Dans les campagnes de l’Arsi, en Oromia, la sécurité des habitants se mesure parfois à une question immédiate : peuvent-ils rester chez eux après la tombée du jour ? Deux attaques meurtrières en octobre ont ravivé cette inquiétude. Elles frappent des civils et déplacent des familles, tandis que leur attribution reste contestée.
Deux attaques, des bilans qui ne couvrent pas le même périmètre
Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo a annoncé au moins 60 morts dans deux attaques distinctes, les 20 et 24 octobre 2026, dans la zone d’Arsi, au sein de la région d’Oromia. Selon son communiqué, 14 personnes ont été tuées à Gora Silingo, dans le district de Merti, puis 46 autres à Tereta, Chole et Birbo, dans celui de Shirka. L’Église fait aussi état de plus de 20 blessés graves.
Pour les localités de Chole et Birbo, des habitants interrogés par le média éthiopien The Abay Times ont avancé un bilan de 48 morts au 26 octobre, après des attaques commencées le 24 et poursuivies le lendemain. Ce chiffre concerne ces deux localités et ne contredit donc pas nécessairement le total de 60 annoncé par l’Église pour les deux épisodes de Merti et Shirka. Les témoignages évoquent des victimes civiles, dont des femmes, des personnes âgées et des enfants. Ces détails n’ont pas tous été vérifiés de façon indépendante.
Les récits des habitants décrivent des assaillants armés et des familles prises au dépourvu. L’Église affirme que 20 maisons ont été incendiées lors de la série d’attaques. Des habitants ont fui ou se sont cachés, selon les témoignages recueillis localement. Ces éléments dessinent un impact qui dépasse le bilan humain : perte de logements, déplacements et accès plus difficile aux soins dans des zones rurales.
Une attribution encore incertaine
Les autorités régionales ont attribué les violences à un groupe qu’elles désignent comme « Tsimdo », selon The Abay Times. Un responsable local cité dans la matière initiale mettait en cause une coalition rebelle récemment formée, comprenant l’Armée de libération oromo (OLA). Ces appellations et accusations ne sont pas établies par une enquête indépendante rendue publique. L’OLA, qui combat le gouvernement depuis 2018, a nié par le passé être responsable d’attaques contre des civils ; aucune preuve vérifiée ne permet ici de lui attribuer ces faits.
La distinction importe. Dans une région où plusieurs groupes armés opèrent, reprendre l’accusation d’une seule partie comme un fait établi pourrait exposer davantage les civils et brouiller les responsabilités. Une enquête impartiale doit établir qui a attaqué, comment les forces de sécurité ont réagi et si les alertes préalables ont été prises en compte. L’Associated Press a décrit l’accès restreint des journalistes et des organisations de défense des droits à certaines zones d’Oromia, ce qui complique la vérification indépendante des événements.
Le Synode affirme avoir signalé à plusieurs reprises aux autorités les problèmes de sécurité et réclame la protection des habitants ainsi que des poursuites contre les responsables. Le gouvernement régional a promis d’agir, mais les informations consultées ne précisent pas quelles mesures concrètes ont été prises sur place après les attaques. Le décalage entre les alertes et la capacité à protéger les villages est désormais au cœur des demandes de l’Église et des habitants.
Un conflit local aux conséquences nationales
L’Oromia est la plus grande région d’Éthiopie et abrite une population diverse. Le conflit entre l’État fédéral et l’OLA s’inscrit dans des tensions plus larges autour de l’autonomie, de la représentation politique et de la sécurité. Il ne résume pas, à lui seul, les violences de la région. L’Associated Press rapporte aussi des abus attribués à des forces gouvernementales, à des groupes armés et à des acteurs criminels. Cette pluralité oblige à documenter les responsabilités au cas par cas.
La dimension religieuse est centrale dans les témoignages de l’Église et de certains habitants, qui décrivent des attaques visant des fidèles orthodoxes. Mais les sources locales rapportent aussi des violences contre des musulmans et des tensions mêlant facteurs ethniques, politiques et religieux. Ces éléments ne justifient ni ne minimisent les meurtres. Ils rappellent plutôt qu’une explication unique ne suffit pas à rendre compte des rapports de force et des expériences des communautés.
Pour les familles rurales, les conséquences sont immédiates : quitter une maison, interrompre les activités agricoles, chercher des soins ailleurs ou vivre dans la crainte d’une nouvelle attaque. À Addis-Abeba, les autorités fédérales sont attendues sur leur capacité à coordonner les forces de sécurité et à garantir une enquête crédible. Les annonces politiques, à elles seules, ne rétablissent ni la sécurité quotidienne ni la confiance.
La réponse des autorités, un test pour la région
En Afrique de l’Est, l’Éthiopie occupe une place majeure au sein de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), l’organisation régionale qui traite notamment de paix et de sécurité. L’instabilité dans une région éthiopienne ne constitue pas automatiquement une crise transfrontalière. Mais les déplacements de population, les tensions communautaires et la persistance de conflits armés rendent la protection des civils importante pour l’ensemble de la Corne de l’Afrique.
Le prochain indicateur sera la réponse vérifiable des autorités : accès des enquêteurs aux zones touchées, identification des victimes, protection des personnes déplacées et clarification des responsabilités. Le Saint-Synode a annoncé vouloir rencontrer des responsables gouvernementaux pour discuter de mesures de sécurité durables. Pour les habitants de Merti et de Shirka, l’enjeu est concret : pouvoir retourner chez eux et y vivre sans nouvelle menace. Pour l’Éthiopie, il s’agit aussi de montrer que la sécurité et la liberté de culte peuvent être garanties sans désigner de coupable avant l’enquête.