À Mogadiscio, former des spécialistes de l’intelligence artificielle ne suffit pas : encore faut-il leur permettre de travailler sur des projets concrets et de trouver leur place dans l’économie. Un partenariat entre l’université publique et une entreprise technologique veut précisément rapprocher ces deux étapes.
Relier les cours aux besoins du secteur technologique
Le 1er novembre 2026, le Centre national somalien d’intelligence artificielle (SNAIC), rattaché à l’Université nationale somalienne, et Tabaarak ICT Solutions ont signé un protocole de coopération. L’accord prévoit la création d’une Académie d’IA, des formations continues et des rencontres animées par des professionnels des deux institutions.
Les partenaires annoncent aussi des échanges de connaissances, des travaux de recherche et davantage de possibilités de stages. L’objectif est de faciliter le passage entre les études et l’emploi dans le secteur technologique. En revanche, aucune date d’ouverture, capacité d’accueil ou offre détaillée de cours n’a été communiquée. Ces éléments permettront de mesurer la portée réelle du projet.
Le partenariat a été signé lors d’un événement organisé à l’Université nationale somalienne, à Mogadiscio. Des étudiants y ont présenté dix projets liés à l’IA. Cette démonstration apporte un premier signe d’activité locale, mais ne renseigne pas encore sur leur financement, leur continuité ni leur usage par des entreprises ou des services publics.
Créé au sein de l’université, le SNAIC se présente comme un pôle de recherche, de formation et d’innovation. Il entend développer des solutions répondant aux priorités somaliennes. La collaboration avec une entreprise peut aider à confronter les travaux universitaires aux contraintes du terrain : données disponibles, besoins des clients, coûts de déploiement et maintenance.
Des bases nationales encore à consolider
La Somalie construit son écosystème numérique dans un contexte où les compétences, les infrastructures et les règles publiques restent des enjeux étroitement liés. L’indice Government AI Readiness Index 2025 d’Oxford Insights évalue la capacité des gouvernements à tirer parti de l’intelligence artificielle. Il classe la Somalie au 164e rang sur 195 pays, avec un score de 21,82 sur 100. Ce classement mesure plusieurs dimensions, notamment les institutions, les infrastructures et les compétences ; il ne décrit pas à lui seul les initiatives conduites par les étudiants, les entreprises ou les universités.
En mai 2026, le ministère somalien des Communications et de la Technologie indiquait travailler avec l’UNESCO à une évaluation nationale de la préparation à l’IA. Le diagnostic doit examiner les capacités institutionnelles, la gouvernance des données, les questions réglementaires et les compétences. Il pourrait éclairer l’élaboration d’un cadre national, mais les informations disponibles ne précisent pas encore son calendrier de publication ni ses recommandations finales.
Cette démarche rejoint une difficulté plus large : former des talents ne produit des résultats durables que si les diplômés disposent d’équipements, de données adaptées, d’enseignants spécialisés et de débouchés. Les stages annoncés peuvent donner une première expérience professionnelle. Toutefois, leur nombre, leur rémunération et les entreprises participantes ne sont pas connus. Sans ces précisions, les étudiants de Mogadiscio et des autres régions ne peuvent pas encore évaluer l’accès concret au programme.
Pour les entreprises, le partenariat ouvre la possibilité de repérer des profils et de développer des projets avec le milieu universitaire. Pour l’université, il peut faire évoluer les cours au contact des usages professionnels. Mais l’équilibre compte : la recherche ne doit pas se réduire aux besoins immédiats d’un employeur. Elle doit aussi contribuer à des outils utiles au pays et à une adoption responsable de la technologie.
Un enjeu qui dépasse les campus
À l’échelle régionale, la Somalie est membre de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), organisation de coopération de la Corne de l’Afrique. En septembre 2026, l’IGAD a appelé ses États membres à élaborer un cadre régional pour l’IA. Les discussions portent notamment sur des usages possibles dans l’agriculture, la santé et l’anticipation des risques climatiques, ainsi que sur la maîtrise des données et la responsabilité des systèmes.
Cette dimension régionale importe pour la Somalie : les formations, les normes et les projets de recherche peuvent gagner en portée si les institutions échangent au-delà des frontières. Mais une coopération utile suppose aussi que les priorités locales — langues, services publics, activités économiques et réalités des différentes régions — ne soient pas écartées au profit de solutions conçues ailleurs.
Le débat rejoint enfin celui de l’Union africaine, qui encourage les États à structurer des politiques d’IA responsables et adaptées à leurs sociétés. Pour Mogadiscio, les prochaines étapes seront très concrètes : préciser le lancement de l’Académie, publier les modalités de formation et de stage, puis relier ces activités au diagnostic national en cours. C’est à ces résultats que l’on pourra juger si le protocole transforme une annonce en filière de compétences durable.
Le Centre national somalien d’intelligence artificielle de l’Université nationale somalienne présente ses missions de recherche et de formation. Oxford Insights détaille son indice 2025 de préparation gouvernementale à l’IA. L’IGAD a également exposé ses priorités dans une consultation régionale sur un cadre de coopération en intelligence artificielle.