Exporter du pétrole et du gaz ne suffit pas à capter toute la valeur qu’ils peuvent générer. Pour l’Algérie, l’enjeu est désormais d’en transformer davantage sur place, en carburants et en matières premières pour l’industrie. Cette orientation peut réduire certaines importations et élargir les débouchés, mais elle dépendra de la réalisation effective des projets annoncés.

Réduire l’écart entre production et transformation

Le secteur des hydrocarbures occupe une place centrale dans les recettes d’exportation algériennes. Or, une partie des produits issus de leur transformation reste importée. Le gouvernement veut donc faire progresser le raffinage et la pétrochimie, au-delà de l’extraction et de la vente de pétrole brut ou de gaz.

La stratégie s’inscrit dans une trajectoire plus large de diversification économique, poursuivie par les autorités depuis plusieurs années. Elle ne signifie pas, à elle seule, que l’économie sera moins dépendante des hydrocarbures : il s’agit d’abord de transformer davantage cette ressource et de développer des activités industrielles liées.

À l’échelle régionale, l’Algérie est membre de l’Union du Maghreb arabe (UMA), organisation de coopération entre pays d’Afrique du Nord. Les projets pétroliers et gaziers du pays ont aussi une portée au-delà de cette organisation, notamment par les échanges énergétiques et les liens avec les marchés méditerranéens.

Un objectif supérieur à 50 % d’ici à 2030

Le 17 octobre 2026, à Alger, le ministre d’État chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a présenté les priorités de son secteur devant la commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale. L’audition s’inscrivait dans l’examen du projet de loi de finances pour 2027.

Le ministre a fixé un objectif de transformation et de valorisation supérieur à 50 % de la production primaire d’hydrocarbures à l’horizon 2030. Il a situé le niveau actuel autour de 30 %. Ces données proviennent de sa présentation devant les députés, rapportée par l’agence de presse nationale APS. Le taux annoncé ne décrit donc pas une capacité déjà atteinte, mais une cible à réaliser.

Le programme prévoit une enveloppe d’investissement de 71,6 milliards de dollars pour le développement du secteur d’ici à 2030. Selon Arkab, 52 milliards sont destinés à l’activité en amont — l’exploration et la production — et près de 13 milliards au raffinage et à la pétrochimie. Les montants présentés sont des investissements programmés, et non des dépenses déjà réalisées.

Parmi les projets cités figurent la raffinerie de Hassi Messaoud, une unité de méthyl tert-butyl éther (MTBE), un composé utilisé notamment pour fabriquer de l’essence, ainsi qu’un complexe de polypropylène à Arzew. Une unité d’alkylbenzène linéaire est également prévue à Skikda. Le polypropylène et l’alkylbenzène servent de matières premières à différentes productions industrielles.

Des recettes élevées, mais sensibles aux prix

Les chiffres d’exportation donnent une mesure du poids du secteur. Mohamed Arkab a déclaré que les recettes tirées des hydrocarbures avaient atteint 37,5 milliards de dollars entre janvier et fin septembre 2026. L’APS et le média algérien TSA ont rapporté ce montant et la déclaration du ministre. Il ne s’agit pas d’un chiffre annuel définitif.

Selon les mêmes comptes rendus, cette progression s’explique notamment par la hausse du prix moyen du pétrole brut algérien, évaluée à 37 % sur un an, à près de 97 dollars le baril. Le prix moyen du gaz commercialisé aurait atteint environ 11,3 dollars par million d’unités thermiques britanniques. Ces données rappellent que les recettes peuvent augmenter sans que les volumes transformés localement progressent dans la même proportion.

La facture d’importation de produits issus des hydrocarbures illustre un autre enjeu. Le montant de 400 millions de dollars en 2024, contre un milliard en 2019, a été avancé par le ministre, selon les éléments rapportés. Faute de confirmation indépendante consultée pour cette série précise, il convient de le considérer comme un chiffre communiqué par les autorités.

La différence entre les acteurs est importante. Pour l’État et Sonatrach, le groupe public du secteur, l’enjeu porte sur les recettes, les investissements et la sécurité d’approvisionnement. Pour les entreprises industrielles, la disponibilité de produits transformés sur le marché intérieur peut compter, à condition que les unités produisent aux coûts et aux volumes attendus. Pour les ménages, les effets dépendront notamment de l’évolution des prix, de l’emploi et de la disponibilité des produits.

Le calendrier des chantiers sera décisif

La raffinerie de Hassi Messaoud et les unités pétrochimiques ne produiront leurs effets qu’après leur construction et leur mise en service. Des calendriers antérieurement communiqués plaçaient certaines installations en chantier vers 2027, mais les dates peuvent évoluer. L’objectif de 2030 dépend donc de l’exécution des travaux, de leur financement et de la capacité à faire fonctionner les équipements une fois construits.

Le programme combine transformation locale et poursuite de l’exploration. Cette articulation répond à une logique économique : alimenter les installations industrielles tout en maintenant la production d’hydrocarbures. Elle comporte aussi un arbitrage sur l’allocation des capitaux, puisque la plus grande part de l’enveloppe annoncée reste dirigée vers l’amont, plutôt que vers le raffinage et la pétrochimie.

À l’échelle africaine, la question concerne la place du continent dans les chaînes de valeur énergétiques. L’Algérie entend vendre davantage de produits transformés, et pas seulement des ressources brutes. Pour mesurer les progrès, il faudra suivre les mises en service annoncées, le taux réellement atteint, les importations de produits transformés et la part des revenus qui dépend toujours des cours mondiaux.