Pour Accra, se rapprocher des BRICS peut ouvrir de nouveaux espaces de coopération. Mais obtenir l’appui annoncé de Moscou ne suffit pas à rejoindre le groupe : la décision dépend de l’ensemble de ses membres et d’un accord commun.

Une démarche à distinguer d’une adhésion

Le Ghana cherche à diversifier ses partenariats internationaux et à renforcer ses liens économiques avec les pays du Sud. Le gouvernement a engagé une démarche visant le statut de pays partenaire des BRICS, une formule distincte de l’adhésion comme membre à part entière.

Cette distinction compte. Les pays partenaires peuvent être associés à certaines activités du groupe, mais ne disposent pas du même statut que ses membres. Selon la procédure décrite par les BRICS, les décisions d’élargissement reposent sur le consensus. Une déclaration favorable d’un pays ne vaut donc pas acceptation collective.

Le Ghana est aussi membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Son rapprochement avec les BRICS s’ajouterait à cet ancrage régional, sans le remplacer. Les deux cadres répondent à des objectifs différents : l’intégration ouest-africaine, d’une part, et la coopération entre économies émergentes et pays en développement, d’autre part.

Ce que dit Accra sur le soutien russe

Le 28 octobre 2026, le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a indiqué que son homologue russe, Sergueï Lavrov, soutenait la candidature du Ghana au statut de partenaire des BRICS. D’après cette déclaration, faite après une rencontre avec des ministres africains, Moscou entendrait aussi contribuer à rallier les autres membres fondateurs.

Cette annonce est attribuée au chef de la diplomatie ghanéenne. Dans les informations consultées, elle n’est pas accompagnée d’une confirmation publique distincte du ministère russe. Il faut donc la présenter comme la position rapportée par Accra, et non comme une décision officielle des BRICS ni comme un engagement collectif déjà acquis.

Le gouvernement ghanéen avait évoqué son intérêt pour le groupe au début du mois d’octobre. La visite officielle à Accra du ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, a également donné lieu à des échanges sur cette démarche. L’Inde, membre fondateur, a accueilli favorablement l’intérêt du Ghana, tout en rappelant que la candidature devait être examinée par les autres membres.

Une stratégie de diversification, pas une garantie économique

Pour les autorités ghanéennes, l’enjeu annoncé est de multiplier les partenaires, d’élargir les possibilités économiques et de renforcer la coopération avec les pays du Sud. Cette orientation peut offrir davantage de canaux de dialogue et de débouchés diplomatiques. Elle ne garantit toutefois ni investissements immédiats, ni nouveaux marchés, ni retombées directes pour les ménages.

Les effets dépendraient d’accords concrets : commerce, financement, transfert de compétences ou coopération industrielle. Les entreprises exportatrices pourraient être concernées si de nouveaux échanges se développent. Les petites entreprises et les travailleurs de l’économie informelle, eux, ne bénéficieraient pas automatiquement d’une ouverture diplomatique. Il faudrait des mécanismes qui relient les accords aux activités et aux emplois locaux.

Pour les autorités, la démarche peut aussi renforcer la marge de manœuvre extérieure du Ghana. Mais diversifier ses relations suppose de gérer des intérêts parfois divergents entre partenaires. La recherche d’un appui russe, par exemple, ne signifie pas que le pays renonce à ses relations avec l’Inde, la Chine, le Brésil, l’Afrique du Sud ou ses partenaires occidentaux.

Le précédent récent des élargissements invite également à la prudence. Les BRICS ont accueilli de nouveaux membres et créé une catégorie de pays partenaires. Le Nigeria figure parmi les pays africains admis dans cette dernière catégorie. Pour le Ghana, cette voie constitue donc un objectif distinct d’une adhésion pleine, et son issue reste à confirmer par le groupe.

Un enjeu ouest-africain à suivre

À l’échelle régionale, la démarche ghanéenne montre comment un pays de la CEDEAO peut chercher des partenariats au-delà de l’Afrique de l’Ouest tout en restant engagé dans son espace régional. Elle pourrait renforcer les liens entre Accra et plusieurs économies africaines déjà présentes dans les BRICS ou associées à leurs travaux. Elle ne transforme pas, à elle seule, les priorités de la CEDEAO.

La prochaine étape sera de vérifier si Accra formalise sa demande et si les membres des BRICS se prononcent collectivement. Il faudra aussi distinguer les annonces diplomatiques des accords économiques effectivement négociés. Pour le Ghana, le résultat se mesurera moins aux déclarations de soutien qu’aux partenariats réalisables et à leur capacité à produire des bénéfices au-delà des relations entre gouvernements.