En Ouganda, produire assez d’électricité ne garantit pas que chaque foyer puisse en bénéficier. Le défi des prochaines années sera moins d’ajouter des mégawatts que de relier les villages, de financer les raccordements et de rendre le courant accessible.

Le Pacte national de l’énergie lancé à Kampala le 22 octobre 2026 fixe une cible ambitieuse : porter l’accès à l’électricité à 85 % de la population d’ici 2030. Il vise aussi 50 % d’accès à des solutions de cuisson propre. Ces objectifs s’inscrivent dans Mission 300, initiative de la Banque africaine de développement et de la Banque mondiale destinée à raccorder 300 millions de personnes supplémentaires en Afrique d’ici la fin de la décennie.

Un réseau en expansion, mais des écarts persistants

La capacité installée de l’Ouganda a atteint environ 2 098 mégawatts à la fin de 2025. Les énergies renouvelables en représentent 95,2 %, surtout grâce aux barrages hydroélectriques. Le pays dispose également de 5 383 kilomètres de lignes de transport à haute tension. Ces chiffres témoignent d’un secteur qui s’est développé, mais ils ne disent pas à eux seuls qui peut réellement utiliser cette énergie.

Les écarts restent importants entre les villes et les campagnes. Le pacte situe l’accès à environ 80 % en milieu urbain, contre 43 % dans les zones rurales. Un raccordement éloigné du réseau coûte davantage à réaliser. Pour les ménages, le prix du branchement et celui de l’électricité peuvent aussi limiter l’usage, même lorsque des infrastructures passent à proximité.

La distribution constitue un autre point de tension. L’Autorité ougandaise de régulation de l’électricité fait état de pertes de 18,1 % sur le réseau de distribution en 2025, contre 16,7 % en 2024. Réduire ces pertes et renforcer les lignes est essentiel : davantage de production ne suffit pas si le courant se perd avant d’atteindre les clients.

La progression du réseau doit aussi s’adapter à des besoins différents. Dans les quartiers urbains et les zones industrielles, la demande peut justifier des renforcements de lignes et de postes électriques. Pour les localités éloignées, des mini-réseaux ou des installations solaires individuelles peuvent être plus adaptés. Ces systèmes décentralisés produisent ou distribuent l’électricité près des usagers, sans attendre l’extension du réseau national.

Le pacte mise sur plusieurs voies d’accès

Le plan prévoit de densifier le réseau existant, de déployer 2 712 mini-réseaux et de porter à six millions le nombre de systèmes solaires individuels d’ici 2030. L’objectif annoncé est de fournir un accès supplémentaire à plus de 13 millions de personnes. Ces solutions ne sont pas interchangeables : le réseau peut soutenir des usages plus puissants, tandis que le solaire individuel répond surtout à des besoins domestiques de base.

La cuisson propre constitue un enjeu distinct, mais lié à l’accès à l’énergie. Le pacte veut atteindre une couverture de 50 % de la population à l’horizon 2030. Le terme désigne des modes de cuisson moins polluants que les combustibles traditionnels. Il faudra donc développer des équipements et des approvisionnements que les ménages peuvent réellement adopter et payer, et pas seulement annoncer une cible nationale.

La feuille de route estime à 17,7 milliards de dollars les investissements nécessaires. Environ 9,4 milliards devraient provenir de capitaux privés. Cette part rend décisifs la préparation des projets, la stabilité des règles et la capacité à transformer des annonces en financements disponibles. Le pacte prévoit aussi 2 500 mégawatts de capacités de production opérationnelles en 2030, ainsi qu’un portefeuille de projets de 5 800 mégawatts devant atteindre la clôture financière avant cette date.

La question du financement et de l’exécution

La clôture financière marque le moment où un projet a réuni les financements et accords nécessaires pour avancer vers sa réalisation. Elle ne signifie donc pas que la centrale ou la ligne est déjà construite. La distinction compte : les objectifs de capacité annoncés ne deviendront une offre utile que si les projets franchissent les étapes de financement, de construction et de raccordement.

Le lancement du pacte a réuni le gouvernement ougandais et la Banque africaine de développement, qui indique qu’un dispositif de suivi doit être établi au sein du ministère de l’Énergie. Un premier rapport semestriel est attendu en décembre 2026. Ce suivi permettra de vérifier si les financements privés se concrétisent et si les connexions progressent dans les zones aujourd’hui moins bien desservies.

Pour les familles rurales, le résultat se mesurera à la possibilité d’éclairer leur logement, de conserver des aliments ou de faire fonctionner une petite activité. Pour les entreprises, la fiabilité de l’alimentation électrique pèse sur les coûts et la production. Pour l’État, l’enjeu est aussi de limiter les pertes du réseau et de coordonner les investissements dans la production, le transport et la distribution.

Un test pour l’intégration énergétique régionale

L’Ouganda inscrit cette stratégie dans un cadre régional : celui de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), qui rassemble plusieurs pays voisins et encourage la coopération économique. Les infrastructures électriques et les échanges d’énergie peuvent soutenir cette intégration, mais la priorité du pacte reste l’accès à l’intérieur du pays. Les avancées régionales ne remplaceront pas les raccordements locaux ni les investissements dans le dernier kilomètre.

Le calendrier de Mission 300 donne au pacte une portée qui dépasse Kampala. D’autres pays africains ont eux aussi défini des engagements nationaux dans le cadre de l’initiative. Pour l’Ouganda, le premier indicateur à surveiller sera le rapport annoncé pour décembre 2026, puis la traduction des engagements financiers en chantiers et en connexions effectives. Le taux national ne suffira pas : sa progression devra aussi réduire l’écart entre les villes et les campagnes.

Fin 2025, les renouvelables représentaient déjà 95,2 % de la capacité électrique installée du pays, selon l’Autorité ougandaise de régulation de l’électricité. Les pertes de distribution de 2025 sont établies à 18,1 %, d’après ses données sur les achats, ventes et pertes d’énergie. Les modalités et objectifs du pacte ont été présentés par la Banque africaine de développement.