Un nouveau visage pour un projet minier encore en construction
Dans le sud-est ivoirien, l’or n’est plus seulement une ressource extraite du sous-sol. Il est devenu un levier de projection économique, de financement public et d’emplois qualifiés. Mais entre l’exploration et une mine en activité, il reste un long chemin. C’est précisément ce passage que Turaco Gold veut accélérer sur le projet Afema, à la frontière ghanéenne.
La Côte d’Ivoire, dont la capitale est Yamoussoukro, a fait de la montée en gamme de son secteur minier un axe assumé de sa stratégie de développement. Le Plan national de développement 2026-2030 fixe un objectif de production aurifère de 85,516 tonnes en 2030, contre 59,12 tonnes en 2024, tandis que le portail officiel du ministère rappelle une progression continue depuis 2015. Cette dynamique s’inscrit aussi dans un contexte ouest-africain où la CEDEAO cherche à maintenir des filières formelles, traçables et créatrices de valeur.
Afema entre dans une phase plus technique
Le 21 juillet 2026, Turaco Gold a annoncé l’arrivée de Warren King à la direction du développement de projets. Son rôle sera de conduire les prochaines étapes d’Afema, dans la continuité de l’étude de préfaisabilité publiée en juin. Le groupe présente le gisement comme un projet capable de livrer environ 200 000 onces d’or par an sur 10,3 ans, avec une production totale de 2,02 millions d’onces et un investissement initial estimé à 410 millions de dollars américains.
Le profil retenu n’est pas anodin. Warren King est décrit par les documents de marché comme un ingénieur ayant plus de vingt ans d’expérience dans l’ingénierie, la construction et la mise en service d’installations minières, avec un passage récent chez Allied Gold sur la modernisation de Sadiola, au Mali. Son arrivée traduit un changement d’échelle : Afema n’est plus seulement un actif d’exploration, mais un projet qui doit prouver sa faisabilité industrielle, financière et logistique.
Ce que ce projet changerait pour l’économie ivoirienne
Pour l’État ivoirien, l’enjeu dépasse la seule production d’or. Les autorités misent sur l’essor de mines industrielles pour renforcer les recettes fiscales, les redevances et les emplois directs et indirects. Le portail officiel de l’économie ivoirienne souligne d’ailleurs que la production a été multipliée par plus de deux entre 2015 et 2024, en passant de 23,54 à 59,124 tonnes. Il indique aussi que la tendance resterait haussière grâce à de nouvelles mines comme Lafigué et aux projets Koné et Doropo.
Afema s’inscrit dans ce mouvement, mais sa valeur ne se limite pas au métal extrait. Turaco évoque des retombées possibles pour les communautés locales et des recettes publiques importantes si le projet franchit les étapes techniques et administratives. Il faut toutefois garder une lecture prudente : ces estimations relèvent du scénario de l’entreprise et dépendront du prix de l’or, du coût du capital, des autorisations, des infrastructures et de la stabilité du cadre d’exploitation. En Côte d’Ivoire, où l’orpaillage clandestin demeure un sujet majeur, la formalisation du secteur reste aussi un enjeu de souveraineté économique. La Banque mondiale rappelle qu’en 2022, environ 40 tonnes d’or auraient quitté le pays de manière illicite.
Un signal à suivre dans toute l’Afrique de l’Ouest
L’intérêt d’Afema dépasse donc le cas ivoirien. En Afrique de l’Ouest, plusieurs États cherchent à attirer des capitaux miniers tout en mieux captant la valeur créée sur place. La Côte d’Ivoire, souvent citée pour la stabilité relative de son cadre réglementaire minier, veut se positionner parmi les grands producteurs africains d’or. Le gouvernement a même évoqué, à l’automne 2025, l’ambition de faire du pays le premier producteur africain d’or dans les cinq prochaines années. Cette trajectoire devra toutefois composer avec la montée des attentes locales, la pression sur les routes, l’énergie, l’eau et la gestion du foncier autour des zones minières.
La suite se jouera sur des étapes très concrètes : finalisation de l’étude de faisabilité, obtention des financements, décision de construction et calendrier industriel. Si ces verrous sautent, Afema pourrait rejoindre la nouvelle génération de mines qui redessinent la carte aurifère ivoirienne aux côtés de Koné, Doropo et Assafou. Sinon, il restera un projet prometteur de plus dans un secteur où les annonces vont parfois plus vite que les chantiers.