Une fibre qui traverse un district ne garantit pas qu’un foyer, une école ou une petite entreprise puisse se connecter. En Zambie, les investissements dans les réseaux avancent, mais le défi reste de transformer cette infrastructure en accès fiable, jusque dans les zones rurales.

Un réseau qui s’étend, mais des usages encore limités

La Zambie, pays enclavé d’Afrique australe, relie huit pays voisins par ses réseaux de fibre optique. Cette position peut renforcer son rôle de carrefour régional. Mais l’extension des dorsales — les grandes liaisons qui transportent les données — ne résout pas à elle seule les problèmes de couverture locale, d’électricité ou de prix des services.

Les chiffres disponibles appellent aussi à la prudence. Les estimations publiées pour la fin de 2025 indiquent qu’environ 67 % des Zambiens n’utilisaient pas Internet. Cette mesure concerne l’usage, et non la seule disponibilité d’un signal. À l’échelle du continent, l’Union internationale des télécommunications estimait qu’en 2024, 38 % de la population africaine utilisait Internet, avec un écart important entre villes et campagnes.

Le contexte régional compte. La Zambie est membre de la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe, qui rassemble des États travaillant notamment à l’intégration économique et aux infrastructures transfrontalières. Des liaisons numériques plus solides peuvent faciliter les échanges régionaux, à condition que les réseaux soient accessibles et interconnectés au-delà des grands centres urbains.

La coopération allemande, une piste parmi d’autres

À Lusaka, le ministre de la Technologie et des Sciences, Felix C. Mutati, a placé les infrastructures numériques parmi les priorités de la transformation économique. Lors d’un forum d’affaires entre la Zambie et l’Allemagne, les 4 et 5 novembre 2025, il a évoqué l’extension des réseaux mobiles et de la fibre, ainsi que leur résilience face aux coupures d’électricité.

Le forum devait ouvrir des discussions entre entreprises et institutions des deux pays. À ce stade, les informations publiques ne permettent pas de conclure à des contrats précis pour la construction ou l’exploitation de réseaux. La différence est importante : une rencontre d’affaires signale un intérêt, mais seuls des accords publiés permettront de connaître les partenaires, les montants, les calendriers et les obligations de service.

Les entreprises allemandes peuvent intervenir à plusieurs niveaux : équipements, ingénierie, gestion de sites radio, composants de fibre ou maintenance. Leur contribution éventuelle devra toutefois s’inscrire dans les priorités définies par les autorités et les régulateurs zambiens. Elle ne remplace ni les opérateurs déjà présents, ni les investissements publics, ni les compétences locales nécessaires à l’entretien quotidien des réseaux.

La couverture ne suffit pas sans courant ni raccordement

Le rapport annuel 2024 du régulateur zambien, la ZICTA, estime le réseau national de fibre à environ 39 232 kilomètres, contre 31 915 kilomètres en 2023. Le gouvernement avait ensuite déclaré au Parlement qu’il avait atteint 42 000 kilomètres au premier semestre 2025. Ces séries ne sont pas directement interchangeables : elles proviennent de périodes et de méthodes de déclaration différentes. Elles confirment néanmoins une expansion rapide de l’infrastructure principale.

La couverture mobile présente une autre réalité. Une analyse de la ZICTA reprise par une commission parlementaire estimait que 92 % de la population était couverte, mais que la couverture ne concernait que 69,9 % du territoire. Le même document évaluait à 998 le nombre de sites supplémentaires nécessaires pour atteindre les localités non ou mal desservies. Une couverture nationale élevée peut donc coexister avec des zones éloignées où le signal reste faible ou absent.

L’électricité fragilise également la continuité du service. Les antennes relais et les équipements de transmission ont besoin d’une alimentation stable. Or, la sécheresse de 2023-2024 a éprouvé la production hydroélectrique zambienne et aggravé les contraintes énergétiques. Des batteries, des groupes de secours ou des installations solaires hybrides peuvent limiter les interruptions, mais ils entraînent des coûts d’installation et de maintenance. Pour les opérateurs, la question n’est donc pas seulement de poser de nouveaux pylônes : il faut pouvoir les alimenter durablement.

Cette distinction se ressent dans la vie quotidienne. Les entreprises formelles ont davantage de moyens pour acheter des solutions de secours ou souscrire plusieurs connexions. Les petites activités, les établissements scolaires et les services de santé ruraux dépendent davantage de la qualité du réseau local. Quand la connexion est instable, les services numériques publics, les paiements et l’accès à l’information deviennent moins prévisibles.

Mesurer les résultats au-delà des kilomètres

Le prochain enjeu pour Lusaka sera de relier les investissements à des résultats vérifiables : villages effectivement connectés, disponibilité du service, prix des données, qualité des appels et accès aux appareils. La ZICTA a déjà fait état de plaintes concernant des appels interrompus et des connexions peu fiables dans certaines localités. Le nombre de kilomètres de fibre ou de pylônes ne suffit donc pas à mesurer l’expérience des usagers.

La coopération extérieure peut apporter des technologies et des financements. Mais ses bénéfices dépendront des règles d’accès aux infrastructures, du partage des coûts et de la formation de techniciens zambiens. Il faudra aussi distinguer les projets qui desservent des axes commerciaux rentables de ceux qui répondent aux besoins moins immédiatement rentables des zones rurales.

À l’échelle de la SADC, l’interconnexion de la Zambie avec ses voisins peut soutenir le commerce numérique et les échanges de données. À l’échelle africaine, le dossier rappelle une réalité centrale : bâtir des dorsales est nécessaire, mais l’inclusion numérique dépend aussi de l’énergie, du coût de la connexion, des compétences et de la qualité du service. Les prochaines annonces de partenariats devront être jugées à l’aune de ces résultats concrets, plutôt qu’au seul nombre de réunions ou de kilomètres annoncés.