En Tanzanie, la décision rendue le 6 novembre 2026 referme le procès pour trahison de Tundu Lissu sans le clore politiquement. La Haute Cour l’a acquitté de cette accusation, passible de la peine de mort, mais l’a condamné à quatre ans de prison pour incitation. Le sort du chef de Chadema se joue désormais autour d’une autre question : quelle place reste-t-il à une opposition organisée après une élection contestée et l’exclusion de son principal parti ?
Une condamnation moins lourde que l’accusation initiale
La Haute Cour, siégeant dans son antenne de Dar es Salaam, a estimé que l’accusation n’avait pas démontré que les propos de Lissu visaient à intimider le gouvernement. Elle l’a toutefois reconnu coupable d’incitation, une infraction subsidiaire prévue par l’article 390 du Code pénal. Le tribunal s’est appuyé sur une disposition de procédure qui permet de retenir une infraction moins grave que celle inscrite initialement dans l’acte d’accusation.
La peine annoncée est de quatre ans de prison. Le Guardian, média tanzanien, indique que l’infraction pouvait entraîner jusqu’à cinq ans d’emprisonnement, une amende ou les deux. Les comptes rendus de la décision confirment l’acquittement pour trahison et la condamnation pour incitation. Lissu conserve la possibilité de contester le jugement en appel, selon les informations disponibles sur la procédure.
Le président de Chadema, âgé de 58 ans, a été arrêté le 9 avril 2025 à la suite d’un rassemblement politique. Il avait appelé à réformer le système électoral et évoqué une action visant à empêcher le scrutin si ces changements n’étaient pas engagés. Le parquet a présenté ces déclarations comme une incitation à perturber les élections. Lissu a nié les accusations et dénoncé un procès à motivation politique.
Le scrutin de 2025, toile de fond du procès
Le conflit entre Chadema et les autorités portait aussi sur les règles électorales. En avril 2025, la commission électorale a écarté le parti du scrutin présidentiel et législatif après son refus de signer un code de conduite. Chadema estimait que ce texte ne répondait pas à ses demandes de réforme. Cette exclusion a privé les électeurs d’un choix politique majeur lors du vote d’octobre.
La présidente sortante Samia Suluhu Hassan a été déclarée réélue avec près de 98 % des suffrages. Le résultat et les conditions du scrutin ont été contestés, tandis que des manifestations ont éclaté après le vote. Une commission d’enquête créée par la présidence a ensuite recensé 518 morts dans les violences électorales et postélectorales. Associated Press a rapporté ce bilan, tout en précisant que le président de la commission jugeait le chiffre probablement incomplet. L’opposition avance un bilan bien supérieur, qui n’a pas été établi de manière indépendante.
Ces chiffres doivent donc rester attribués. Le bilan officiel ne désigne pas de responsables, et les estimations de l’opposition ne sont pas confirmées par une enquête indépendante accessible. Dans ce contexte, la condamnation de Lissu ne se réduit pas à un débat technique sur le Code pénal. Elle intervient alors que les conditions de compétition politique et le traitement des violences demeurent au cœur d’une crise de confiance.
Un enjeu pour l’opposition et les institutions
Pour les dirigeants de Chadema, le jugement laisse une marge d’action juridique, mais leur président reste détenu. Pour les militants et les électeurs, l’absence de Lissu pèse sur la capacité du parti à s’organiser et à porter ses revendications. L’impact se fait sentir au-delà de Dar es Salaam : la mobilisation électorale et l’accès à l’information concernent aussi les régions, où les citoyens dépendent souvent des réseaux locaux et des médias pour suivre les débats politiques.
La décision crée également un précédent sur l’usage d’une accusation de trahison lorsque la cour estime que l’intention requise n’a pas été prouvée, mais retient une infraction moins grave. Les juges ont considéré que les propos de Lissu avaient contribué à des actions destinées à perturber le scrutin. La défense conteste cette lecture. Un appel pourrait donc porter autant sur l’interprétation des déclarations que sur les garanties accordées à l’accusé pendant une longue détention.
Le dossier s’inscrit dans une trajectoire nationale tendue. Chadema avait déjà dénoncé des restrictions de ses activités et l’arrestation de son dirigeant a précédé son exclusion électorale. En parallèle, le bilan des violences de 2025 reste disputé. La commission d’enquête a établi un nombre de morts, mais n’a pas identifié de responsables. Les appels à des enquêtes plus complètes et à la reddition de comptes n’ont donc pas disparu avec la fin du procès pour trahison.
La Tanzanie dans le regard de l’Afrique de l’Est
La Tanzanie siège dans la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), un regroupement régional qui vise notamment à renforcer l’intégration économique et la coopération entre ses États membres. Les tensions électorales et les restrictions visant l’opposition ont une portée régionale : elles touchent la confiance dans les institutions, la circulation de l’information et la coopération politique entre voisins. Elles ne résument pas pour autant les trajectoires diverses des pays d’Afrique de l’Est.
La prochaine étape immédiate sera de savoir si Lissu et ses avocats interjettent appel, et selon quel calendrier. Le suivi de cette procédure dira si la justice peut réexaminer la condamnation et la peine. Plus largement, les observateurs attendront des réponses sur le bilan des violences électorales, la responsabilité des forces de sécurité et les conditions de participation aux futurs scrutins. À Dodoma, capitale politique du pays, ces questions concernent autant la stabilité institutionnelle que la représentation des électeurs tanzaniens.
Sources de contexte : compte rendu tanzanien de la condamnation et de la peine, The Guardian sur l’infraction retenue, document du Groupe de travail des Nations unies sur la détention de Lissu, Human Rights Watch sur l’arrestation et l’exclusion de Chadema et Associated Press sur le bilan de la commission d’enquête.