Un nouveau signal pour un marché solaire encore étroit
Au Ghana, la course à l’électricité ne se joue plus seulement sur les barrages et les centrales thermiques. Elle passe aussi par des projets solaires capables d’alléger la pression sur le réseau, surtout dans les zones où la demande industrielle grimpe plus vite que les marges de manœuvre publiques. C’est dans ce contexte qu’un groupe chinois lié à Sunon Asogli prépare un investissement de 34 millions de dollars pour une centrale photovoltaïque de 50 MW, dans le district de Central Gonja, en région de Savannah.
Le projet s’inscrit dans une trajectoire énergétique plus large. Le gouvernement ghanéen vise l’accès universel à l’électricité d’ici 2030, et le document national de transition énergétique publié à Accra en 2023 rappelle que le pays combine hydroélectricité, thermique, solaire et importations régionales pour sécuriser son approvisionnement. La logique est simple : produire davantage, diversifier les sources, et réduire la vulnérabilité à la facture des combustibles fossiles.
Ce que prévoit le projet, et pourquoi il compte
Le montage annoncé repose sur Sunon Asogli Power, filiale ghanéenne du groupe Shenzhen Energy, qui détient 60 % de cette société, le reste appartenant au China-Africa Development Fund. D’après les éléments publiés dans l’annonce d’investissement, le projet de 50 MW doit être implanté dans la région de Savannah et raccordé au réseau existant. Le coût total est présenté à 34 millions de dollars.
Pour le Ghana, ce type d’annonce a une portée qui dépasse la seule capacité installée. Le solaire reste encore modeste dans le mix national. IRENA recense 8 MW de solaire installé pour le Ghana en 2024 dans sa série statistique 2015-2024, tandis que le rapport de la Banque mondiale sur le pays souligne une électricité déjà accessible à environ 89,5 % de la population en 2023, mais avec des tensions persistantes sur le réseau et les finances du secteur. Autrement dit, le débat n’est plus seulement d’étendre l’accès ; il faut aussi rendre l’offre plus stable, plus propre et moins coûteuse à soutenir pour l’État.
Cette réalité explique l’intérêt croissant pour les projets solaires, notamment dans les zones industrielles et les régions éloignées du littoral. Le Ghana a aussi lancé, en octobre 2025, un programme national de toitures solaires d’environ 200 millions de dollars, avec quelque 4 000 installations prévues pour 137 MW. Ce volet décentralisé est important : il répond à la demande des ménages, des petites entreprises et des industries, sans tout faire reposer sur les grandes lignes de transport.
Entre grands parcs, toitures et mini-réseaux, la stratégie s’élargit
Le projet de Shenzhen Energy ne sort pas de nulle part. Il arrive après d’autres annonces solaires qui montrent un marché plus actif qu’avant. En novembre 2025, le Ghana a lancé le Norbert Anku Sola Park, présenté comme sa plus grande centrale solaire photovoltaïque, avec une capacité de 200 MW dans la zone industrielle spéciale de Dawa, en périphérie du Grand Accra. Le programme est porté par une filiale du conglomérat ghanéen LMI Holdings et doit avancer en deux phases.
Le contraste est frappant. D’un côté, les grands projets structurants visent la demande industrielle et la sécurité du réseau. De l’autre, les toitures solaires et les mini-réseaux cherchent à combler les zones mal desservies, où l’extension classique du réseau coûte cher. Pour les entreprises, l’enjeu est la continuité de service. Pour les ménages, c’est la qualité de l’alimentation électrique. Pour l’État, c’est la réduction des pertes, la maîtrise des subventions implicites et la limitation de la dépendance au thermique.
Cette architecture énergétique a aussi une lecture géographique. Accra, Tema et le Grand Accra concentrent une grande partie de l’activité industrielle et portuaire. La région de Savannah, elle, illustre l’autre versant du défi ghanéen : relier davantage les zones du nord et de l’intérieur à la dynamique économique nationale. Le déplacement de nouveaux actifs électriques vers Central Gonja montre que l’investissement énergétique n’est plus réservé aux marges côtières.
Il faut aussi regarder l’arrière-plan financier. La Banque mondiale rappelle que le Ghana sort d’une crise macroéconomique aiguë, avec une dette élevée, une inflation passée par des niveaux lourds et des tensions persistantes sur les tarifs de l’électricité. Dans ce cadre, les capitaux privés étrangers restent utiles, mais ils ne règlent pas tout. Ils doivent s’imbriquer avec des contrats soutenables, une régulation lisible et des réseaux capables d’absorber la production nouvelle.
Une portée régionale pour la CEDEAO et pour la transition africaine
Le cas ghanéen parle aussi à l’Afrique de l’Ouest. Dans l’espace de la CEDEAO, la question n’est plus seulement celle de l’accès initial à l’électricité, mais celle de la qualité, du coût et de la résilience des systèmes. Le Ghana, déjà l’un des pays les plus avancés de la sous-région en matière d’électrification, teste un modèle où solaire centralisé, solaire en toiture et extension du réseau avancent ensemble.
La portée continentale est claire. Le partenariat international lancé en 2024 entre la Banque mondiale et la Banque africaine de développement vise à connecter 300 millions d’Africains à l’électricité d’ici 2030. Le Ghana, avec son taux d’accès déjà élevé et ses nouveaux projets solaires, sert de terrain d’observation : comment passer d’un accès largement acquis à une fourniture plus propre, plus fiable et plus équitable ?
Le potentiel existe. Le cadre national de transition énergétique du Ghana évoque un gisement solaire très important, souvent cité à 35 000 MW dans les documents publics du ministère. Mais le potentiel n’a de valeur que s’il est transformé en projets bancables, en réseaux renforcés et en politiques durables. C’est là que se joue la suite : dans la capacité d’Accra à faire entrer le solaire dans le fonctionnement ordinaire du système, et non dans le seul registre des annonces.
Pour l’heure, le signal est net. Le Ghana ne mise plus sur une seule technologie pour tenir son pacte électrique. Il additionne les solutions, et les acteurs chinois, les groupes ghanéens, les bailleurs et l’État cherchent chacun leur place dans cette recomposition. Le nouveau projet de Central Gonja n’est donc pas isolé. Il s’ajoute à une stratégie plus large, où la transition énergétique devient aussi un sujet d’aménagement du territoire, de souveraineté économique et de stabilité sociale.