Un crédit moins cher en moyenne ne signifie pas que chaque emprunteur respire mieux. Dans la zone CEMAC, le recul des taux au deuxième trimestre 2026 a laissé les particuliers face aux conditions les plus coûteuses, tandis que les entreprises ont capté l’essentiel des nouveaux financements.

Une détente qui ne profite pas à tous

La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) réunit le Cameroun, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), banque centrale commune, suit notamment l’évolution des crédits et de leur tarification dans ces six pays.

Au deuxième trimestre 2026, les établissements de crédit ont accordé 2 903,6 milliards de FCFA de nouveaux prêts. C’est 15,66 % de plus qu’au premier trimestre, mais 6,03 % de moins qu’à la même période de 2025, selon le rapport de la BEAC sur les taux débiteurs dans la CEMAC.

La répartition reste très inégale. Les entreprises ont reçu 80,6 % de l’enveloppe, soit 2 340,2 milliards de FCFA. Les particuliers en ont obtenu 264,1 milliards, soit 9,1 %. Ce montant a diminué de 7,59 % par rapport au trimestre précédent. Les chiffres décrivent donc deux réalités : le crédit aux entreprises a progressé, alors que celui accordé aux particuliers s’est contracté.

Le taux affiché ne raconte pas tout

Pour comparer le coût d’un prêt, la BEAC utilise le taux effectif global (TEG). Cet indicateur rassemble le taux d’intérêt nominal et les frais et commissions liés au crédit. Il rend mieux compte de la somme supportée par l’emprunteur que le seul taux annoncé.

Dans son rapport détaillé sur les taux débiteurs, la banque centrale situe le TEG moyen des particuliers à 15,49 % au deuxième trimestre 2026, contre 10,37 % pour les grandes entreprises. L’écart atteint 5,12 points. Les données du rapport de politique monétaire, également reprises par des médias financiers, donnent des valeurs très proches : 15,48 % pour les particuliers et 10,36 % pour les grandes entreprises. Ces écarts d’un centième peuvent tenir aux séries ou aux arrondis retenus. Dans les deux cas, le constat demeure : le coût moyen pour les particuliers est près de 50 % supérieur.

Le repli par rapport au premier trimestre est néanmoins net. Le TEG des particuliers est passé de 17,19 % à environ 15,5 %. Celui des grandes entreprises a reculé de 11,82 % à environ 10,4 %. Les PME, elles, se situent autour de 11 %, tandis que le taux des autres personnes morales dépasse 14 %. Pour les administrations publiques et les collectivités, il s’établit à 10,22 % dans le rapport détaillé de la BEAC.

À l’échelle régionale, le rapport détaillé évalue le TEG moyen à 10,99 %, contre 12,39 % au premier trimestre. Le rapport de politique monétaire présente une moyenne de 10,94 %. Ces deux publications ne donnent donc pas exactement le même agrégat. La baisse trimestrielle, elle, apparaît dans les deux séries.

Des frais qui pèsent différemment

La structure du TEG aide à comprendre pourquoi un taux nominal moins élevé ne suffit pas à alléger la facture. Selon la BEAC, les frais et commissions représentent 31,22 % du coût moyen des prêts accordés aux particuliers. Pour les grandes entreprises, leur poids atteint 42,40 %. Il monte à 50,68 % pour les autres personnes morales, mais reste inférieur à 19 % pour les PME et les administrations publiques.

Les grandes entreprises supportent donc une part relative de frais plus élevée, tout en obtenant un TEG moyen inférieur à celui des particuliers. Les chiffres ne permettent pas, à eux seuls, d’expliquer cet écart. Ils ne détaillent pas l’effet des garanties, des montants empruntés, de la durée des prêts ou de l’évaluation du risque par les banques. Il faut éviter de confondre la part des frais dans le taux et leur montant absolu.

Le contraste compte concrètement pour les ménages qui cherchent à financer un logement, un équipement ou une activité indépendante. Un TEG élevé peut réduire la somme qu’un emprunteur peut obtenir ou accroître le coût total du remboursement. Les petites entreprises, souvent dépendantes du crédit pour leur trésorerie, font face à une autre contrainte : elles obtiennent des taux proches de ceux des grandes entreprises en moyenne, mais la statistique ne renseigne ni sur les garanties exigées ni sur la facilité d’accès au prêt.

Des écarts entre pays, au-delà de la moyenne

La moyenne CEMAC masque aussi des situations nationales très différentes. Au deuxième trimestre, le TEG moyen atteint 21,51 % au Gabon et 14,36 % en République centrafricaine. Il s’établit à 13,82 % en Guinée équatoriale. À l’inverse, il se situe à 8,22 % au Cameroun, 8,47 % au Tchad et 10 % en République du Congo. Ces taux agrègent des catégories d’emprunteurs et des marchés bancaires distincts ; ils ne signifient pas que chaque client d’un pays paie ce montant.

Le poids du Cameroun est déterminant dans le volume régional : ses établissements ont accordé 62,83 % des nouveaux crédits du trimestre. Pourtant, la progression de l’offre globale ne signifie pas un accès plus large pour les ménages. Les données de la BEAC montrent au contraire une baisse trimestrielle des prêts aux particuliers, alors que ceux destinés aux grandes entreprises ont augmenté de 20,20 %.

Le prochain enjeu sera de voir si la baisse des taux se prolonge et si elle s’accompagne d’un accès plus équilibré au financement. Les statistiques régionales montrent une détente moyenne, mais aussi une concentration des volumes et des écarts persistants entre catégories d’emprunteurs et entre pays. Pour apprécier l’effet réel de la politique monétaire, il faudra suivre ensemble les taux, les frais et la distribution des nouveaux prêts.