Accueillir les Jeux olympiques d’été en Afrique serait une première. Pour Durban et l’Afrique du Sud, l’enjeu dépasse donc le choix d’un stade : il faudra démontrer qu’un projet de cette ampleur peut être financé, organisé et utile bien après la cérémonie de clôture.
Le Comité olympique sud-africain a désigné Durban comme ville principale de sa candidature aux Jeux olympiques et paralympiques de 2036 ou de 2040. L’annonce, faite le jeudi 29 octobre par sa présidente par intérim, Lwandile Simelane, ouvre une nouvelle étape. Elle ne garantit ni que le Comité international olympique (CIO) retiendra le dossier, ni que les Jeux se tiendront en Afrique du Sud.
Une candidature portée depuis la côte de l’océan Indien
Durban se trouve dans la province du KwaZulu-Natal, sur la côte de l’océan Indien. Avec une population d’environ quatre millions d’habitants dans son agglomération, elle est l’un des grands centres urbains du pays. La proposition sud-africaine pourrait réunir plusieurs villes : Durban en serait le point d’ancrage, tandis que certaines épreuves auraient lieu ailleurs.
Johannesburg et Le Cap avaient aussi été envisagées. Le choix final de Durban s’appuie notamment sur le stade Moses Mabhida, construit pour la Coupe du monde de football de 2010. L’enceinte, qui compte 56 000 places, est un équipement existant ; elle ne suffit toutefois pas à établir que toutes les infrastructures nécessaires seraient disponibles ou adaptées.
Le précédent de 2010 est important. L’Afrique du Sud avait alors accueilli la première Coupe du monde de football organisée sur le continent. Mais une compétition de football et des Jeux olympiques multisports n’imposent pas les mêmes besoins en transports, en hébergement, en sites de compétition ni en financement.
Durban avait déjà été évoquée comme ville olympique potentielle après le Mondial. Le projet n’avait pas abouti, notamment sur fond de préoccupations liées au coût. Plus récemment, la ville s’est vu retirer l’organisation des Jeux du Commonwealth de 2022, faute d’avoir fourni les garanties requises, en particulier financières. Ces précédents rendent la question du budget centrale dès le début du dossier.
Le financement, test décisif du projet
Les responsables sud-africains n’ont pas encore communiqué d’estimation du coût d’une éventuelle organisation. Cette absence de chiffrage ne signifie pas que le projet est impossible ; elle empêche cependant, à ce stade, de mesurer précisément ses besoins et ses risques. Les garanties de l’État, le partage des dépenses entre pouvoirs publics et organisateurs, ainsi que l’utilisation future des équipements devront être clarifiés.
Les retombées, elles aussi, dépendraient de décisions concrètes. Des travaux peuvent soutenir l’emploi et améliorer certains services, mais leur bénéfice n’est pas automatiquement réparti entre les habitants. Les dépenses publiques consacrées aux sites et aux déplacements doivent être mises en regard des besoins quotidiens, notamment dans les quartiers éloignés des infrastructures et pour les personnes qui travaillent dans l’économie informelle.
Une candidature multi-villes pourrait répartir les épreuves et s’appuyer sur des équipements déjà construits. Elle demanderait en contrepartie une coordination solide entre municipalités, provinces et gouvernement national. Les distances, les connexions ferroviaires et routières, la sécurité des déplacements et l’accès des spectateurs seraient déterminants. L’ampleur de ces besoins ne peut pas être évaluée sans un plan détaillé.
L’histoire récente appelle donc à distinguer ambition sportive et capacité d’exécution. La Coupe du monde de 2010 constitue une référence d’organisation, mais le retrait de Durban des Jeux du Commonwealth montre aussi qu’un événement international exige des engagements financiers crédibles. Le dossier devra exposer non seulement les sites envisagés, mais aussi la manière dont les dépenses seront contrôlées et les équipements entretenus après les Jeux.
Une course internationale et un enjeu régional
L’Afrique du Sud figure parmi les sept pays que le CIO indique actuellement comme intéressés par l’édition 2036 : l’Allemagne, la Hongrie, l’Inde, le Qatar, la Corée du Sud, l’Afrique du Sud et la Türkiye. Le choix de Durban est une étape nationale dans cette compétition ; il ne constitue pas encore une candidature retenue pour la phase finale.
Le calendrier du CIO prévoit l’élection de la ville hôte des Jeux de 2036 à la mi-2029. Selon son processus annoncé, le dialogue stratégique doit commencer en mars 2027, puis une phase de dialogue ciblé est prévue à partir de décembre 2028 pour un nombre limité de candidats. Le comité évaluera les projets, notamment leur faisabilité et les garanties associées.
Sur le plan régional, la candidature pourrait donner une place accrue à l’Afrique australe dans les échanges olympiques et sportifs. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation de coopération régionale, réunit des États voisins de l’Afrique du Sud ; elle n’est pas l’autorité qui choisira l’hôte, mais des partenariats régionaux pourraient compter pour les transports, l’accueil ou la mobilisation sportive.
L’expérience des Jeux olympiques de la jeunesse à Dakar, au Sénégal, marque par ailleurs un précédent continental dans l’organisation d’un événement olympique. Elle ne remplace pas l’évaluation d’un projet de Jeux d’été, bien plus vaste, mais rappelle que les capacités d’accueil et les ambitions sportives africaines ne se limitent pas à un seul pays.
Pour Pretoria, capitale sud-africaine et siège du gouvernement, la prochaine échéance sera de transformer l’annonce en projet documenté : coûts, garanties, sites, transports et héritage pour les habitants. La question à suivre n’est donc pas seulement de savoir si Durban peut accueillir les Jeux, mais si le dossier peut convaincre le CIO sans laisser dans l’ombre les choix publics qu’il implique.
Sources de vérification : SABC Sport sur le choix de Durban, CIO sur le calendrier de sélection et un compte rendu indépendant de l’annonce.