Le lancement du parti de Brice Oligui Nguema suscite débats et controverses au Gabon. Cette décision pourrait-elle menacer son mandat présidentiel ? Afrikactus fait le point sur cette situation complexe.
Le projet de parti politique d’Oligui Nguema : une stratégie risquée ?
Élu président du Gabon en avril dernier en tant que candidat indépendant, Brice Clotaire Oligui Nguema s’apprête à franchir une nouvelle étape dans sa carrière politique. Le chef de l’État envisage de transformer la plateforme « Rassemblement des bâtisseurs » en un véritable parti politique. Cette décision, loin de faire l’unanimité, soulève de nombreuses questions quant à sa légalité et ses implications pour l’avenir politique du pays.
Du « Rassemblement des bâtisseurs » à un parti politique officiel
La plateforme « Rassemblement des bâtisseurs », initialement créée pour soutenir la candidature d’Oligui Nguema, se présente aujourd’hui comme une force politique majeure au Gabon. Elle revendique :
- 22 000 membres
- 4 200 associations partenaires
- 84 micro-partis affiliés
Le président gabonais qualifie ce futur parti d’« outil fédérateur » pour la nation. Cependant, la transformation de cette plateforme en parti politique officiel ne se fait pas sans heurts.
Des reports successifs et des désaccords internes
L’assemblée fondatrice du nouveau parti a déjà été repoussée à plusieurs reprises. Si les raisons officielles invoquent le respect des cérémonies traditionnelles dans la province de l’Estuaire, la réalité semble plus complexe. Des désaccords internes émergent au sein même des soutiens du président.
Certains partisans d’Oligui Nguema souhaitent faire de ce parti un instrument de renouvellement politique. Ils craignent cependant une « transhumance » massive des anciens cadres du pouvoir vers la nouvelle structure. Cette situation pourrait mener à une simple « réincarnation » du PDG, l’ancien parti au pouvoir sous l’ère Bongo.
Le lancement du parti de Brice Oligui Nguema : un risque juridique majeur
Au-delà des enjeux politiques, la création de ce parti soulève une question juridique cruciale. Des juristes, acteurs politiques et observateurs ont mis en lumière une disposition légale qui pourrait mettre en péril le mandat présidentiel d’Oligui Nguema.
L’article 82 du code électoral : une épée de Damoclès ?
L’article 82 du code électoral gabonais, datant de décembre 2024, stipule clairement :
« Tout élu en qualité d’indépendant (…) ne peut, pendant la durée du mandat, adhérer à un parti politique légalement reconnu sous peine d’annulation de son élection ».
Cette disposition, en vigueur depuis 1996, a déjà été appliquée par la Cour constitutionnelle pour déchoir des élus locaux et nationaux de leur mandat. Le député Jean-Valentin Leyama souligne que l’article 2 du même code précise que ce cadre légal s’impose à toutes les élections, y compris présidentielle.
Deux interprétations juridiques s’affrontent
Face à cette menace potentielle, deux lectures du texte s’opposent :
- L’interprétation stricte : Oligui Nguema, élu sans étiquette, serait soumis aux dispositions de l’article 82. Son adhésion à un parti entraînerait donc l’annulation de son élection.
- L’interprétation favorable au président : Ses soutiens argumentent que le texte ne s’appliquerait pas dans ce cas précis. Ils distinguent l’adhésion à un parti existant de la création d’une nouvelle formation politique.
Les partisans d’Oligui Nguema insistent sur la primauté de la Constitution, qui garantit la liberté d’association et définit seule les modalités de fin du mandat présidentiel. Ils voient dans la formation « oliguiste » un « stabilisateur » de la vie politique gabonaise.
Une bataille juridique en perspective
Face à ces interprétations divergentes, la bataille se déplace sur le terrain juridique. Deux personnalités politiques, Thierry d’Argendieu Kombila et Jean-Pierre Ndong Abessolo, ont récemment saisi la Cour constitutionnelle. Leur objectif : obtenir une interprétation du texte favorable au projet de nouveau parti d’Oligui Nguema.
Les enjeux d’une décision de la Cour constitutionnelle
La décision de la Cour constitutionnelle sera déterminante pour l’avenir politique du Gabon. Elle pourrait :
- Valider le lancement du parti de Brice Oligui Nguema sans conséquence sur son mandat
- Imposer des conditions strictes à la création de ce parti
- Déclarer incompatible la présidence et l’appartenance à un parti politique
Cette situation inédite met en lumière les défis de la transition politique au Gabon. Le pays cherche à se réinventer politiquement tout en respectant son cadre légal, hérité en partie de l’ancien régime.
Un test pour la démocratie gabonaise
Le lancement du parti de Brice Oligui Nguema représente un véritable test pour la jeune démocratie gabonaise. Il soulève des questions fondamentales sur :
| Enjeux | Implications |
|---|---|
| Séparation des pouvoirs | Indépendance de la justice face au pouvoir exécutif |
| Respect de l’État de droit | Application stricte ou interprétation souple des textes |
| Renouvellement politique | Émergence de nouvelles forces ou recyclage des anciennes élites |
La résolution de cette crise politique naissante déterminera en grande partie la crédibilité des institutions gabonaises et la capacité du pays à mener à bien sa transition démocratique.
Dans les semaines à venir, tous les regards seront tournés vers la Cour constitutionnelle. Sa décision, quelle qu’elle soit, aura des répercussions majeures sur l’avenir politique du Gabon et sur la légitimité du mandat d’Oligui Nguema.







