En Namibie, l’Orange Basin attire toujours les géants du pétrole

Au large de Windhoek, la capitale namibienne, les cartes du pétrole se redessinent bien au-delà d’un seul puits. Dans l’Orange Basin, chaque résultat de forage pèse désormais sur les stratégies de plusieurs majors, mais aussi sur les attentes d’un pays qui cherche à transformer une rente offshore en emplois, en recettes publiques et en contenu local. Le dossier est d’autant plus sensible que la Namibie reste un nouvel entrant dans l’amont pétrolier, avec des autorités qui encadrent de près les licences et les autorisations environnementales.

Le mouvement actuel s’inscrit dans une séquence ouverte depuis les grandes découvertes de 2022 dans le bassin, qui ont placé la Namibie au centre de l’attention des industriels de l’énergie. Dans la région, la lecture est claire : la SADC, la communauté de développement d’Afrique australe, voit émerger un nouveau pôle exploratoire à côté des bassins déjà connus d’Angola et d’Afrique du Sud. Pour NAMCOR, la compagnie publique, et pour le ministère namibien en charge des industries, des mines et de l’énergie, l’enjeu n’est pas seulement d’attirer des capitaux ; il s’agit aussi de garder la maîtrise du rythme, des normes et de la part de valeur qui restera dans le pays.

Ce que change l’entrée d’Equinor dans PEL 90

Equinor a signé un accord pour acquérir 17,4 % de la licence d’exploration pétrolière offshore PEL 90, auprès de Chevron, via sa filiale Harmattan Energy Limited. Le groupe norvégien confirme ainsi sa première implantation en Namibie. L’opération reste soumise aux approbations réglementaires. Après finalisation, Chevron conservera 35,1 % de la licence, tandis que QatarEnergy détiendra 27,5 %, Trago Energy 10 % et NAMCOR 10 %. Equinor dit vouloir renforcer son portefeuille sur la marge atlantique, où le groupe produit déjà au Brésil et en Angola.

Partenaire Participation annoncée après l’accord
Chevron 35,1 %
QatarEnergy 27,5 %
Trago Energy 10 %
NAMCOR 10 %
Equinor 17,4 %

Le bloc n’arrive pourtant pas sur une page blanche. En janvier 2025, le puits Kapana-1X, foré dans PEL 90, n’a pas mis en évidence d’hydrocarbures commercialement viables. Reuters l’a rapporté à l’époque, et les informations sectorielles publiées par Sintana Energy vont dans le même sens. Ce résultat n’a pas fermé la porte à la licence. Il a plutôt montré que l’exploration en Namibie reste une affaire de géologie fine, de patience financière et d’arbitrages rapides entre promesse et risque.

Le calendrier reste chargé. Des documents sectoriels indiquent que Chevron dispose d’autorisations pour forer jusqu’à cinq puits d’exploration et cinq puits d’évaluation supplémentaires dans PEL 90, avec un nouveau forage envisagé d’ici la fin de 2026. Cette fenêtre compte, car elle montre que l’appétit des opérateurs ne dépend pas d’un seul succès, mais d’une série de tests successifs sur un même périmètre. Dans les bassins profonds, chaque puits éclaire le suivant.

Une dynamique portée par Venus, Merlin et la concurrence des calendriers

La lecture de PEL 90 change aussi parce que la zone est entourée de projets plus avancés. À proximité, TotalEnergies pousse le développement de Venus, avec un objectif de production plateau de 150 000 barils par jour et une décision finale d’investissement visée en 2026, sous réserve des arbitrages fiscaux et réglementaires avec les autorités namibiennes. La compagnie dit aussi travailler avec le gouvernement pour tenir ce calendrier. Le projet est présenté comme l’un des futurs piliers de la première vague pétrolière offshore du pays.

De son côté, Shell Namibia a confirmé que le puits Merlin-1X, foré à partir du 8 avril 2026, a livré des résultats plus encourageants dans la licence opérée par le groupe. Là encore, l’effet n’est pas seulement géologique. Il est stratégique. Quand une campagne donne des signes positifs, elle peut relancer une zone que le marché avait un peu refroidie après un puits sec. À l’inverse, un échec isolé ne suffit pas à faire sortir un bassin du radar, surtout quand la fenêtre de forage reste ouverte et que les voisins avancent.

Dans ce paysage, l’arrivée d’Equinor ressemble à une prise de position calculée. Le groupe norvégien ne débarque pas sur une découverte déjà certifiée. Il entre dans un espace où la valeur dépend encore de la capacité des opérateurs à convertir des indices géologiques en barils exploitables. Pour la Namibie, la différence est majeure. Un nouvel entrant de cette taille apporte du capital, une expertise supplémentaire et un signal de confiance. Mais il ajoute aussi de la pression sur les autorités, qui doivent traiter plus de dossiers, arbitrer les séquences d’exploration et maintenir un équilibre entre vitesse, transparence et souveraineté économique.

Ce que la Namibie surveille désormais, et ce que l’Afrique australe retient

Le vrai enjeu n’est donc pas seulement la présence d’Equinor. C’est la manière dont la Namibie va structurer sa trajectoire pétrolière. Le pays, qui s’inscrit dans l’espace de la SADC, avance dans une période où plusieurs États d’Afrique australe veulent diversifier leurs recettes sans rester prisonniers d’un cycle brut de rente. Les autorités namibiennes ont intérêt à éviter deux écueils : surpromettre trop tôt, ou laisser la valeur filer hors du pays faute d’outils industriels et contractuels solides.

À l’échelle continentale, le signal est plus large. L’Orange Basin est devenu un marqueur de la nouvelle compétition offshore en Afrique, au moment où les grandes compagnies reconstituent leurs portefeuilles en marge de l’Atlantique sud. Pour les États africains, la question reste la même : comment attirer les majors sans céder la main sur le tempo, la fiscalité, l’environnement et les retombées locales. C’est à cette condition que la découverte d’un bassin peut devenir autre chose qu’une succession de paris.