi et la République démocratique du Congo. Son tracé exact reste à établir. Les études techniques, les relevés et les autorisations dans les pays concernés détermineront les étapes suivantes.

La cérémonie de lancement politique ne signifie pas que les travaux du terminal ou du pipeline transfrontalier ont commencé. Le registre environnemental namibien indique que la procédure concernant la subdivision de Farm 58 est toujours en examen. Elle porte sur l’aménagement foncier ; une évaluation distincte doit encore traiter les impacts du terminal lui-même.

La sécurité énergétique ne se mesure pas seulement en litres

Pour les consommateurs et les entreprises, un stockage plus vaste peut aider à amortir les ruptures logistiques. Une conduite pourrait aussi réduire le recours aux camions-citernes sur de longues distances. Mais ces infrastructures ne garantissent pas, à elles seules, des prix plus bas : le coût d’achat du carburant, les taux de change, les frais portuaires et la concurrence entre fournisseurs continueront de peser sur les prix.

Le projet peut aussi redistribuer les activités de transport. Les opérateurs routiers namibiens pourraient perdre une partie des volumes acheminés par camion, tandis que les entreprises locales pourraient gagner des contrats de construction, d’entretien et de services. En 2025, des responsables de l’opposition avaient demandé que les retombées pour les travailleurs et les entreprises namibiennes soient mieux garanties. Cette question dépendra des marchés attribués et des règles de contenu local.

Les effets ne seront pas identiques partout. Walvis Bay pourrait bénéficier des activités portuaires et logistiques. Les villes situées le long du futur tracé pourraient accéder plus facilement aux produits, si les raccordements et les tarifs le permettent. Les régions éloignées, elles, ne profiteront pas automatiquement d’une conduite conçue d’abord pour transporter des volumes entre dépôts et grands marchés.

Un test pour l’intégration de l’Afrique australe

Le projet s’inscrit dans une ambition plus large : faire du port namibien un point d’approvisionnement pour des pays enclavés. Il complète les corridors de transport existants, mais ajoute une infrastructure énergétique nécessitant des accords entre États, des normes compatibles et une coordination douanière. La SADC fournit un cadre de coopération ; elle ne remplace pas les autorisations nationales ni les négociations commerciales.

Le groupe Dangote cherche parallèlement à étendre les débouchés de sa raffinerie nigériane, située à Lekki. Pour la Namibie, cette perspective peut diversifier les sources d’approvisionnement. Elle ne supprime toutefois pas la dépendance aux importations et concentre une part importante du projet autour d’un fournisseur privé unique. La capacité à maintenir plusieurs fournisseurs restera donc un enjeu de résilience.

Les prochains repères seront concrets : achèvement de l’examen environnemental, publication du tracé, accords avec les pays de transit, financement détaillé et calendrier de construction confirmé. D’ici là, Walvis Bay est au centre d’une proposition ambitieuse, mais ses bénéfices régionaux dépendront des décisions réglementaires et du partage effectif des retombées.

La dépêche de l’agence namibienne NAMPA sur la coordination présidentielle du projet ; les précisions du quotidien The Namibian sur le lancement et le montant annoncé ; le registre environnemental officiel de Farm 58.