À Lusaka, la campagne se joue d’abord sur le portefeuille

En Zambie, l’élection du 13 août 2026 se déroule dans un climat simple à résumer et difficile à gagner : les électeurs veulent sentir, dans leur quotidien, que la reprise économique a atteint le marché, le transport et le panier de base. À Lusaka, le débat n’oppose pas seulement un président sortant à son principal adversaire ; il met aussi à l’épreuve la promesse d’une amélioration tangible du coût de la vie, au moment où la monnaie, l’inflation et l’emploi restent au centre des conversations.

Le scrutin intervient dans un pays d’Afrique australe qui compte sur son cuivre, son agriculture et la stabilisation de ses finances publiques pour retrouver de l’élan. La Zambie sort d’années de tension sur la dette, a achevé une partie importante de sa restructuration et cherche encore un nouvel accord avec le Fonds monétaire international pour consolider sa trajectoire. Dans la région, la Zambie reste un signal important pour la SADC, la Communauté de développement d’Afrique australe, car elle incarne un cas où stabilité politique, discipline budgétaire et croissance minière avancent ensemble, ou échouent ensemble.

Un scrutin à 14 candidats, mais un duel très lisible

Le calendrier électoral fixé par la Commission électorale zambienne prévoit le premier tour de la présidentielle, des législatives, des municipales et des conseils de comté le jeudi 13 août 2026. Quatorze candidats ont été validés pour la course à la présidence, ce qui confirme un champ dispersé, mais la compétition reste dominée par deux noms : le chef de l’État Hakainde Hichilema et l’opposant Brian Mundubile.

Le pouvoir insiste sur la continuité. Hakainde Hichilema, réélu sortant en quête d’un second mandat, présente son action comme celle d’un pays sorti de la crise de la dette et revenu sur une trajectoire plus lisible. Son camp met en avant la décrue de l’inflation, passée sous la borne de la cible de la Banque de Zambie au printemps 2026, ainsi que la reconstruction des réserves internationales. La Banque centrale a indiqué en avril que l’inflation s’établissait à 6,8 %, dans une fourchette cible de 6 à 8 %. Le Fonds monétaire international a, lui aussi, noté une amélioration du cadre macroéconomique et une couverture d’environ 94 % du périmètre de restructuration de la dette.

Mais les chiffres macroéconomiques n’effacent pas les prix visibles tous les jours. À Lusaka comme dans les centres miniers du Copperbelt, beaucoup d’électeurs jugent la politique économique à l’aune de l’alimentation, du carburant et du transport urbain. Reuters décrivait déjà en juillet une campagne où le coût de la vie servait d’angle d’attaque à l’opposition, alors que le pays bénéficiait d’un redressement soutenu par les cours du cuivre et la restructuration de la dette. Dans ce contexte, Brian Mundubile cherche moins à contester le cap général qu’à convaincre que la reprise n’a pas encore été assez ressentie par les ménages.

Le bilan économique, entre reprise réelle et bénéfices inégalement perçus

La Zambie entre dans cette séquence avec de meilleurs indicateurs qu’au plus dur de la crise. L’inflation avait encore grimpé à 11,2 % en décembre 2025, puis est tombée à 9,4 % en janvier 2026, avant de descendre à 7,1 % en mars et 6,8 % en avril. Le mouvement est réel. Il s’explique en partie par l’appréciation du kwacha, l’amélioration des réserves et la reprise d’une certaine discipline budgétaire. Le pays n’est donc plus dans la logique de l’urgence absolue. Il est entré dans celle, politiquement plus exigeante, de la redistribution des fruits du redressement.

Ce passage compte beaucoup. Pour les autorités, la priorité consiste à transformer la stabilisation en emplois, en énergie disponible et en valeur ajoutée locale, notamment autour du cuivre. L’IMF a d’ailleurs souligné que des progrès dans la valeur ajoutée minière, la levée des contraintes énergétiques et l’attractivité de secteurs comme l’agrobusiness, le tourisme et le textile soutiendraient l’activité intérieure. Pour les ménages, l’enjeu est plus immédiat : un salaire qui achète davantage, des denrées plus abordables et une facture d’électricité moins imprévisible. Entre les deux, les opérateurs informels, les petits commerçants et les transporteurs urbains absorbent souvent les à-coups avant tout le monde.

La portée politique de ce scrutin dépasse largement la rivalité personnelle entre deux camps. La Zambie a servi de laboratoire à la sortie d’un défaut souverain africain et à la reconstitution d’un compromis avec les créanciers. Si la majorité sortante est reconduite, elle pourra revendiquer la continuité d’un redressement encore fragile. Si l’opposition progresse fortement, le message sera différent : la stabilité macroéconomique ne suffit pas, à elle seule, à fabriquer l’adhésion populaire. Dans les deux cas, le vote dira quelque chose d’important sur une tendance plus large en Afrique australe : les électeurs y demandent de plus en plus des preuves concrètes, pas seulement des promesses de bonne gestion.

Il faudra aussi surveiller le déroulement logistique du scrutin. La Commission électorale a déjà organisé la séquence de dépôt des candidatures et le pays s’apprête à voter dans une journée unique, le 13 août, avec une fermeture des bureaux à 18 heures. Une élection bien tenue renforcerait la crédibilité institutionnelle de Lusaka dans l’espace SADC, où plusieurs pays observent de près la capacité des alternances à se dérouler sans contestation durable. Pour la Zambie, l’enjeu n’est pas seulement de choisir un président. Il est de confirmer qu’une économie en redressement peut aussi produire une compétition politique lisible, apaisée et acceptée.