Produire davantage de riz ne suffit pas toujours à en vendre davantage sur le marché national. En Mauritanie, la hausse des récoltes coexiste avec des importations persistantes. La question centrale est donc moins celle des volumes seuls que celle des coûts, de la qualité et de la capacité à acheminer le riz local jusqu’aux consommateurs.
Une stratégie pensée depuis les zones de production
À Nouakchott, les travaux préparatoires d’une Stratégie nationale de développement de la riziculture ont commencé le lundi 26 octobre 2026. Le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire les conduit avec la Société nationale de développement rural (SONADER), l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) et la Coalition pour le développement de la riziculture en Afrique (CARD). L’Agence mauritanienne d’information et le média mauritanien Madar ont rapporté l’ouverture de cette première semaine de travail.
La feuille de route envisagée doit couvrir dix ans, en deux phases. Elle vise à améliorer la productivité, la qualité et la compétitivité du riz mauritanien, avec une attention particulière aux wilayas — les régions administratives — du Trarza, du Brakna, du Gorgol et du Guidimakha. Les premières séances doivent établir un diagnostic de la filière et dégager des priorités. Les objectifs chiffrés, le financement et le calendrier d’exécution restent à préciser.
Une autre échéance apparaît dans les comptes rendus locaux : le secrétaire général du ministère, Ahmed Salem Ould Larbi, aurait fixé à 2029 l’objectif d’autosuffisance. Cette date n’apparaît pas dans le compte rendu de l’agence publique AMI consulté ici, mais elle figure dans un média mauritanien. Elle doit donc être comprise comme un objectif rapporté, et non comme une cible détaillée dans une stratégie déjà adoptée.
Des récoltes en hausse, mais des importations toujours présentes
Les données agricoles disponibles montrent une progression de la production, sans hausse continue. La série FAOSTAT consultable via Terra Cultiva indique 431 700 tonnes en 2024, contre un niveau record de 470 500 tonnes en 2023. Cela représente un recul annuel de 8,2 %, malgré une production supérieure à celle de 2020. Ces volumes décrivent la production agricole, mais ne disent pas à eux seuls quelle quantité est transformée, stockée ou vendue sur le marché intérieur.
Les importations, elles aussi, restent une composante de l’approvisionnement. Pour 2024, la base WITS de la Banque mondiale, fondée sur les données commerciales, recense 36 164 tonnes de riz importées en Mauritanie, pour une valeur d’environ 19,8 millions de dollars. La Thaïlande, l’Inde et la Corée du Sud figurent parmi les principaux fournisseurs. Ces chiffres ne confirment pas les volumes plus élevés avancés pour 2025 dans certaines publications : les périodes et les séries ne sont pas directement comparables. Il faut donc éviter d’en déduire une hausse annuelle sans données concordantes.
La coexistence entre production nationale et importations n’a rien d’automatiquement contradictoire. Les produits peuvent différer par leur variété, leur qualité, leur prix ou leur disponibilité selon les saisons. Les stocks, les besoins des transformateurs et les circuits de distribution jouent également un rôle. Les données consultées ne permettent pas, à elles seules, de mesurer le poids de chacun de ces facteurs. La future stratégie devra précisément éclairer ce décalage, plutôt que prendre la seule production comme indicateur de réussite.
De l’irrigation au stockage, les maillons à consolider
Les difficultés recensées touchent l’ensemble de la chaîne. En amont, les producteurs ont besoin d’une gestion plus fiable de l’eau, d’infrastructures d’irrigation entretenues et d’un accès régulier aux semences, aux intrants, au crédit et aux équipements. En aval, la récolte, le stockage, la transformation et la commercialisation influencent les pertes, les coûts et la qualité du produit proposé aux consommateurs.
La production rizicole se concentre notamment dans les régions du sud, au voisinage du fleuve Sénégal. L’irrigation y est donc centrale. Or les aménagements, leur entretien et le partage de l’eau demandent une coordination durable. La Mauritanie partage le bassin du fleuve avec le Sénégal, le Mali et la Guinée au sein de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS). Cette coopération régionale constitue un contexte important pour la gestion des ressources hydriques, même si la stratégie nationale reste à élaborer et que ses modalités de coordination ne sont pas encore précisées.
Les conséquences d’une stratégie efficace ne seraient pas identiques pour tous. Les exploitants et les coopératives auraient besoin d’un accès concret aux intrants, à l’irrigation et aux débouchés. Les transformateurs et commerçants dépendraient de la régularité des récoltes, du stockage et de la qualité. Pour les ménages, l’enjeu porte aussi sur le prix et la disponibilité, notamment dans les villes éloignées des bassins de production. La FAO indique que les autorités ont déjà soutenu la riziculture irriguée par la réhabilitation d’infrastructures et des subventions à certains intrants. La stratégie devra préciser comment ces interventions s’inscrivent dans la durée.
Un chantier national inscrit dans une dynamique africaine
La CARD, coalition de coopération consacrée au développement de la riziculture en Afrique, accompagne les pays dans la formulation et la mise en œuvre de stratégies nationales. La Mauritanie s’inscrit ainsi dans un effort continental visant à renforcer les filières locales, tout en adaptant les solutions aux réalités nationales. La coalition et la JICA ont récemment organisé des formations auxquelles ont participé des représentants mauritaniens, notamment sur la gestion de l’eau, les semences et l’après-récolte.
Pour Nouakchott, le test sera désormais de transformer le diagnostic en engagements vérifiables : investissements identifiés, responsabilités définies et indicateurs suivis. Une stratégie sur dix ans ne réduira pas mécaniquement les importations. Son effet dépendra de sa capacité à rendre le riz produit en Mauritanie compétitif et accessible, sans fragiliser les ressources en eau. Les prochaines étapes à surveiller sont la publication des objectifs chiffrés, l’estimation des financements et la place accordée aux producteurs dans les décisions.