Dans l’ouest de la Libye, des pluies intenses ont rapidement transformé plusieurs vallées en torrents. À Mizda, Bani Walid, Nasmah et dans des localités voisines, les habitants ont dû composer avec des routes coupées, des véhicules emportés et des services essentiels interrompus.

Des villes isolées par les crues

Les intempéries ont frappé plusieurs zones du centre-ouest libyen entre le jeudi 24 et le vendredi 25 septembre 2026. Les précipitations ont fait déborder des cours d’eau saisonniers et provoqué des coulées de boue dans des secteurs où les pluies fortes restent inhabituelles.

À Mizda, ville située à environ 180 kilomètres au sud de Tripoli, l’eau a envahi des rues, des habitations et des espaces publics. La municipalité a décrété l’état d’urgence et demandé aux habitants de rester à l’intérieur, loin des vallées et des zones de ruissellement.

Les autorités locales ont également signalé des véhicules submergés. Plusieurs axes ont été rendus impraticables, isolant temporairement la ville de zones comme Gharyan et Al-Qaryat. Un pont reliant Mizda à Tininnai s’est aussi effondré sous la pression des eaux, selon des informations relayées par le média libyen Al Wasat.

Dans la région de Bani Walid, à environ 170 kilomètres au sud de Tripoli, les équipes de secours ont tenté de dégager des personnes coincées dans des véhicules pris dans les coulées de boue. Les services d’urgence ont par ailleurs signalé des difficultés sur plusieurs routes reliant Al-Shwayrif, Al-Qaryat, Al-Shqiqah et Mizda.

La situation a aussi touché Nasmah. Son maire, Ahmed al-Sid, a déclaré la municipalité « zone sinistrée » en raison des dégâts causés par les pluies et le débordement des vallées. Les premières informations locales faisaient état de dommages importants aux biens publics et privés.

Électricité, eau et télécommunications sous pression

La pluie n’a pas seulement perturbé les déplacements. Elle a aussi endommagé des infrastructures essentielles. À Mizda, la chute de plusieurs poteaux a entraîné une coupure généralisée d’électricité, selon le porte-parole municipal Omar Kachaka.

La Compagnie générale d’électricité libyenne a ensuite engagé un premier recensement des dégâts à Mizda et Nasmah. D’après les éléments communiqués par son porte-parole, six pylônes de moyenne tension auraient été endommagés vers Nasmah et Tininnai. Environ 250 poteaux sur une ligne reliant Al-Shqiqah, Nasmah et Mizda auraient également été touchés. Ces chiffres restent préliminaires et peuvent évoluer avec l’accès des équipes aux zones inondées.

Les coupures électriques risquent d’avoir des effets en chaîne. Elles compliquent le fonctionnement des stations de pompage, des centres de santé et des réseaux de télécommunications. Elles peuvent aussi retarder la remise en service de l’eau courante, alors que les habitants doivent déjà faire face à des routes bloquées et à des déplacements difficiles.

Le gouvernement d’unité nationale a ordonné la mobilisation des moyens disponibles. Le Premier ministre Abdulhamid Dbeibah a demandé l’ouverture des routes, le rétablissement de l’électricité, de l’eau potable et des communications, ainsi que le renforcement des équipes médicales et de secours.

À Mizda, le ministère des Collectivités locales a autorisé l’utilisation du budget d’urgence et donné davantage de latitude au conseil municipal pour intervenir rapidement. Des engins lourds et des équipes venues notamment de Tripoli et de Misrata ont été mobilisés pour participer au dégagement des axes et aux opérations de secours.

Le bilan humain doit toutefois être présenté avec prudence. Une dépêche diffusée le 25 septembre indiquait qu’aucun décès n’avait encore été confirmé par les autorités nationales. Dans le même temps, des responsables locaux ont fait état d’un décès et de cinq blessés à Mizda. Ces informations n’étant pas concordantes, le bilan reste à établir officiellement.

Un risque connu dans un pays marqué par la fragmentation

Ces inondations interviennent deux ans après la catastrophe de Derna, dans l’est de la Libye. En septembre 2023, la rupture de deux barrages avait provoqué une crue dévastatrice et révélé les conséquences de l’entretien insuffisant des infrastructures, de la désorganisation institutionnelle et de la faiblesse des mécanismes de prévention.

La situation actuelle ne présente pas la même ampleur. Elle rappelle néanmoins la vulnérabilité de nombreuses villes libyennes face aux pluies soudaines. Dans les zones semi-désertiques, les sols absorbent parfois difficilement des précipitations concentrées. Les vallées sèches peuvent alors se remplir en quelques minutes, avec des conséquences sévères pour les routes, les ponts et les réseaux électriques.

La fragmentation politique complique également la réponse. La Libye reste divisée entre institutions et forces rivales, même si le gouvernement installé à Tripoli exerce son autorité sur une partie importante de l’ouest. Dans ce contexte, les municipalités jouent un rôle central. Elles sont souvent les premières à recevoir les alertes, à fermer les routes et à organiser l’accueil des personnes déplacées.

Cette responsabilité locale se heurte cependant au manque de matériel. Les équipes de secours ont signalé des difficultés liées à l’insuffisance des véhicules tout-terrain, des engins de terrassement et du carburant. Les zones rurales et les petites villes restent ainsi plus exposées que les grands centres urbains, où les moyens techniques sont généralement plus accessibles.

La prévention devient un enjeu régional

Le Centre national libyen de météorologie avait prévu des épisodes orageux dans le nord-ouest et le sud-ouest du pays, notamment autour des monts Nafoussa, de Bani Walid, de Mizda, d’Al-Qaryat et de Tarhouna. Ces alertes montrent l’importance d’une transmission rapide des informations entre les services météorologiques, les municipalités et les populations.

À l’échelle de l’Afrique du Nord, les pluies extrêmes deviennent un enjeu de gestion territoriale. La Libye partage avec ses voisins des espaces arides et semi-arides où les villes se développent parfois à proximité de lits d’oueds. La prévention ne peut donc pas se limiter à l’intervention après la catastrophe. Elle suppose aussi de cartographier les zones exposées, de sécuriser les ponts et de protéger les réseaux d’eau et d’électricité.

Dans les prochains jours, l’attention portera sur la confirmation du bilan humain, la réouverture des routes et la remise en service des infrastructures endommagées. Pour les habitants de l’ouest libyen, l’urgence consiste désormais à retrouver un accès stable à l’eau, à l’électricité, aux soins et aux communications, alors que les autorités annoncent la poursuite des pluies dans plusieurs secteurs.