Former des jeunes aux métiers du transport ne garantit pas, à lui seul, un emploi. En Côte d’Ivoire, le défi sera de transformer les besoins liés aux nouveaux réseaux urbains en compétences accessibles, stages concrets et recrutements mesurables.
Le métro d’Abidjan met la formation à l’épreuve
À Abidjan, la préparation du futur métro rend cette question particulièrement visible. Un réseau de transport ne repose pas seulement sur ses infrastructures : il faut aussi des équipes capables de l’exploiter, de l’entretenir et d’assurer la sécurité du service. Ces métiers demandent des compétences techniques, mais aussi des filières de formation adaptées et des passerelles vers l’emploi.
La Côte d’Ivoire avait déjà engagé ce rapprochement entre enseignement supérieur et transport ferroviaire. Le 1er juillet 2025, l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INP-HB), installé à Yamoussoukro, et Keolis ont signé un accord portant sur la formation, la recherche appliquée et le développement de compétences pour les transports urbains et ferroviaires. Le ministère ivoirien des Transports en a précisé les objectifs dans son compte rendu de la convention INP-HB-Keolis.
Cette première coopération ciblait notamment les compétences d’ingénierie. Le nouvel accord élargit la démarche à l’enseignement technique et à la formation professionnelle. Il s’inscrit aussi dans un contexte régional où les grandes agglomérations cherchent à améliorer leurs déplacements et à développer des réseaux de transport plus structurés. Mais les priorités et les calendriers diffèrent d’un pays à l’autre : l’expérience ivoirienne ne résume pas les enjeux de toute l’Afrique de l’Ouest.
Une convention de cinq ans, sans quota annoncé
Le 22 octobre 2026, le ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique (MENAET) a signé à Abidjan une convention avec Keolis Côte d’Ivoire. L’accord, prévu pour cinq ans et renouvelable d’un commun accord, vise à développer les compétences, faire connaître les métiers du transport urbain et faciliter l’accès des jeunes aux stages et aux possibilités d’emploi. Le portail du gouvernement ivoirien et le site du ministère confirment la date et les axes annoncés.
Le ministère doit mobiliser ses équipes pédagogiques, valoriser les métiers du secteur et proposer à l’entreprise des profils correspondant à ses besoins. Keolis apporte son expertise technique et doit contribuer au renforcement des compétences des équipes pédagogiques. L’entreprise indique également qu’elle pourra favoriser l’accès à des stages et à des recrutements, en fonction de ses besoins.
Cette dernière précision compte. La convention ouvre une possibilité de coopération, mais ne constitue pas une promesse d’embauche pour un nombre déterminé de jeunes. Les informations publiées ne fixent ni quota de stagiaires, ni objectif de recrutement, ni filières concernées avec précision. Il serait donc prématuré d’en déduire combien de postes seront créés ou quels établissements bénéficieront directement du partenariat.
Les résultats dépendront du suivi
Pour les apprenants, l’enjeu est très concret : accéder à des formations liées aux postes réellement disponibles, puis obtenir une première expérience professionnelle. Pour les enseignants, la coopération peut favoriser l’actualisation des contenus et l’accès à une expertise sectorielle. Pour l’opérateur, elle peut contribuer à préparer des profils adaptés à l’exploitation et à la maintenance de ses activités.
Les retombées ne se répartiront toutefois pas automatiquement de manière égale. Les jeunes inscrits dans les établissements partenaires ou proches des futurs réseaux pourraient accéder plus facilement aux stages. Les candidats éloignés de ces centres, ou engagés dans des filières sans lien direct avec les besoins de l’entreprise, pourraient en bénéficier moins. La publication des critères de sélection, des lieux de formation et des données de participation aiderait à apprécier cette répartition.
La convention prévoit un comité de suivi et des rapports semestriels. Ces outils peuvent rendre les engagements vérifiables, à condition que les résultats soient communiqués. Le nombre de jeunes formés, les stages proposés, leur durée, les recrutements réalisés et la part des femmes dans les parcours seraient des indicateurs utiles. Ils permettraient aussi de distinguer les actions de sensibilisation des débouchés professionnels effectifs.
Un accord sectoriel dans un effort plus large
Le partenariat intervient alors que l’État renforce ses investissements dans la formation professionnelle. Le 14 octobre 2026, le gouvernement a annoncé un financement de 124,369 milliards de francs CFA de l’Association internationale de développement pour la première phase du programme « Compétences pour l’innovation, la résilience et les aspirations ». Selon le communiqué gouvernemental sur le financement, celui-ci doit notamment soutenir des centres équipés, des formateurs spécialisés et l’accès aux stages et à l’apprentissage.
Le financement public et la convention avec Keolis n’ont pas la même échelle ni le même rôle. Le premier concerne un programme plus vaste de formation et d’emploi. Le second organise une coopération ciblée autour du transport urbain. Leur articulation sera déterminante : une entreprise peut signaler ses besoins, mais les établissements doivent disposer des équipements, des formateurs et des cursus nécessaires pour y répondre.
Pour la Côte d’Ivoire, membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’expérience sera observée dans un débat régional plus large sur l’emploi des jeunes et la formation aux métiers techniques. Sa portée dépendra moins de la signature elle-même que de sa mise en œuvre. Les rapports semestriels et les premiers chiffres sur les stages et les recrutements permettront de savoir si le rapprochement annoncé entre formation et emploi devient une voie concrète pour les jeunes Ivoiriens.