À Lusaka, une plateforme d’intelligence artificielle promet d’aider les jeunes à choisir leur formation et à repérer des débouchés. Mais l’outil ne pourra rapprocher école et emploi que si les entreprises recrutent et si les parcours proposés correspondent aux besoins réels, jusque dans les régions.
Un outil d’orientation testé dans les établissements techniques
Le 6 octobre 2026, le ministère zambien de la Technologie et des Sciences a présenté Njila.ai, un service d’orientation professionnelle assisté par intelligence artificielle. Le projet pilote s’inscrit dans STRIVE, un programme consacré à la formation technique et professionnelle et à l’emploi valorisé par l’industrie. Des étudiants de l’Evelyn Hone College, à Lusaka, ont participé à la présentation. Le ministère indique que l’outil doit aider les jeunes à identifier leurs compétences, explorer des carrières, se préparer au travail et accéder à des offres d’emploi. Le ministère zambien de la Technologie et des Sciences présente le pilote Njila.ai.
Le déploiement est prévu dans des établissements de formation technique et professionnelle, désignés en Zambie par l’acronyme TEVET. Le secrétaire permanent du ministère, Brilliant Habeenzu, a présenté la réduction du décalage entre formation et emploi comme un objectif central. Le programme STRIVE vise plus de 35 000 jeunes dans des filières techniques avancées et 150 000 autres par des formations courtes et des métiers spécialisés, selon le ministère.
Cette annonce ne signifie pas que l’intelligence artificielle attribuera automatiquement un emploi ou garantira une insertion. Elle peut faciliter l’accès à des informations et rendre les choix de formation plus lisibles. Sa portée dépendra toutefois de la qualité des données, de l’accès à Internet et de la capacité des établissements à proposer les cursus recommandés.
La croissance du cuivre met la formation à l’épreuve
La pression sur l’emploi est documentée. L’enquête sur la main-d’œuvre 2024 de l’Agence zambienne des statistiques estime le chômage à 12,9 % de la population active, et le chômage des jeunes à 18,4 %. Elle dénombre 587 876 personnes sans emploi. Le défi ne se résume pas au nombre de postes : 74,2 % des personnes en emploi travaillaient dans les secteurs informel et domestique, selon cette même enquête. Les résultats de l’enquête 2024 sur la main-d’œuvre en Zambie.
Le gouvernement veut porter la production de cuivre à trois millions de tonnes par an d’ici 2031. L’objectif inscrit dans sa stratégie minière suppose une hausse importante de l’activité et une demande accrue de compétences. Mais la Banque mondiale souligne que le volume et la nature des emplois dépendront des projets réalisés, de leur calendrier, de leur technologie et des activités de transformation développées dans le pays. Les projections d’emplois ne sont donc pas des créations garanties. La stratégie zambienne pour atteindre trois millions de tonnes de cuivre en 2031.
Dans un scénario où l’objectif de production serait atteint, l’emploi minier direct pourrait passer d’environ 56 000 à 200 000 postes, auxquels s’ajouteraient jusqu’à 300 000 emplois indirects et induits, estime la Banque mondiale. Une mine type aurait besoin de nombreux techniciens, artisans et travailleurs qualifiés issus de l’enseignement professionnel. Pourtant, en 2023, seuls 800 diplômés provenaient d’établissements répondant aux standards de qualité reconnus par l’industrie minière ; un sur cinq possédait les qualifications correspondant aux postes techniques ou artisanaux recherchés. L’analyse de la Banque mondiale sur les compétences nécessaires à l’expansion du cuivre.
De l’orientation à l’accès réel aux débouchés
Pour les jeunes, une recommandation n’a de valeur que si elle mène à une formation accessible, puis à une possibilité d’emploi. Les établissements situés à Lusaka ou dans la Copperbelt ne résument pas les réalités du pays. Les jeunes des zones rurales peuvent rencontrer d’autres obstacles : distance, équipement, connexion ou coût du déplacement. Et le secteur minier, bien qu’important pour les ambitions industrielles, n’est pas l’unique débouché. Le ministère cite aussi l’agro-industrie, le tourisme, l’énergie et les technologies parmi les domaines prioritaires.
Les entreprises, de leur côté, ont besoin de profils opérationnels, notamment en maintenance, soudure, électricité, conduite d’équipements et sécurité. Cela exige des formateurs qualifiés, des ateliers équipés, des stages et des partenariats durables avec les employeurs. La Banque mondiale relève notamment le nombre limité de formations techniques de niveau intermédiaire et de collaborations efficaces entre établissements publics et sociétés minières. Un outil numérique ne remplacera ni ces investissements ni la création de postes.
La question de l’accès mérite aussi d’être suivie selon le genre et le statut professionnel. En 2024, le chômage des jeunes femmes était estimé à 20,8 %, contre 16,7 % pour les jeunes hommes, selon l’agence statistique nationale. Par ailleurs, une grande partie des Zambiens travaille dans l’informel. L’efficacité de Njila.ai se jugera donc aussi à sa capacité à atteindre les jeunes hors des filières scolaires classiques et à ne pas orienter uniquement vers les emplois formels accessibles en ligne.
Un enjeu zambien, avec une dimension régionale
La Zambie est membre fondateur de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui promeut notamment la coopération économique et la formation des compétences. L’organisation régionale met en avant l’adaptation de l’enseignement technique aux possibilités d’emploi, en milieu rural comme urbain, ainsi que la circulation des qualifications. Si le pilote produit des résultats vérifiables, son expérience pourra alimenter ces échanges régionaux ; rien ne permet encore d’affirmer qu’il sera reproduit ailleurs. Les priorités de la SADC en matière d’éducation et de compétences.
Pour l’instant, les indicateurs à observer sont concrets : combien de jeunes utilisent la plateforme, quelles formations ils choisissent, si les entreprises reconnaissent les compétences acquises et si les diplômés trouvent un emploi durable. Le ministère devra aussi montrer comment Njila.ai traite les données personnelles et corrige les éventuels biais de ses recommandations. Le test décisif ne sera pas la présence de l’intelligence artificielle, mais l’amélioration mesurable du passage entre formation et travail, à Lusaka comme dans les autres provinces.