À Bunia, la réponse à Ebola se joue désormais sur deux fronts : contenir la transmission et maintenir les équipes sur le terrain. Dans cette ville de l’Ituri, les besoins dépassent les seuls centres de traitement. Ils concernent aussi la sécurité, le suivi des contacts, la confiance des habitants et le financement durable des opérations.

Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’est rendu les 2 et 3 octobre 2026 en République démocratique du Congo, à Kinshasa puis à Bunia. Cette visite intervient alors que l’épidémie, déclarée le 15 mai, est devenue la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays.

Une flambée qui reste concentrée dans l’est congolais

La maladie est provoquée par le virus Ebola Bundibugyo. Il s’agit d’une souche différente de celle qui avait marqué les précédentes grandes flambées en Afrique de l’Ouest et dans l’est de la RDC. L’Organisation mondiale de la santé précise qu’aucun vaccin ni traitement spécifique n’est actuellement homologué contre cette souche, même si des essais sont envisagés.

L’Ituri demeure l’épicentre de la transmission. Le foyer initial est apparu dans la zone de santé de Mongbwalu, avant de s’étendre à d’autres territoires. Selon l’OMS, l’épidémie touchait, début septembre, 61 zones de santé réparties dans six provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé, la Tshopo et le Bas-Uélé.

Les autorités congolaises ont annoncé, au 1er octobre, 8 300 cas confirmés et 4 018 décès depuis le début de la flambée. Elles recensent également 2 162 guérisons, pour une létalité de 48,4 %. Ces chiffres ont été rapportés par l’Associated Press. Les données de l’OMS publiées le 10 septembre faisaient déjà état de 6 757 cas confirmés et de 3 267 décès au 7 septembre, confirmant une progression rapide.

Paris promet de renforcer son soutien

À Bunia, Jean-Noël Barrot a visité le centre de traitement Ebola de Rwampara, installé en périphérie de la capitale provinciale. La structure a été construite par l’organisation médicale Alima, avec un appui financier français. Le ministre a déclaré vouloir témoigner du soutien de la France et annoncer son renforcement.

La France a consacré 13,4 millions d’euros à la riposte entre janvier et juillet 2026, selon les éléments communiqués lors de la visite. Le déplacement du ministre français est le premier d’un chef de la diplomatie européen en RDC depuis le début de l’épidémie, d’après le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères.

« Les virus ne connaissent pas les frontières », a déclaré Jean-Noël Barrot lors de son déplacement. Cette remarque prend une portée particulière dans une région où les déplacements de population, les échanges commerciaux et les activités minières relient l’Ituri aux provinces voisines et à l’Ouganda.

Le centre de Rwampara affichait un taux d’occupation de 24 % au moment de la visite, selon un représentant d’Alima cité dans les informations disponibles. Ce niveau ne signifie pas que la pression a disparu. Il peut aussi refléter les déplacements du foyer épidémique, les difficultés d’orientation des patients et les limites du dépistage dans les zones éloignées.

La sécurité et la confiance compliquent la riposte

La progression du virus ne dépend pas uniquement de la capacité des centres de traitement. Les équipes doivent identifier les contacts, enquêter sur les alertes, transporter les patients et organiser des enterrements sécurisés. Or, ces opérations se déroulent dans une province marquée par l’insécurité et les déplacements de population.

L’OMS décrit un environnement combinant violences armées, mouvements transfrontaliers et présence de communautés déplacées. Dans ce contexte, les agents de santé ne peuvent pas toujours accéder aux localités concernées. Les attaques contre les équipes et les installations médicales ont également perturbé la réponse.

À cela s’ajoutent les tensions sociales autour de la gestion de l’épidémie. Des agents de santé ont protesté contre le retard du paiement de leurs primes. Le 2 octobre, l’Associated Press a rapporté qu’un centre de traitement avait été incendié et que des travailleurs réclamaient le règlement de sommes dues. Sans personnel disponible et correctement rémunéré, la surveillance épidémiologique perd rapidement en efficacité.

La confiance des habitants constitue un autre enjeu central. Dans plusieurs zones, les familles hésitent à signaler les symptômes ou à accepter le transfert d’un proche. Cette défiance ne peut pas être réduite à un refus des soins. Elle s’alimente aussi par l’insécurité, les rumeurs, les expériences de prise en charge et le manque de visibilité sur les décisions sanitaires.

Kinshasa et Paris élargissent leur coopération

Avant de rejoindre l’Ituri, Jean-Noël Barrot a rencontré le président Félix Tshisekedi à Kinshasa. Les échanges ont porté sur la coopération bilatérale, la situation sécuritaire et la réponse à Ebola. Le ministre français a également demandé que la justice avance dans l’enquête sur la mort de Karine Buisset, une humanitaire française tuée à Goma en mars 2026.

Les deux pays ont par ailleurs annoncé un projet de 1,3 million d’euros consacré à l’accès à la justice pour les victimes de violences sexuelles liées au conflit. Ce volet rappelle que la crise sanitaire se déroule dans un espace où les urgences humanitaires, judiciaires et sécuritaires se superposent.

Un dossier qui dépasse les frontières de la RDC

La proximité de l’Ouganda impose une coordination régionale étroite. L’épidémie a déjà donné lieu à une coopération transfrontalière entre les autorités congolaises, ougandaises, l’OMS et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies. Les contrôles sanitaires, le partage des données et la continuité des soins doivent suivre les itinéraires réels des populations, et non les seules limites administratives.

Pour la RDC, l’enjeu immédiat consiste à réduire la transmission dans l’Ituri tout en empêchant de nouveaux foyers de se consolider au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, dans le Haut-Uélé, la Tshopo et le Bas-Uélé. Pour les partenaires internationaux, la question est celle d’un financement suffisamment long pour soutenir les équipes, les laboratoires, les centres de soins et l’engagement communautaire.

La conférence humanitaire prévue à Paris le 6 octobre donnera une première indication sur les engagements financiers à venir. Mais le résultat se mesurera surtout sur le terrain : présence régulière des agents, paiement des équipes, accès aux zones isolées et capacité des autorités à associer les communautés à chaque étape de la riposte.