Une stratégie nationale sur l’intelligence artificielle ne se résume pas à choisir des outils. Elle engage aussi des décisions sur les données, les compétences, les infrastructures et les règles qui encadrent leur usage. Pour l’Ouganda, l’enjeu est de transformer les discussions avec l’Égypte en choix adaptés aux besoins du pays.
Une coopération encore à formaliser
Le 29 octobre 2026, au Caire, la ministre d’État ougandaise chargée des Technologies de l’information et de la communication, Joyce Ssebugwawo, a rencontré le ministre égyptien des Communications et des Technologies de l’information, Raafat Hendy. Les échanges ont porté sur la transformation numérique, la formation, l’innovation et l’intelligence artificielle.
Les deux gouvernements ont évoqué un cadre de coopération et la préparation d’une feuille de route. Un mémorandum d’entente pourrait ensuite formaliser leur partenariat. À ce stade, aucun accord n’a été annoncé comme signé. Le ministère égyptien présente la visite comme une première étape, comprenant également des séances de travail et des visites d’institutions numériques.
La délégation ougandaise s’est notamment intéressée à l’expérience égyptienne en matière de services publics numériques, d’identité numérique, de paiements électroniques et d’échange de données entre administrations. Ces outils reposent sur des infrastructures concrètes : réseaux, systèmes sécurisés et personnels capables de les faire fonctionner.
Kampala prépare un cadre plus large que l’IA
En Ouganda, les travaux de consultation sur une stratégie nationale consacrée à l’IA et aux technologies émergentes ont été conduits par le ministère des Technologies de l’information et de l’Orientation nationale, avec l’Autorité nationale des technologies de l’information (NITA-U) et l’organisation AI Uganda.
Les consultations engagées en 2026 ont associé des administrations, des universités, des entreprises et des acteurs de l’innovation. Le périmètre s’est élargi au-delà de l’intelligence artificielle, pour inclure notamment la blockchain, l’informatique en nuage, l’analyse de données massives et l’informatique quantique. L’objectif est de définir comment ces outils pourraient servir des secteurs tels que l’agriculture, la santé, l’éducation, le tourisme et l’industrie manufacturière.
Un rapport d’évaluation de la préparation de l’Ouganda à l’IA, élaboré avec l’UNESCO et validé en mai 2026, relève un écosystème en développement, avec des institutions de recherche et des pôles d’innovation. Il identifie aussi des besoins en réglementation spécifique, en infrastructures numériques, en culture de l’IA et en gouvernance des données. Ces constats montrent que la stratégie devra traiter des conditions d’accès et de contrôle, pas seulement encourager l’adoption technologique.
Les prochaines étapes nationales restent déterminantes : l’exécutif devra examiner le projet, préciser ses priorités et établir comment les mesures seront financées et appliquées. Les informations publiques consultées ne permettent pas de confirmer qu’une version définitive a été approuvée par le Conseil des ministres.
L’expérience égyptienne, un point de comparaison
L’Égypte dispose de plusieurs années d’expérience institutionnelle. Elle a créé un Conseil national de l’intelligence artificielle en 2019, puis lancé sa première stratégie en 2020. Une deuxième édition couvre la période 2025-2030. En 2023, le pays a également adopté une charte pour une utilisation responsable de l’IA.
Cette trajectoire offre à Kampala des exemples de coordination publique, de formation et de soutien à la recherche. Elle ne constitue toutefois pas un modèle à reproduire à l’identique. Les moyens disponibles, les besoins des administrations et les réalités économiques diffèrent. La coopération ne sera utile que si les outils retenus répondent aux priorités ougandaises et tiennent compte des capacités locales.
La question des bénéfices concrets se pose aussi à l’intérieur du pays. Les administrations centrales et les entreprises formelles peuvent plus facilement accéder aux services numériques que les petites structures ou les habitants de zones moins bien connectées. Dans l’agriculture, par exemple, une application d’IA n’aura d’utilité que si les agriculteurs peuvent accéder à des données fiables, à une connexion abordable et à un accompagnement adapté.
La gestion des données appelle une attention comparable. Les systèmes utilisés dans la santé ou les services publics peuvent faciliter certaines tâches, mais ils soulèvent aussi des questions de confidentialité, de sécurité et de responsabilité en cas d’erreur. Une stratégie devra donc préciser qui collecte les données, qui peut les consulter et quelles voies de recours existent pour les personnes concernées.
Un enjeu régional de compétences et de gouvernance
L’Ouganda est membre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), organisation régionale qui réunit plusieurs pays autour de la coopération économique et politique. Pour Kampala, le développement de compétences en IA et de règles compatibles avec ses échanges régionaux peut faciliter la circulation des services numériques. Mais les choix nationaux resteront décisifs : la région ne dispose pas d’une stratégie unique qui remplacerait les cadres de chaque État.
À l’échelle africaine, cette démarche pose une question plus vaste : comment développer des technologies utiles sans dépendre uniquement de solutions conçues ailleurs, ni creuser les écarts d’accès entre pays et entre populations ? Le partage d’expérience entre l’Égypte et l’Ouganda peut contribuer à cette réflexion, à condition que la coopération débouche sur des projets précis, des compétences transférées et des règles compréhensibles.
Les signes à suivre seront donc la publication ou l’approbation de la stratégie ougandaise, le contenu de la feuille de route bilatérale et la signature éventuelle du mémorandum. Ils permettront de distinguer une volonté de coopération d’engagements opérationnels, et de voir quelle place seront réellement accordées aux besoins des usagers, à la protection des données et aux compétences locales.