Une relance attendue, mais sous tension

À Mbuji-Mayi, la question n’est plus seulement de savoir comment remettre la MIBA sur pied. Elle est aussi de savoir qui paiera, selon quelles règles, et avec quelle garantie de transparence. Dans une province où la société diamantifère reste un symbole économique et social, chaque blocage se répercute bien au-delà des bureaux de Kinshasa.

La Minière de Bakwanga traverse une phase délicate depuis des années. L’entreprise, installée dans le Kasaï-Oriental, a vu sa production s’effondrer, tandis que ses dettes, ses arriérés de salaires et les débats sur sa gouvernance ont pris le dessus sur l’activité minière elle-même. Le gouvernement congolais, qui cherche à relancer ce fleuron du diamant, mise désormais sur une recapitalisation censée accompagner un plan minimum de relance chiffré à 70 millions de dollars.

Un bras de fer entre actionnaires

Le cœur du dossier est juridique et capitalistique. L’État congolais détient 80 % de la MIBA, tandis qu’ASA Resources Group possède les 20 % restants. ASA a saisi le Tribunal de commerce de Kinshasa-Gombe pour contester les résolutions adoptées lors de l’assemblée générale extraordinaire du 21 mai 2026 et demander la suspension du processus de recapitalisation. L’entreprise dit vouloir empêcher une dilution de sa participation avant que les engagements convenus entre actionnaires ne soient respectés.

Selon les informations publiées le 27 juillet 2026, la souscription ouverte à ASA lui demanderait d’apporter 27,508 milliards de francs congolais, soit environ 12 millions de dollars au taux indicatif de la date, sur une opération globale évaluée à 137,54 milliards de francs congolais, soit près de 60,7 millions de dollars. Le délai de souscription courait jusqu’au 27 août 2026.

ASA soutient toutefois qu’une augmentation de capital n’avait de sens qu’après plusieurs préalables : audit général, inventaire du patrimoine, désignation d’un cabinet indépendant et amélioration de la gouvernance. Cette ligne de défense n’est pas isolée. Dès la fin mai 2026, le président du conseil d’administration de la MIBA, Jean-Charles Okoto, évoquait lui-même un audit général, un inventaire du patrimoine et la validation d’un plan minimum de relance avant toute utilisation des fonds.

Le poids des chiffres et des arriérés

Le désaccord sur la recapitalisation ne peut pas être séparé de la crise sociale. Le 14 août 2026, des travailleurs ont organisé un sit-in à Mbuji-Mayi pour réclamer huit mois d’arriérés de salaires, de janvier à août. D’autres évoquent des retards plus anciens encore, qui pèsent sur la confiance interne et sur la capacité de l’entreprise à redémarrer sans apaisement social.

Cette situation est d’autant plus sensible que le gouvernement avait déjà annoncé, en 2024, une enveloppe de 50 millions de dollars pour la relance de la MIBA, avant que le plan minimum de relance ne soit évalué à 70 millions de dollars par les services de la présidence. Le document officiel précise aussi un objectif de montée en puissance à partir de 2026, avec une production annuelle estimée à 2,438 millions de carats et un chiffre d’affaires théorique d’environ 58,95 millions de dollars. Le nouvel épisode judiciaire donne donc l’image d’une entreprise où les annonces financières, les conditions de gouvernance et la trésorerie ne racontent pas toujours la même histoire.

Le dossier révèle également un écart entre les besoins affichés et les montants effectivement mobilisés. Si l’augmentation de capital documentée couvre environ 60,7 millions de dollars, elle ne suffit pas à elle seule à financer les 70 millions de dollars du plan de relance gouvernemental. Autrement dit, la recapitalisation n’est qu’un morceau du puzzle. Le reste dépendra d’autres ressources, d’un calendrier crédible et d’une exécution que les actionnaires contestent déjà.

Ce que ce conflit dit de la gouvernance minière

Au-delà du cas MIBA, le débat touche un sujet central pour la RDC : la capacité de l’État à redresser une entreprise stratégique sans fragiliser davantage la confiance des partenaires ni celle des travailleurs. Le pays sort d’une longue séquence où plusieurs sociétés publiques ou à participation publique ont été appelées à reprendre leur souffle, souvent avec des promesses de recapitalisation, de réformes et de traçabilité. La MIBA devient ici un test de méthode autant qu’un test financier.

Pour le pouvoir central, l’enjeu est double. Il faut préserver un actif industriel emblématique dans le Grand Kasaï, tout en montrant que les fonds ne seront pas absorbés par des tensions internes ou par des pratiques de gestion contestées. Pour ASA, l’enjeu est différent : il s’agit de défendre ses droits d’actionnaire et d’éviter qu’une opération décidée sans conditions préalables ne fasse perdre toute valeur à sa part. Pour les salariés, enfin, le sujet est immédiat : salaires, arriérés, continuité du travail et survie économique des ménages.

Dans le Kasaï-Oriental, la MIBA ne représente pas seulement une société minière. Elle pèse sur l’emploi local, sur le commerce autour de Mbuji-Mayi et sur la perception même de la présence économique de l’État dans une région longtemps décrite comme enclavée. Les visites récentes du président Félix Tshisekedi à Mbuji-Mayi ont d’ailleurs remis la relance de la MIBA au centre du discours public, aux côtés des routes, de l’énergie et des infrastructures.

Une affaire congolaise, mais un signal régional

Le dossier MIBA dépasse la seule RDC parce qu’il concentre plusieurs questions que connaissent aussi d’autres pays africains producteurs de minerais : comment recapitaliser une entreprise stratégique sans effacer les droits des partenaires ; comment financer la relance industrielle sans opacité ; comment concilier promesses politiques, discipline juridique et paix sociale. En Afrique centrale, où la CEMAC cherche encore à renforcer l’intégration économique, ce type de conflit rappelle qu’une entreprise publique solide reste d’abord une affaire de gouvernance, de confiance et de calendrier.

La suite dépendra de plusieurs jalons très concrets : la décision du tribunal de commerce de Kinshasa-Gombe, l’éventuelle clarification sur la souscription d’ASA, et surtout la manière dont l’État congolais arbitrera entre urgence sociale et rigueur procédurale. Tant que ces points ne seront pas tranchés, la relance de la MIBA restera suspendue entre espoir industriel et contentieux d’actionnaires.