À Lusaka comme dans les régions minières et agricoles, la nouvelle équipe de Hakainde Hichilema sera jugée moins sur le nombre de portefeuilles que sur les résultats : davantage d’électricité, des services publics accessibles et des revenus mieux répartis. En portant le gouvernement à 30 ministères, le président zambien mise sur une administration plus spécialisée. Cette option ouvre aussi un débat sur son coût et son efficacité.
Un second mandat, une administration redessinée
La réorganisation intervient après la réélection de Hichilema en août 2026 et son investiture, le 1er septembre. Le 27 octobre, l’Assemblée nationale a approuvé la dissolution, la fusion et la création de ministères. Le lendemain, le président a nommé 24 ministres et 10 responsables provinciaux à State House, à Lusaka. Quatre ministres avaient été désignés en septembre, notamment aux Finances, aux Affaires étrangères, à la Santé et à l’Économie verte. Les faits sont rapportés par la présidence zambienne, la presse locale et l’agence Anadolu.
La nouvelle architecture sépare plusieurs responsabilités auparavant regroupées. L’ancien ministère de l’Énergie est divisé entre l’Électricité, confiée à Peter Kapala, et le Pétrole, dirigé par Makozo Chikote. Le Commerce et les Exportations reviennent à Caroline Katotobwe, tandis que Noel Nkoma prend l’Industrie. Harry Kamboni est nommé à l’Éducation et Douglas Syakalima aux Compétences et à l’Enseignement supérieur.
Parmi les autres nominations, Brenda Tambatamba prend la tête des Mines et du Développement minéral. La presse zambienne et Anadolu la présentent comme la première femme à occuper ce portefeuille. La Culture et les Arts, ainsi que la Jeunesse et les Sports, disposent aussi de ministères distincts. Collins Nzovu est chargé des Infrastructures et du Développement urbain, Patrick Mucheleka des Terres, et Gift Sialubalo de l’Administration locale et du Développement rural.
Le pari de la spécialisation face à la question des moyens
Le pouvoir défend cette séparation comme un moyen de mieux cibler les priorités et de clarifier les responsabilités. La vice-présidente Mutale Nalumango a notamment justifié la création d’un ministère de l’Électricité par les besoins de production et de transport du courant. Le ministère du Pétrole pourra, lui, suivre plus directement l’approvisionnement en carburants et les enjeux liés au pipeline TAZAMA.
Ces dossiers touchent directement des activités très différentes. Les mines ont besoin d’une alimentation électrique régulière. Les ménages, les commerces et les petites entreprises dépendent aussi du courant pour leurs dépenses et leurs revenus. Une pénurie ou des coupures peuvent donc peser à la fois sur la production minière et sur l’activité informelle. Séparer les portefeuilles peut faciliter le suivi de ces enjeux, mais ne crée pas à elle seule de nouvelles capacités de production ni de réseau.
La même question se pose pour l’Industrie et les Exportations. Une administration spécialisée pourrait mieux accompagner la transformation locale du cuivre et d’autres produits. Mais cela dépendra des infrastructures, de l’accès à l’énergie, du financement des entreprises et de la coordination entre ministères. Pour les acteurs économiques, l’enjeu sera de savoir si les nouvelles structures raccourcissent les démarches ou ajoutent des interlocuteurs.
À l’extérieur du gouvernement, des critiques ont aussi mis en doute l’opportunité d’augmenter le nombre de ministères alors que des programmes publics sont sous pression. La militante zambienne Laura Miti et le dirigeant de l’opposition Fred M’membe ont exprimé leurs réserves, rapporte le média local Lusaka Times. Le parti Citizens First a également questionné cette expansion. À l’inverse, le chef du Parti de l’unité nationale et du progrès, Highvie Hamududu, a défendu l’idée que le coût supplémentaire serait limité. Ces prises de position illustrent le débat ; elles ne suffisent pas, à elles seules, à établir le coût réel de la réforme.
Le budget et l’énergie, premiers tests concrets
Le calendrier place rapidement la nouvelle équipe devant un examen mesurable. Le gouvernement doit présenter le budget national 2027 le 6 novembre. Les dépenses de fonctionnement des nouveaux ministères, leurs effectifs et leurs résultats pourront alors être rapprochés des crédits accordés aux services locaux et aux programmes sociaux. C’est un point important pour les populations rurales, dont l’accès aux aides agricoles ou aux services administratifs dépend souvent de décisions prises dans la capitale.
La réforme s’inscrit aussi dans l’agenda « Grow Zambia », qui fixe des objectifs de production à l’horizon 2031. Hichilema a notamment évoqué une production annuelle de trois millions de tonnes de cuivre et une capacité de dix gigawatts d’électricité. Ce sont des objectifs annoncés par le président, non des résultats acquis. Le défi sera de relier ces ambitions nationales aux besoins des provinces : raccordement, transports, emplois et retombées pour les entreprises zambiennes.
La conjoncture financière resserre encore cette équation. Le 9 octobre, le Fonds monétaire international et les autorités zambiennes ont conclu un accord préliminaire sur un programme de 36 mois pouvant atteindre 1,472 milliard de dollars. Il reste soumis à l’approbation du conseil d’administration du Fonds et à la réalisation de mesures préalables. Le programme vise notamment la stabilité économique et la soutenabilité de la dette. Dans ce cadre, la nouvelle organisation devra démontrer qu’elle améliore l’exécution des politiques sans alourdir inutilement les dépenses publiques.
Un enjeu pour l’Afrique australe
La Zambie est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui regroupe des pays de la région et travaille notamment sur l’intégration économique et les infrastructures. Les choix zambiens en matière d’électricité, de transport et de transformation des minerais intéressent donc aussi ses voisins : les chaînes d’approvisionnement et les réseaux énergétiques dépassent les frontières nationales.
Pour l’instant, la création de ministères ne garantit ni une meilleure coordination ni une croissance plus inclusive. Les prochaines étapes à observer sont le budget du 6 novembre, les moyens effectivement attribués aux nouvelles structures et leurs premiers résultats sur l’énergie, l’industrie et les services locaux. La portée de cette réforme dépendra de sa capacité à faire suivre les décisions prises à Lusaka par des améliorations concrètes dans les provinces.