Une hausse réelle, mais une place encore modeste dans le total mondial

Le continent africain consomme davantage d’électricité, mais il part de loin. C’est là tout le paradoxe. La demande nette d’électricité en Afrique doit passer de 799 TWh en 2025 à 880 TWh en 2027, soit une progression de 10,1 %. À l’échelle mondiale, la croissance sera plus lente, mais le volume reste sans comparaison : 30 737 TWh en 2027 contre 28 583 TWh en 2025. L’Afrique ne représenterait ainsi qu’environ 2,9 % de la demande mondiale, contre 2,8 % en 2025.

Ces chiffres figurent dans l’Electricity Mid-Year Update 2026 de l’Agence internationale de l’énergie, publié le jeudi 23 juillet 2026. Le document confirme une tendance déjà visible depuis plusieurs années : la consommation progresse, mais le retard structurel du continent demeure. En 2024, la demande africaine était déjà estimée à 773 TWh, ce qui montre une dynamique de hausse continue, sans changement d’échelle brutal.

Un marché énergétique africain traversé par deux réalités

Le sujet ne se résume pas à une simple montée des usages. En Afrique, la question de l’électricité reste liée à l’accès, au coût et à la fiabilité du réseau. L’Agence internationale de l’énergie estime encore à plus de 560 millions le nombre de personnes vivant sans électricité en Afrique subsaharienne, où se concentre l’essentiel du déficit mondial d’accès. La Commission économique des Nations unies pour l’Afrique rappelle, elle aussi, que les progrès restent trop lents au regard de la croissance démographique et des besoins industriels.

Dans ce contexte, la montée de la demande n’a pas la même signification selon les pays. Dans les grandes économies du continent, comme l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria, le Maroc ou le Kenya, elle renvoie à l’industrialisation, à la climatisation, aux équipements électriques et à l’urbanisation. Ailleurs, elle traduit d’abord l’extension de l’électrification de base, souvent à partir de solutions décentralisées, de mini-réseaux ou de raccordements encore incomplets. L’initiative Light Up and Power Africa de la Banque africaine de développement insiste précisément sur la nécessité d’interconnecter les réseaux, de renforcer les infrastructures et de bâtir un marché électrique plus intégré.

Ce que dit vraiment le rapport sur l’Afrique

Le rapport ne prévoit pas une bascule rapide du mix électrique africain. Il indique plutôt que la croissance de la production sur le continent sera portée par plusieurs sources à la fois : le gaz, l’hydroélectricité, l’éolien, le nucléaire, et une part croissante du solaire. Pour l’Afrique, l’AIE estime qu’environ 28 % de la supply additionnelle, soit 55 TWh, viendra du solaire photovoltaïque d’ici 2030, avec un renforcement parallèle du gaz et des autres sources bas-carbone. Autrement dit, le continent n’est pas condamné à un seul modèle ; il avance par combinaisons locales, selon les ressources disponibles et la maturité des systèmes électriques.

Cette lecture compte. Elle évite deux erreurs fréquentes. La première serait de voir l’Afrique comme un bloc uniforme. La seconde serait de réduire son avenir électrique à une opposition simpliste entre fossiles et renouvelables. En réalité, les arbitrages se font pays par pays, parfois à l’échelle des bassins régionaux. En Afrique australe, les interconnexions du Southern African Power Pool jouent un rôle central. En Afrique de l’Ouest, la CEDEAO et les échanges régionaux soutiennent progressivement la sécurité d’approvisionnement. En Afrique de l’Est, l’intégration du réseau suit une logique comparable, avec des besoins encore considérables en lignes, en stockage et en régulation.

Le vrai enjeu : produire plus, mais surtout distribuer mieux

La hausse de la demande est une bonne nouvelle si elle accompagne l’activité économique et l’extension du service public. Elle devient un problème si les réseaux ne suivent pas. Dans plusieurs pays, les coupures, les pertes techniques, le coût du carburant importé et la faiblesse des investissements ralentissent la transformation du secteur. L’AIE rappelle d’ailleurs que l’électrification africaine avance moins vite que la croissance démographique, ce qui entretient un écart entre besoins et services réels.

Pour les ménages urbains, l’enjeu est souvent la facture et la continuité de service. Pour les entreprises, c’est la compétitivité. Pour les zones rurales, c’est l’accès lui-même, avec des conséquences directes sur l’école, la santé, l’artisanat et l’agro-transformation. À l’échelle macroéconomique, l’électricité conditionne aussi l’essor des centres de données, des services numériques, de l’industrie légère et des chaînes de valeur régionales. La montée de la demande ne vaut donc pas seulement comme statistique énergétique. Elle dit quelque chose du rythme réel de l’économie africaine.

Une lecture continentale à surveiller d’ici 2027

Le point décisif, dans les mois à venir, ne sera pas seulement le volume de demande. Ce sera la capacité des États à financer des réseaux plus fiables, des capacités de production flexibles et des interconnexions régionales utiles. C’est aussi l’enjeu de programmes comme Mission 300, porté par la Banque africaine de développement et la Banque mondiale, qui vise à connecter 300 millions de personnes en Afrique subsaharienne d’ici 2030. La tendance observée par l’AIE s’inscrit donc dans une course plus large : celle d’un continent qui doit simultanément rattraper son retard d’accès et organiser sa transition énergétique.

À court terme, l’Afrique ne pèsera toujours qu’une petite part de la demande mondiale. Mais sa trajectoire compte déjà pour les choix industriels, budgétaires et diplomatiques des États, ainsi que pour la coopération régionale. Si la croissance se confirme jusqu’en 2027, la vraie question ne sera plus seulement combien le continent consomme. Elle sera de savoir qui produit, où se construit la valeur, et comment l’électricité devient enfin un levier de souveraineté économique partagée.