Un excédent mensuel peut-il annoncer un changement durable pour l’économie sénégalaise ? En août 2026, le Sénégal a vendu davantage de marchandises à l’étranger qu’il n’en a importé. Mais ce résultat, marqué par les hydrocarbures et de fortes variations d’un mois à l’autre, ne suffit pas à lui seul à mesurer la transformation de l’économie.
Un mois favorable, après un déficit marqué en 2025
La balance commerciale compare la valeur des biens exportés à celle des biens importés. En août, son solde a atteint 160 milliards de FCFA, contre 62,1 milliards en juillet, selon le bulletin mensuel de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD). Sur les huit premiers mois de 2026, le cumul ressort à un excédent de 93 milliards de FCFA.
Le contraste avec l’année précédente est important : à fin août 2025, le Sénégal affichait un déficit cumulé de 1 045 milliards de FCFA, indique l’ANSD. Ce retournement donne une mesure de l’ampleur du changement dans les échanges enregistrés. Il ne signifie toutefois pas que les recettes commerciales sont désormais stables, ni que tous les secteurs en bénéficient de la même façon.
En août, les exportations ont progressé de 6,4 % par rapport à juillet, pour atteindre 711,1 milliards de FCFA. Les importations, elles, ont reculé de 9,1 %, à 551,1 milliards. La combinaison des deux mouvements a contribué à l’amélioration du solde mensuel.
Hydrocarbures et produits industriels au cœur des flux
La hausse des exportations mensuelles ne s’explique pas par une progression uniforme des ventes. L’ANSD relève notamment l’augmentation des expéditions de produits pétroliers raffinés, d’acide phosphorique et de phosphates. Les ventes de pétrole brut et d’or non monétaire ont, en revanche, diminué par rapport à juillet. Les chiffres mensuels peuvent donc bouger fortement selon les volumes expédiés et la composition des cargaisons.
Sur un an, les exportations d’août ont augmenté de 75,7 %, et leur cumul depuis janvier atteint 4 533,6 milliards de FCFA, en hausse de 23,3 % par rapport aux huit premiers mois de 2025, d’après l’ANSD. Ces données s’inscrivent dans une trajectoire où pétrole, gaz et or prennent une place croissante dans les ventes extérieures du pays. Elles ne renseignent pas, à elles seules, sur la part de valeur ajoutée qui reste au Sénégal, les emplois créés ou les retombées pour les entreprises locales.
Du côté des achats, la baisse mensuelle tient en partie au recul des importations de produits pétroliers raffinés, passées de 207,1 milliards de FCFA en juillet à 170,5 milliards en août. Les achats d’autres matériels de transport sont également tombés de 50,1 à 11,8 milliards. À l’inverse, les importations de métaux communs et de produits pharmaceutiques ont progressé. Le recul global ne veut donc pas dire que toutes les catégories de biens coûtent moins cher ou sont moins demandées.
Le Mali, partenaire commercial décisif
La géographie des échanges aide à comprendre le solde. En août, l’excédent du Sénégal avec le Mali a atteint 211 milliards de FCFA, contre 78,2 milliards en juillet. Le solde s’est aussi amélioré avec les Pays-Bas et l’Italie. À l’inverse, le déficit s’est creusé avec la France, la Chine et la Géorgie, selon le bulletin statistique.
Le Mali est un débouché majeur pour les marchandises sénégalaises et un partenaire essentiel du corridor reliant Bamako au port de Dakar. Cet axe concerne les opérateurs logistiques, les commerçants et les entreprises des deux pays, au-delà des échanges entre capitales. Sa fluidité dépend notamment des infrastructures et des conditions de transport. Le résultat mensuel souligne ainsi le poids des relations de voisinage dans la performance commerciale du Sénégal.
Les partenaires ne sont pas interchangeables : l’excédent avec un pays peut coexister avec un déficit important auprès d’un autre. La balance agrégée ne dit pas non plus qui, dans l’économie sénégalaise, produit les biens exportés ni qui supporte le coût des biens importés. Ces distinctions comptent pour les entreprises, les travailleurs et les consommateurs, à Dakar comme dans les régions.
Une croissance à lire avec ses nuances
Les chiffres du commerce doivent être distingués de ceux de la croissance économique. L’ANSD indique que le PIB réel du deuxième trimestre 2026 a progressé de 0,1 % par rapport au premier trimestre, après correction des variations saisonnières. En comparaison avec le deuxième trimestre 2025, il a augmenté de 6,1 %. Ces deux taux répondent à des comparaisons différentes. Le chiffre de 5 % avancé dans certaines reprises ne correspond pas aux données trimestrielles publiées par l’agence statistique.
La progression annuelle a concerné plusieurs secteurs, tandis que l’activité trimestrielle a été presque stable. Hors hydrocarbures, le PIB a augmenté de 6,4 % sur un an, mais de 0,1 % par rapport au trimestre précédent. L’ANSD relève aussi une hausse trimestrielle de 2,2 % des exportations de biens et services et un recul de 8,6 % des importations de biens et services. Ces indicateurs de comptabilité nationale ne se confondent pas avec les statistiques douanières de marchandises utilisées pour établir la balance commerciale.
Pour les ménages, un excédent commercial ne se traduit pas automatiquement par une baisse des prix ou davantage de revenus. Pour les entreprises, la baisse de certains achats peut alléger les besoins d’approvisionnement, mais elle peut aussi refléter des calendriers de livraison ou des variations ponctuelles. Quant aux recettes liées aux hydrocarbures et aux autres produits exportés, leur effet intérieur dépend de leur diffusion dans l’emploi, les investissements et les finances publiques.
Le test sera celui de la durée
À l’échelle ouest-africaine, le poids du commerce avec le Mali rappelle que les routes et les chaînes d’approvisionnement régionales comptent autant que les marchés lointains. Le Sénégal est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, ainsi que de l’UEMOA, l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Ces cadres organisent une partie des échanges et de la coopération économique régionale, mais ne suppriment ni les déséquilibres commerciaux ni la dépendance envers certaines importations.
Le principal indicateur à suivre sera la capacité à maintenir des exportations diversifiées et à convertir les recettes en activité productive au Sénégal. Les prochains bulletins permettront de voir si l’excédent cumulé se consolide ou si août correspond surtout à un mois exceptionnel, porté par des flux et des calendriers d’importation particuliers. Pour l’instant, le chiffre signale un retournement statistique notable, pas encore une nouvelle structure durable des échanges.