Quand le Conseil de sécurité de l’ONU débat d’un conflit ou de sanctions, les pays africains concernés peuvent y siéger temporairement, mais aucun ne dispose d’une place permanente. Pékin affirme vouloir corriger cette absence. Reste à savoir si ce soutien se traduira en propositions concrètes — et comment les États africains entendent peser dans les discussions.
Une revendication africaine portée depuis deux décennies
Le 23 octobre 2026, à l’ouverture du Forum sur la gouvernance mondiale à Xiong’an, en Chine, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a défendu une réforme du Conseil de sécurité qui accorderait davantage de place aux pays en développement. Il a présenté la réponse aux aspirations africaines comme une priorité. Cette déclaration s’inscrit dans la ligne diplomatique de Pékin, qui réclame une gouvernance mondiale plus représentative et met en avant le « Sud global », expression désignant les pays en développement et émergents.
La revendication africaine, elle, ne date pas de cette prise de parole. En 2005, l’Union africaine (UA), l’organisation qui rassemble les États du continent, a adopté le Consensus d’Ezulwini, puis la Déclaration de Syrte. Ces textes réclament au moins deux sièges permanents pour l’Afrique, avec les mêmes prérogatives que les autres membres permanents, y compris le droit de veto tant qu’il existe. Ils demandent aussi cinq sièges non permanents dans un Conseil élargi.
Aujourd’hui, le Conseil compte quinze membres : cinq permanents — la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie — et dix élus pour des mandats de deux ans. Les pays africains peuvent y occuper des sièges non permanents, mais aucun n’a de place permanente. L’enjeu dépasse donc le symbole : les membres permanents disposent d’un droit de veto sur les décisions de fond.
Un appui diplomatique, sans plan détaillé
À Xiong’an, Wang Yi n’a proposé ni pays africain candidat, ni calendrier, ni formule précise pour répartir les nouveaux sièges. La déclaration exprime un principe politique, pas un accord sur les modalités. La différence compte : plusieurs États pourraient prétendre représenter durablement un continent de 54 pays, et l’UA devra définir le mécanisme de sélection si une réforme aboutit.
La position africaine commune prévoit que l’Union africaine choisisse les titulaires des sièges permanents. Elle défend aussi l’égalité des droits avec les membres actuels. Ce point est délicat : le veto est contesté par de nombreux États, mais les gouvernements africains refusent que de nouveaux sièges permanents soient créés avec des pouvoirs inférieurs à ceux des cinq membres actuels.
La réforme ne dépend pas de Pékin seul. Toute modification de la Charte des Nations unies doit être approuvée par les deux tiers de l’Assemblée générale, puis ratifiée par les deux tiers des États membres, dont les cinq permanents. La Chine est donc à la fois porteuse d’un discours favorable à l’élargissement et l’un des États dont l’accord est indispensable. La France, le Royaume-Uni, la Russie et les États-Unis détiennent le même pouvoir de blocage à cette étape.
Les intérêts de Pékin et les choix africains
Le soutien chinois peut donner plus de visibilité à une demande africaine ancienne et renforcer les alliances de Pékin dans les enceintes internationales. La diplomatie chinoise présente souvent les pays en développement comme insuffisamment représentés dans les institutions mondiales. Cette ligne sert aussi sa propre ambition : peser davantage dans la définition des règles internationales et rassembler des partenaires autour de sa lecture de la gouvernance mondiale.
Ces deux dimensions peuvent coexister. L’appui d’une puissance permanente peut renforcer la position de négociation des États africains, sans faire de Pékin leur porte-parole exclusif. Les gouvernements du continent défendent leur propre projet depuis 2005. Ils devront aussi arbitrer entre l’intérêt collectif affiché et les candidatures nationales, sans laisser la compétition entre États affaiblir leur position commune.
La question concerne directement les populations, même si la réforme paraît lointaine. Le Conseil prend des décisions sur les conflits, les sanctions et les opérations de paix. Une représentation africaine permanente pourrait donner aux États du continent une voix continue sur des dossiers qui touchent leurs régions. Elle ne garantirait toutefois ni un accord entre pays africains ni des décisions conformes à toutes leurs priorités. Le siège à lui seul ne règle pas les divergences politiques, les crises ni les rapports de force internationaux.
La négociation se joue aussi à l’échelle continentale
L’UA et son Comité des Dix, groupe de pays chargé de défendre la position africaine sur la réforme, cherchent à maintenir un front commun dans les négociations intergouvernementales de l’ONU. En mai 2024, l’UA a consulté des organisations de la société civile africaine sur cette position. Ce dialogue rappelle que le débat ne relève pas seulement des chancelleries : il porte aussi sur la manière dont le continent veut être représenté et sur les comptes que ses futurs représentants devraient rendre.
Pour les pays africains, l’enjeu est donc double : obtenir davantage de poids dans une institution fondée en 1945, et s’accorder sur la façon d’exercer ce pouvoir. Les prises de position de membres permanents peuvent créer des ouvertures, mais elles ne remplacent pas la négociation collective menée par l’UA.
La déclaration de Wang Yi place ainsi la question africaine au centre du discours chinois sur la réforme, sans lever les principaux obstacles. Les prochaines étapes à surveiller sont les négociations de l’ONU, la coordination du Comité des Dix et la capacité des États membres de l’UA à s’entendre sur la sélection de leurs représentants. Tant que les cinq permanents ne s’accorderont pas sur les changements à la Charte, la promesse d’une place permanente restera une revendication, non une décision.