La gestion de la dette au Gabon connaît des avancées significatives, mais demeure un défi majeur pour l’économie nationale. Afrikactus analyse les enjeux et les perspectives de cette problématique cruciale.
Évolution de la dette gabonaise : un bilan mitigé
Le gouvernement gabonais a entrepris des efforts considérables pour assainir ses finances publiques. Selon les données de l’agence de notation Fitch, la dette du pays est passée de 71% du PIB en 2023 à 67% en 2024, se rapprochant ainsi de la norme communautaire fixée à 70% par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Néanmoins, les autorités gabonaises contestent ces chiffres, affirmant que la dette réelle se situe plutôt autour de 54% du PIB. Cette différence s’explique par l’exclusion de certains arriérés, tels que les retraites et les salaires des fonctionnaires, une approche qualifiée de « peu conventionnelle » par Cédric Jiongo, analyste économique chez Sikafinance.
| Année | Dette (% du PIB) | Source |
|---|---|---|
| 2023 | 71% | Fitch |
| 2024 | 67% | Fitch |
| 2024 | 54% | Autorités gabonaises |
Stratégies de remboursement et défis persistants
Le ministre du Budget et de la dette, Charles Mba, a annoncé le remboursement de 266 milliards de francs CFA (405 millions d’euros) début février. Cette performance inclut le règlement anticipé d’une échéance internationale majeure, financée par une levée de fonds sur les marchés régionaux.
Malgré ces progrès, la gestion de la dette au Gabon reste confrontée à des obstacles importants :
- La baisse anticipée des revenus pétroliers
- Des déficits budgétaires croissants
- La nécessité d’apurer les arriérés envers les créanciers internationaux
Fitch prévoit d’ailleurs une nouvelle hausse de la dette en 2025 et 2026, soulignant la fragilité des avancées actuelles.
L’héritage complexe de la transition politique
La transition politique amorcée en août 2023 a hérité des dettes accumulées sous le régime Bongo. Paradoxalement, le nouveau gouvernement a opté pour une politique ambitieuse, incluant :
- Le rachat de deux compagnies pétrolières
- La création d’une compagnie aérienne nationale
- Le paiement d’arriérés de pensions
Ces décisions soulèvent des interrogations quant à la cohérence de la stratégie de gestion de la dette au Gabon. Un expert d’une grande institution financière, sous couvert d’anonymat, s’inquiète de l’absence apparente de « réelles priorités » dans cette approche.
Controverse autour des chiffres de la dette
La gestion de la dette au Gabon fait l’objet d’un vif débat politique. Alain-Claude Billie-By-Nze, figure de l’opposition, accuse le gouvernement de transition de manquer de transparence. Il évoque l’existence d’une « dette cachée » et de dettes non comptabilisées, tant intérieures qu’extérieures.
L’opposant avance le chiffre de 8 500 milliards de francs CFA de dettes, bien au-delà des 7 000 milliards annoncés par le gouvernement. Ces allégations sont vivement contestées par les soutiens de la transition, qui dénoncent des « postures fallacieuses ».
La réponse du gouvernement
Laurence Ndong, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, défend le bilan de la transition en matière de gestion de la dette au Gabon. Elle souligne que le pays a retrouvé sa crédibilité internationale en honorant ses engagements financiers.
La ministre affirme que le Gabon a hérité d’une « dette creuse » de 7 500 milliards de francs CFA, sans contrepartie visible en termes d’infrastructures. Elle insiste sur le fait que tous les bailleurs ont été remboursés depuis l’arrivée au pouvoir du président Oligui Nguema.
Perspectives et défis pour l’avenir
La gestion de la dette au Gabon s’annonce complexe pour les années à venir. Le gouvernement a présenté une loi de finances 2025 à l’équilibre, mais certains experts, comme Cédric Jiongo, restent sceptiques quant aux projections budgétaires jugées trop optimistes.
Le budget 2025 prévoit une augmentation de 9% des revenus par rapport à l’année précédente, notamment dans les secteurs minier et pétrolier. Cette prévision semble ambitieuse dans un contexte économique mondial incertain.
Nouvelles dettes en perspective
Depuis le début de l’année, deux nouveaux emprunts sont envisagés par les autorités gabonaises :
- 200 millions d’euros auprès d’Afreximbank
- 98 milliards de francs CFA auprès de Cargill Financial Services
Ces nouvelles dettes soulèvent des interrogations quant à la soutenabilité à long terme de la stratégie de gestion de la dette au Gabon.
Le regard des institutions internationales
Le Fonds Monétaire International (FMI) a récemment souligné « le caractère actuellement expansionniste de la politique budgétaire » du Gabon, ainsi que « la persistance de faiblesses structurelles et de gouvernance ». L’institution préconise une « consolidation budgétaire » urgente pour garantir la viabilité des finances publiques.
Néanmoins, une source proche du dossier se dit « bien moins alarmiste qu’il y a 18 mois », suggérant une amélioration progressive de la situation.
La gestion de la dette au Gabon reste un enjeu majeur pour l’avenir économique du pays. Si des progrès ont été réalisés, les défis restent nombreux et nécessiteront une stratégie cohérente et transparente pour assurer la stabilité financière à long terme.







