Pour Mogadiscio, le départ annoncé des soldats ougandais pose une question immédiate : qui prendra le relais sur le terrain, alors que le groupe armé al-Shabaab reste actif et que les forces somaliennes doivent encore consolider leur capacité à assurer seules la sécurité ? Pour Kampala, cette décision marque le début d’un désengagement progressif après près de vingt ans d’engagement militaire.
Une mission africaine à un nouveau tournant
L’Ouganda, pays d’Afrique de l’Est dont la capitale est Kampala, est un acteur central de la présence militaire de l’Union africaine en Somalie depuis 2007. Les contingents africains ont soutenu les forces somaliennes contre al-Shabaab, notamment à Mogadiscio. Leur présence s’inscrit désormais dans l’AUSSOM, la Mission de soutien et de stabilisation de l’Union africaine en Somalie.
Cette mission est menée dans un contexte de transition délicat. L’objectif affiché est que les forces somaliennes prennent davantage en charge la sécurité. Mais les précédents retraits de soldats de l’Union africaine ont suscité des inquiétudes sur les zones et les positions qu’elles laissaient derrière elles. En avril 2025, des pays contributeurs demandaient même un renforcement des effectifs face aux difficultés sur le terrain.
Le dossier concerne aussi les équilibres de la Corne de l’Afrique. La Somalie, l’Ouganda, le Kenya, l’Éthiopie et Djibouti sont liés par des enjeux de sécurité et de coopération régionale. Un changement de présence militaire peut donc peser sur les opérations frontalières et la coordination entre États, au-delà des relations entre Kampala et Mogadiscio.
Un retrait en deux étapes, jusqu’à fin 2027
Le 2 novembre 2026, l’armée ougandaise a annoncé avoir commencé le retour de ses soldats déployés en Somalie dans le cadre d’accords bilatéraux conclus avec le gouvernement fédéral somalien. Le porte-parole militaire, le colonel Chris Magezi, a indiqué qu’un premier groupe était déjà rentré en Ouganda. Selon le communiqué, le retrait de ces unités bilatérales doit s’achever dans les prochains jours.
La seconde étape concerne les militaires ougandais intégrés à l’AUSSOM. Leur départ doit être progressif et se poursuivre jusqu’à la fin de 2027. La date annoncée ne signifie donc pas que toutes les troupes quitteront le pays dès les prochains jours : elle fixe l’horizon du retrait complet, tandis que le calendrier détaillé des retours successifs n’a pas été rendu public.
Les estimations disponibles ne donnent pas toutes le même total. L’Associated Press évoque des milliers de soldats encore déployés, sans préciser leur nombre. Une dépêche de l’AFP avance entre 4 500 et 6 000 militaires au sein de la mission africaine, auxquels s’ajouteraient 2 000 à 2 500 soldats relevant d’un accord bilatéral. Faute de chiffre officiel consolidé et confirmé de façon indépendante, il est préférable de ne pas présenter un total unique comme établi.
Pour la Somalie, l’enjeu est celui du relais
Un retrait planifié laisse du temps aux autorités somaliennes et à l’Union africaine pour organiser la relève. Il ne garantit pas, à lui seul, que les forces nationales pourront remplacer partout les unités ougandaises. La transition dépendra notamment des effectifs disponibles, de leur coordination et du maintien de moyens logistiques. L’Union africaine prévoit que ses réductions de forces tiennent compte de la situation sécuritaire et d’évaluations conjointes.
Les conséquences peuvent varier selon les régions. Dans les villes et les zones où les soldats africains protègent des positions stratégiques, un départ sans relève suffisante pourrait compliquer la sécurisation des axes et des installations. Pour les habitants, l’enjeu concret est la continuité de la protection et des services, dans un pays où al-Shabaab conserve une capacité d’action. Les autorités somaliennes devront donc concilier une volonté de responsabilité nationale accrue avec les besoins immédiats de sécurité.
Le calendrier intervient aussi alors que la mission politique de transition des Nations unies en Somalie a fermé ses portes le 31 octobre 2026, selon l’Associated Press. Les forces de l’Union africaine et l’appui logistique onusien ne disparaissent pas pour autant : une mission distincte de l’ONU doit continuer à fournir certains soutiens. Mais la fermeture de la mission politique réduit un canal de médiation au moment où des désaccords politiques internes restent à résoudre.
Kampala affirme son choix, sans effacer l’interdépendance
Pour les dirigeants ougandais, le retrait met fin à une opération de longue durée et ramène des soldats dans leur pays. Il s’inscrit dans un débat plus large sur la durée, le financement et la répartition des responsabilités des missions africaines. Les États contributeurs ont régulièrement soulevé la question des ressources nécessaires à la poursuite de l’AUSSOM. En avril 2025, une réunion ministérielle organisée à Kampala avait notamment examiné son financement et son plan de sortie.
Le choix de Kampala ne supprime toutefois pas les intérêts communs en matière de sécurité. L’Ouganda appartient à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), organisation régionale qui favorise la coopération entre ses membres. La stabilité de la Somalie touche directement les États voisins, même si le retrait annoncé relève d’abord des accords entre l’Ouganda et la Somalie, ainsi que de l’engagement ougandais au sein de l’Union africaine.
Le point de vigilance est désormais la mise en œuvre : l’ordre des départs, la continuité des positions tenues par les Ougandais et la capacité des forces somaliennes à les reprendre. D’ici à fin 2027, la portée régionale de cette décision dépendra moins de son annonce que de la manière dont les responsabilités seront transférées, sans laisser de vide exploitable par al-Shabaab.