Pour une entreprise de Sidi Bouzid ou une famille de l’intérieur tunisien, une route plus fiable peut réduire le temps et le coût des déplacements. Mais une infrastructure, à elle seule, ne crée ni emplois ni services. C’est à cette condition que les investissements annoncés pour 2027 pourront contribuer à réduire les écarts entre les régions.
Relier les régions sans promettre de raccourci économique
La Tunisie concentre une part importante de ses activités et de ses connexions dans les zones côtières. Les routes reliant les gouvernorats de l’intérieur aux pôles économiques, aux marchés et aux services publics sont donc un enjeu d’aménagement du territoire. La modernisation du réseau s’inscrit aussi dans les ambitions de développement régional inscrites au plan tunisien 2026-2030, tandis que l’Union du Maghreb arabe reste un cadre régional de coopération, malgré une intégration économique limitée.
Le réseau routier classé tunisien compte environ 19 750 kilomètres, dont 12 750 kilomètres revêtus, selon le ministère de l’Équipement. À cela s’ajoutent environ 13 000 kilomètres de pistes rurales. Ces chiffres donnent l’échelle du défi : entretenir et améliorer un réseau étendu, tout en rendant les liaisons utiles aux habitants et aux activités économiques.
Le projet de budget économique pour 2027 prévoit 32,6 milliards de dinars d’investissements, contre 28,6 milliards en 2026, soit une progression annoncée de 14,1 %. Il s’agit d’investissements globaux, et non de la seule dépense de l’État. Dans cette enveloppe, 1,2 milliard de dinars serait consacré aux infrastructures routières, selon les informations communiquées sur le projet. Ces montants restent des prévisions : leur traduction dépendra des arbitrages budgétaires et de l’avancement des chantiers.
Des chantiers entre Tunis, le centre et le nord-ouest
Parmi les projets programmés figure l’autoroute Tunis-Jelma, longue d’environ 186 kilomètres. Elle doit relier la capitale à Jelma, dans le gouvernorat de Sidi Bouzid, en passant notamment par Zaghouan et Kairouan. Certains tronçons sont annoncés pour 2027, tandis que d’autres travaux doivent se poursuivre au-delà. La route nationale 13, entre Sfax, Sidi Bouzid et Kasserine, figure également parmi les axes concernés par des travaux de dédoublement.
Ces liaisons pourraient faciliter le transport de marchandises et les déplacements des travailleurs. Elles peuvent aussi rapprocher les habitants des établissements de santé, de formation ou d’administration. Toutefois, les gains ne seront pas identiques pour tous : les entreprises proches des axes et les usagers réguliers peuvent en bénéficier directement, tandis que les localités éloignées dépendront de la qualité des raccordements et des pistes secondaires.
Un financement extérieur complète l’effort budgétaire annoncé. Le 27 octobre 2026, la Tunisie a signé avec le Fonds arabe pour le développement économique et social deux accords totalisant 432 millions de dinars. Le paquet finance notamment l’autoroute Bou Salem-Fernana et l’aménagement de pistes rurales. Le Fonds précise que 30 millions de dinars koweïtiens sont affectés à l’axe autoroutier, et 15 millions aux logements ruraux ; les médias tunisiens indiquent que les pistes concernées s’étendent sur 253 kilomètres dans 21 gouvernorats.
Quelques semaines auparavant, la Banque islamique de développement avait approuvé 335,49 millions d’euros pour prolonger le réseau autoroutier vers Le Kef et Jendouba, dans le nord-ouest. Ces deux concours ne doivent pas être confondus : ils ciblent des projets et des régions distincts. Leur ampleur rappelle aussi que le financement des infrastructures repose sur des prêts, dont les conditions et le calendrier de remboursement comptent pour les finances publiques.
La connexion ne suffit pas à rééquilibrer le territoire
Une route praticable peut réduire les coûts logistiques et aider les producteurs à accéder aux marchés. Elle peut soutenir le tourisme intérieur, les services et les échanges entre gouvernorats. Mais ces effets restent liés à l’activité locale : sans zones de production, transports collectifs, services publics et débouchés, une meilleure connexion risque surtout de faciliter le départ des travailleurs et des consommateurs vers les grands pôles.
L’entretien sera tout aussi déterminant que la construction. Les retards, la dégradation des chaussées ou l’absence de routes de raccordement peuvent réduire rapidement l’utilité d’un nouvel axe. Les résultats dépendront donc de la capacité des administrations à achever les chantiers, assurer la maintenance et coordonner les investissements routiers avec les politiques agricoles, industrielles et locales.
Pour les habitants des villes et des campagnes, les bénéfices prendront des formes différentes. Les transporteurs et les entreprises formelles peuvent gagner du temps et de la prévisibilité. Les petits producteurs et les travailleurs de l’économie informelle dépendront davantage du coût des trajets, de l’accès aux pistes rurales et de la disponibilité de transports réguliers. L’indicateur décisif ne sera donc pas seulement le nombre de kilomètres livrés, mais la possibilité réelle de rejoindre un emploi, un marché ou un service.
Des annonces à l’exécution, le prochain test
La portée de ces projets dépasse les déplacements. Ils posent une question centrale pour la politique économique tunisienne : comment transformer les investissements en opportunités mieux réparties entre le littoral et l’intérieur ? La réponse exige de suivre les délais, les coûts, l’entretien et les effets sur l’activité des gouvernorats desservis, plutôt que de mesurer le succès au seul lancement des travaux.
Les prochaines étapes seront l’exécution des crédits de 2027 et l’avancement des projets autoroutiers et ruraux. Pour les Tunisiennes et les Tunisiens, l’enjeu est concret : que les nouveaux axes améliorent les trajets quotidiens et l’accès aux marchés sans laisser de côté les localités situées à l’écart des grands corridors.
Sources consultées : données du ministère tunisien de l’Équipement sur le réseau routier ; projets routiers et prévisions d’investissement pour 2027 ; informations sur l’autoroute Tunis-Jelma ; accords tuniso-FADES pour les routes et pistes rurales ; détail des financements publié par le Fonds arabe ; financement de la BID pour Le Kef et Jendouba.