Pour les entreprises sud-africaines, l’accès à un grand marché ne se résume pas à un tarif douanier. Il faut aussi des règles stables, des acheteurs et la capacité d’acheminer des produits conformes. La Chine ouvre une fenêtre de deux ans. Pretoria veut s’en servir pour élargir ses débouchés, sans renoncer au marché américain.
Une préférence tarifaire temporaire, sous conditions
Le 22 octobre 2026, à Pretoria, le ministre du Commerce, de l’Industrie et de la Concurrence, Parks Tau, et l’ambassadeur chinois Wu Peng ont présenté aux entreprises les modalités du dispositif chinois de droits de douane nuls. La mesure s’applique aux marchandises sud-africaines admissibles du 1er mai 2026 au 30 avril 2028. Elle concerne les produits qui respectent les règles d’origine et les formalités douanières requises.
Ce n’est donc ni une exonération automatique pour chaque expédition, ni un accès garanti à tous les rayons chinois. Les exportateurs doivent notamment faire certifier l’origine de leurs produits. Certaines lignes tarifaires sont soumises à des quotas. L’administration fiscale sud-africaine, SARS, délivre les certificats nécessaires et précise les conditions pratiques du régime.
Selon les chiffres présentés par Parks Tau lors de la rencontre, SARS avait délivré 25 975 certificats d’origine entre le 1er juin et le 31 août. Les déclarations douanières vers la Chine auraient augmenté de 199 % sur un an pendant cette période. Ces données, rapportées par la presse économique sud-africaine, indiquent une hausse des démarches commerciales ; elles ne mesurent pas à elles seules la valeur des exportations ni les revenus effectivement perçus par les producteurs.
Un débouché de plus, pas un remplacement de l’AGOA
La recherche de nouveaux clients intervient alors que les relations commerciales avec Washington restent politiquement sensibles. L’AGOA — la loi américaine qui accorde un accès préférentiel au marché des États-Unis à certains pays d’Afrique subsaharienne — a été prolongée jusqu’au 31 décembre 2028. Cette prolongation ne règle toutefois pas toutes les incertitudes : les préférences concernent des produits admissibles, et l’éligibilité des pays peut être réexaminée. Des droits de douane américains distincts peuvent également peser sur certaines exportations.
Il faut donc distinguer la durée du programme de la situation commerciale concrète des exportateurs sud-africains. La prolongation apporte davantage de visibilité qu’une échéance immédiate, mais ne supprime ni les tensions diplomatiques ni les discussions sur les conditions futures de l’accord. Pour les entreprises, multiplier les marchés peut réduire l’exposition à un changement de politique commerciale, sans effacer les coûts d’adaptation à chaque destination.
Cette diversification s’inscrit aussi dans une relation déjà importante avec Pékin. La Chine compte parmi les principaux partenaires commerciaux de l’Afrique du Sud. Les échanges restent toutefois marqués par le poids des minerais dans les ventes sud-africaines et par la place des produits manufacturés chinois sur le marché local. Le gouvernement souhaite accroître la part des exportations à plus forte valeur ajoutée, un objectif qui suppose des capacités de transformation, des investissements et des débouchés fiables.
Des opportunités agricoles, avec des obstacles à lever
Les fruits illustrent à la fois le potentiel du marché chinois et les démarches nécessaires pour y accéder. Un protocole signé en septembre 2026 a ouvert le marché chinois aux cerises sud-africaines. Il s’agit d’un nouvel accès commercial, à ne pas confondre avec la seule suppression des droits de douane : les exigences sanitaires et phytosanitaires doivent aussi être satisfaites avant que les expéditions puissent se développer.
Pour les producteurs, notamment ceux qui cherchent à vendre hors des circuits déjà établis, l’intérêt dépendra de la demande, des prix, du transport et du calendrier de récolte. Les exportateurs sud-africains peuvent viser le début de la saison, avant l’arrivée de concurrents comme le Chili. Mais un tarif nul ne garantit ni un prix rémunérateur ni des commandes. Les coûts de certification et de logistique peuvent peser davantage sur les petites exploitations que sur les entreprises capables de grouper les volumes.
Les effets ne seront donc pas identiques selon les filières et les territoires. Les grands exportateurs disposent généralement de services commerciaux et de chaînes logistiques mieux établies. Les producteurs plus modestes, ainsi que les entreprises de transformation, auront besoin d’un accès clair à l’information et aux procédures pour profiter de la préférence tarifaire. L’enjeu pour Pretoria consiste à convertir une facilité douanière en valeur ajoutée et en activité locale, plutôt qu’en simple hausse des expéditions de matières premières.
La prochaine étape se joue aussi en Afrique australe
Le dispositif chinois est temporaire et non réciproque : il réduit les droits appliqués aux produits admissibles sud-africains, sans constituer à lui seul un accord commercial permanent équilibrant les concessions des deux parties. Les autorités sud-africaines le présentent comme une étape pendant que se poursuivent les discussions avec la Chine sur un cadre économique plus durable. La question de la réciprocité devra donc être examinée avec les partenaires régionaux.
L’Afrique du Sud appartient à l’Union douanière d’Afrique australe (SACU), dont les membres partagent un régime douanier commun, ainsi qu’à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui réunit des pays de la région. Un futur accord avec Pékin peut ainsi soulever des questions de coordination : règles d’origine, circulation des marchandises et articulation avec les engagements régionaux. Ces enjeux pèseront sur la façon dont les entreprises utilisent la fenêtre actuelle.
Pour les pays de la SADC, l’expérience sud-africaine sera observée comme un test pratique : les préférences tarifaires peuvent-elles soutenir des exportations diversifiées et des chaînes de valeur régionales, ou profiter surtout aux secteurs déjà bien implantés ? La réponse dépendra des résultats commerciaux, mais aussi de la capacité des administrations à délivrer les certificats et à faire respecter les normes.
À court terme, deux échéances comptent : la mise en œuvre du protocole sanitaire sur les cerises et la durée limitée du régime chinois, qui prend fin le 30 avril 2028. En parallèle, la prolongation de l’AGOA jusqu’à la fin de cette même année donne aux exportateurs un horizon américain plus long, sans lever toutes les incertitudes. Pretoria cherche ainsi moins à choisir un partenaire qu’à éviter de dépendre d’un seul accès au marché.
Sources consultées : données sur les certificats et les déclarations douanières rapportées par TimesLIVE, modalités officielles du régime auprès de SARS, protocole d’accès des cerises sud-africaines au marché chinois, rapporté par SAnews, état de l’AGOA dans l’analyse du Congressional Research Service et perspective régionale de la SADC sur la prolongation de l’AGOA.